Chapter 1
Chapitre 1
Lucien Moreau, jeune pâtissier dévoué à sa mère, renverse accidentellement Élodie Clairmont en voiture. Malgré ses excuses sincères, elle se montre furieuse et exige ses coordonnées. L'attraction naissante est entravée par la colère d'Élodie, qui lui ordonne de ne plus l'approcher. Lucien ramasse une fleur tombée de ses cheveux, déterminé à la revoir pour se faire pardonner.
Le freinage déchira l’air de la rue pavée, juste devant la devanture de la Pâtisserie Moreau. Lucien Moreau eut le temps de voir la jeune femme surgir entre deux voitures en stationnement, les yeux rivés sur son téléphone. Il donna un coup de volant, mais la portière droite accrocha son épaule avec un bruit sourd.
Elle tomba sur le trottoir, un cri étouffé. Lucien coupa le moteur et bondit hors de la voiture sans même prendre le temps d’ouvrir la portière. Son cœur battait à tout rompre.
— Mademoiselle ! Êtes-vous blessée ?
Il s’agenouilla près d’elle. Elle leva la tête, et il retint son souffle. Ses yeux étaient d’un vert profond, éclatants de larmes de douleur et de colère. Une mèche brune s’était échappée de son chignon, un pétale de rose blanche accroché dedans. Sa robe d’été légère était déchirée au genou, et une égratignure rouget sur sa peau.
— Vous êtes fou ! cracha-t-elle. Vous avez failli me tuer !
Sa voix tremblait. Lucien leva les mains en signe d’apaisement.
— Je suis vraiment désolé, je ne vous avais pas vue arriver. Laissez-moi vous aider.
Elle repoussa sa main tendue et se releva tant bien que mal, en boitillant. Il remarqua qu’elle serrait les dents pour ne pas montrer sa douleur. Un détail qui lui serra le cœur.
— Je n’ai pas besoin de votre aide, monsieur… ? fit-elle en le foudroyant du regard.
— Moreau. Lucien Moreau. Ma mère tient cette pâtisserie, ajouta-t-il en désignant la vitrine où l’on voyait des gâteaux soigneusement alignés. Je revenais juste d’une livraison.
— Je me moque de qui vous êtes. Vous avez mon adresse sur la plaque d’immatriculation. J’appellerai la police et mon assurance.
Elle sortit un téléphone de sa poche, mais sa main tremblait trop pour déverrouiller l’écran. Lucien sortit une carte de visite de son portefeuille et la lui tendit.
— Prenez ceci. Mes coordonnées complètes. Je paierai tous les frais, les réparations et ce que vous voudrez. Il m’est impossible d’effacer ma faute, mais je vous promets de faire tout mon possible pour réparer.
Sa voix était calme, mais sincère. Élodie leva les yeux vers lui, et pendant une seconde, la colère parut hésiter. Il était vraiment beau, cela sautait aux yeux : les épaules larges, le regard franc, les mains soignées d’un artisan. Mais elle secoua la tête, reprenant sa rancœur.
— Je ne veux pas de vos promesses. Je veux que vous restiez loin de moi.
Elle fourra la carte dans son sac, puis se pencha pour ramasser un objet tombé près de la roue. C’était un petit carnet bleu, qui s’ouvrit en tombant. Lucien vit une page couverte d’écriture fine, et au-dessus, le nom Élodie Clairmont suivi d’une adresse. Il le ramassa avant elle et le tendit.
— Votre carnet.
Elle le lui arracha presque des mains, le glissa dans son sac, puis tourna les talons sans un mot de plus. Il la regarda s’éloigner en boitant légèrement, sa robe claire tachée de poussière. Sur le pavé, à ses pieds, le petit pétale de rose blanche était resté.
Lucien se baissa et le ramassa. Il le fit rouler entre ses doigts, sentant le parfum délicat. Une fleur de rien du tout, mais elle lui parut importante.
Il la glissa dans la poche de sa veste. Puis il leva les yeux vers la pâtisserie. Sa mère, derrière la vitre, le regardait d’un air interrogateur. Il lui ferait un signe plus tard. Pour l’instant, il ne pouvait penser qu’aux yeux verts d’Élodie, et à la colère qui les habitait.
Il savait qu’il la reverrait. Il n’avait pas le choix. Il devait réparer.