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Chapter 1

Chapitre 1

Éléonore Dubois, archiviste à la bibliothèque municipale, découvre une lettre cachée dans un livre ancien qui la conduit à une révélation surprenante de son grand-père Arthur concernant la disparition de ses parents.

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— Tu es sûre que c’est le bon rayon ? demanda Arthur d’une voix qui trahissait plus d’amusement que de doute.

Éléonore Dubois enfonça ses doigts gantés dans l’entaille du dos du livre, celui à la reliure rouge fané qu’elle avait repéré trois étagères plus haut. « Le guide des plantes médicinales du Dauphiné », murmura-t-elle. « Maman l’avait dans sa bibliothèque. Je le reconnaîtrais entre mille. »

Le livre céda avec un bruit sec, comme un soupir de soulagement. Une enveloppe jaunie glissa de sa cachette et atterrit sur le plancher de chêne avec un bruit trop léger pour contenir un secret de famille. Pourtant, quand Éléonore la ramassa, ses doigts tremblaient.

— Grand-père, dit-elle en brandissant l’enveloppe, tu savais qu’elle était là ?

Arthur Lefevre s’approcha, ses pas lents mais assurés. Il ajusta ses lunettes cerclées d’or et étudia l’enveloppe comme on étudie une carte au trésor dont on connaît déjà l’issue. « Je savais qu’elle existait. Je ne savais pas où ta mère l’avait cachée. »

— Tu mens, dit Éléonore avec un sourire qui enlevait toute dureté au mot.

— Je dissimule, corrigea-t-il. C’est différent. Le mensonge est un acte volontaire ; la dissimulation, une stratégie de survie.

Elle déchira l’enveloppe avec la précaution d’un chirurgien. À l’intérieur, une feuille de papier pliée en quatre, couverte d’une écriture fine et serrée qu’elle reconnaissait entre toutes : celle de sa mère.

« Ma chère Éléonore,

Si tu lis ce mot, c’est que tu as grandi, que tu es curieuse, et que tu n’as pas peur de fouiller dans les vieux livres. Je suis fière de toi. Tu trouveras dans le tiroir secret de mon bureau une carte. Elle ne te mènera pas à moi, mais elle te mènera à la vérité. Suis-la, mais suis-la avec ton cœur, pas seulement ta tête. La lumière n’est jamais là où on l’attend.

Je t’aime,

Maman. »

Éléonore relut la lettre trois fois. La première pour les mots, la deuxième pour le ton, la troisième pour les silences entre les lignes. « Une carte, répéta-t-elle. Dans le tiroir secret de son bureau. Le bureau qui est chez toi, Grand-père. »

Arthur soupira. Il ôta ses lunettes, les essuya avec un pan de sa veste en tweed, un geste qu’Éléonore connaissait depuis l’enfance. Il signifiait : « Je prépare une vérité que tu n’aimeras pas entendre. »

— Ton père et ta mère n’ont pas disparu par hasard, commença-t-il. Ils cherchaient quelque chose. Un artefact. Les archives familiales en parlent sous le nom de « Cœur de Lumière ». Une pierre, dit-on, capable de révéler ce qui est caché. Ta mère croyait qu’elle pouvait guérir de vieilles blessures. Ton père, lui, y voyait un moyen de comprendre le passé.

— Et toi ? demanda Éléonore, les yeux brillants.

— Moi, j’y voyais un danger. Et j’avais raison. Ils sont partis, et ils ne sont jamais revenus.

Le silence s’installa entre eux, peuplé par le tic-tac de l’horloge comtoise et le craquement des poutres de la vieille maison. Éléonore serra la lettre contre sa poitrine. « Je veux la voir, cette carte. »

Arthur la regarda longuement. Ses yeux, d’un bleu délavé par les années, semblaient peser le poids de sa décision. Finalement, il hocha la tête et se dirigea vers le bureau de chêne massif qui trônait dans un coin du salon. Il pressa un nœud du bois, presque invisible, et un tiroir coulissa sans un bruit.

À l’intérieur, un parchemin roulé, maintenu par un ruban de soie bleue.

Éléonore s’en saisit avec une révérence presque religieuse. Elle déroula la carte sur la table. Des lignes fines, des annotations à l’encre sépia, des noms de lieux qu’elle ne connaissait pas : Valombre, le Puits des Murmures, l’Échine du Dragon. Et au centre, une croix rouge, audacieuse, qui marquait un point précis dans une région montagneuse.

— C’est dans les Alpes, murmura-t-elle. Près du col de la Traverse.

— Oui, confirma Arthur. Là où tout a commencé. Et là où tout pourrait finir.

Avant qu’Éléonore puisse répondre, un bruit de pas résonna dans l’escalier. Quelqu’un montait. Quelqu’un qui ne prenait pas la peine de se faire discret. Arthur fronça les sourcils. « Nous n’attendions personne. »

La porte s’ouvrit sans qu’on frappe. Un homme se tenait sur le seuil, les cheveux noirs en bataille, un sourire confiant accroché aux lèvres. Il portait une veste en cuir usée et tenait un carnet à la main.

— Arthur Lefevre ? demanda-t-il en ignorant Éléonore. On m’a dit que vous pourriez m’aider à trouver quelque chose. Un artefact. Le Cœur de Lumière.

Éléonore roula la carte d’un geste vif. « Qui êtes-vous ? »

L’homme la regarda, et son sourire s’élargit. « Léo Martin. Chasseur de trésors. Et vous, vous devez être celle qui est arrivée la première. »

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