AIBookCraft

Chapter 2

Chapitre 2

L'arrivée de Léo Martin bouleverse la soirée. Arthur Lefevre, après une hésitation pesante, accepte de montrer la carte à l'intrus. Un marché silencieux se noue : Léo partagera ses informations sur l'artefact en échange d'un accès à la carte. Éléonore accepte à contrecœur, mais exige de les accompagner. Une ombre dans le jardin, puis un appel téléphonique mystérieux poussent Arthur à révéler qu'il avait déjà tenté de retrouver le Cœur de Lumière, trente ans plus tôt, avec le père de Léo. La révélation laisse Éléonore et Léo face à un passé commun qu'ils ignoraient.

6 min read

L'homme — Léo Martin — referma la porte derrière lui sans y avoir été invité. Il balaya la pièce du regard, s'attarda sur la bibliothèque, puis sur la carte qu'Éléonore venait de rouler, et son sourire se fit plus franc, presque carnassier.

— Vous tombez bien, dit Arthur d'une voix qui avait perdu toute sa douceur. Ou mal, selon le point de vue.

— Je penche pour bien, répondit Léo en s'approchant de la table. J'ai passé six mois à remonter des pistes. Des lettres, des témoignages, un carnet qui appartenait à un certain Philippe Dubois.

Éléonore sentit son estomac se serrer. Philippe Dubois. Son père.

— Vous avez un carnet de mon père ? demanda-t-elle en plantant ses yeux dans ceux de Léo.

— J'avais. Il m'a été volé il y a trois semaines, à Chambéry. Par deux hommes qui savaient exactement ce qu'ils cherchaient. Ils ont laissé les pages sur les champignons, pris celles sur le Cœur de Lumière.

— Vous mentez, dit Éléonore, mais sans conviction.

— Je dissimule, corrigea Léo en reprenant les mots d'Arthur avec une ironie qui n'échappa à personne. Non, je ne mens pas. Je suis venu ici parce que votre nom revenait dans les notes de Philippe. « Arthur Lefevre sait où commence le chemin. » Alors me voilà.

Arthur s'assit lourdement dans son fauteuil, le bois gémissant sous son poids. Il prit le temps de poser ses mains à plat sur ses genoux, de respirer profondément.

— Qu'est-ce que vous voulez, jeune homme ?

— La même chose que vous, je suppose. Trouver l'artefact avant qu'il ne tombe entre de mauvaises mains. Et comprendre ce qui est arrivé à ceux qui l'ont cherché avant nous.

Éléonore regarda son grand-père. Les rides autour de ses yeux s'étaient creusées, comme si chaque mot de Léo ajoutait une année à son visage.

— Il sait des choses, Grand-père. Sur papa.

— Je sais, murmura Arthur. C'est bien ce qui m'inquiète.

Léo sortit un téléphone de sa poche, le posa sur la table. L'écran était fissuré, la coque éraflée. Il fit défiler quelques images : des photographies de pages de carnet, des annotations en marge, un croquis de la même carte qu'Éléonore tenait roulée sous son bras.

— Philippe avait noté quelque chose d'étrange, dit Léo. À côté du col de la Traverse, il a écrit : « La lumière ne brille que pour ceux qui savent la chercher dans l'obscurité. » Votre mère avait la même phrase dans une lettre, non ?

Éléonore déroula la carte à moitié, vérifia. Au dos, dans une écriture fine, la même phrase. Elle releva les yeux vers Léo, et pour la première fois, son regard n'était plus hostile.

— Comment le savez-vous ?

— Parce que j'ai passé ma vie à chercher des réponses que personne ne voulait me donner, dit Léo, et pour la première fois, sa voix perdit son arrogance. Mon père a disparu dans les mêmes circonstances que les vôtres. Mêmes dates. Même région. Même artefact.

Le silence qui suivit était d'une densité presque palpable. Arthur ferma les yeux.

— Je savais que ce jour viendrait, dit-il enfin. Je l'espérais et je le redoutais à la fois.

Il se leva, alla jusqu'à la fenêtre. La nuit était tombée sans qu'ils s'en aperçoivent, et la lune dessinait des ombres allongées dans le jardin.

— Je vais vous montrer la carte, reprit Arthur. Mais à une condition : vous partagez tout ce que vous savez. Et vous ne partez pas sans nous.

Léo hocha la tête. « Marché conclu. »

Éléonore déroula la carte sur la table, et Léo s'en approcha, ses doigts effleurant le parchemin avec une révérence qui contrastait avec son attitude désinvolte.

— Le Puits des Murmures, murmura-t-il. J'en ai entendu parler. Les gens du coin disent que c'est un endroit hanté.

— Les gens du coin disent beaucoup de choses, coupa Arthur. Mais ils n'ont pas tort sur ce point.

Éléonore regarda les lignes fines, les annotations, les noms étranges. Valombre. L'Échine du Dragon. Et au centre, la croix rouge, qui semblait pulser sous la lumière du lustre.

— Quand partons-nous ? demanda-t-elle.

— Demain matin, dit Arthur. Avant que d'autres n'aient la même idée.

— D'autres ? s'étonna Léo.

Arthur désigna la fenêtre d'un mouvement de tête. « Regardez. »

Ils s'approchèrent. Dans le jardin, entre les buissons de laurier, une silhouette se tenait immobile, tournée vers la maison. Elle ne bougeait pas, ne faisait pas un geste. Elle se contentait de regarder.

— Depuis quand est-elle là ? demanda Léo, la main déjà sur la poignée de la porte.

— Depuis que tu es arrivé, répondit Arthur. Elle était là avant toi. Elle est restée.

Éléonore sentit un frisson lui parcourir l'échine. La silhouette ne bougeait toujours pas. On aurait dit une statue, ou un guetteur patient.

— Il faut y aller, dit Léo. Maintenant.

— Non, dit Arthur en posant une main ferme sur son épaule. Pas ce soir. Ce soir, on prépare, on réfléchit, on se repose. Demain, on part. Mais avant, il y a quelque chose que vous devez voir, tous les deux.

Il se dirigea vers la bibliothèque, écarta un volume de Buffon, et révéla un petit coffret de bois qu'il posa sur la table.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda Éléonore.

Arthur ouvrit le coffret. À l'intérieur, une photographie jaunie : deux hommes et une femme, souriants, devant un paysage de montagne. L'un des hommes était Philippe Dubois. L'autre, plus jeune, ressemblait étrangement à Léo. La femme, brune aux yeux clairs, tenait un bébé dans ses bras.

— Ma mère, murmura Léo. Et mon père.

— Ils étaient amis, dit Arthur. Avant la disparition. Ils cherchaient le Cœur de Lumière ensemble. Et ils ont disparu le même jour.

Éléonore prit la photo, la retourna. Au dos, une inscription : « Col de la Traverse, 14 juin 1994. Que la lumière nous guide. »

— Ils étaient trois, dit-elle lentement. Et nous sommes deux.

— Trois, corrigea Arthur en regardant la silhouette dans le jardin. Elle n'attend pas le hasard. Elle attend que nous fassions le premier pas.

Léo serra les poings. « Alors on le fera. Demain. »

— Demain, répéta Arthur. Mais d'abord, il y a un appel que je dois passer.

Il prit son vieux téléphone à cadran, composa un numéro de mémoire. La conversation fut brève, à voix basse, et quand il raccrocha, son visage était grave.

— Le musée de Gap a été cambriolé cette nuit, dit-il. On a volé un fragment de pierre gravée. Les mêmes motifs que ceux de la carte.

Éléonore et Léo échangèrent un regard. La course venait de commencer.

— Préparez vos sacs, dit Arthur. On part dans quatre heures.

Dehors, la silhouette avait disparu. Mais dans la lueur de la lune, une ombre s'éloignait vers la forêt, rapide, silencieuse, comme si elle n'avait jamais été là.

✦ ✦ ✦
Jouer à partir d’ici

Privacy choices

Optional analytics help us improve AIBookCraft. They stay off until you allow them. We still count anonymous page views, without cookies or an ID. Writing, sign-in, and checkout work either way.

Change this choice any time. Read our Privacy Policy.