Chapter 1
Chapitre 1
Élise, éditrice, retrouve par hasard son ancien amour, Matthieu, dans son bureau à Aix-en-Provence. Leur rencontre, chargée de non-dits, se termine sur une demande inattendue de sa part, laissant Élise face à un choix bouleversant.
L'odeur du jasmin flottait dans l'air, une fragrance qu'il n'avait pas sentie depuis une éternité. Le soleil de fin d'après-midi filtrait à travers les persiennes, dessinant des zébrures d'or sur le parquet lustré. Assise à son bureau, les mains plongées dans des piles de manuscrits froissés, elle leva le regard, surprise par une ombre familière se découpant dans l'encadrement de la porte. Son souffle se bloqua dans sa gorge. C'était lui. Après tout ce temps. L'homme qu'elle avait juré d'oublier, se tenait là, plus imposant et plus troublant qu'elle ne l'avait jamais imaginé, un léger sourire aux lèvres qui semblait défier les années et les silences.
« Élise. » Sa voix, grave et douce, la frappa comme une vague. Il fit un pas dans la pièce, le cuir de ses chaussures crissant légèrement sur le plancher.
Elle reposa le manuscrit, ses doigts tremblant à peine. « Matthieu. Quelle surprise. » Elle s'efforça de garder un ton neutre, mais son cœur battait si fort qu'elle l'entendait presque. « Je ne m'attendais pas à te voir ici. »
Il s'approcha, ses yeux bruns plongés dans les siens. « Moi non plus, pour être honnête. Je cherchais la librairie de la place, je me suis perdu. Et puis… » Il désigna la porte d'un geste vague. « J'ai vu ton nom sur la plaque. »
Élise sentit une chaleur lui monter aux joues. Elle avait changé de métier depuis leur rupture, avait repris la petite maison d'édition de son oncle. Matthieu, lui, était architecte, elle le savait par des amis communs. Il avait toujours eu ce regard qui voyait à travers les gens.
« Tu vas bien ? » demanda-t-elle, sachant que la question était idiote. Il se tenait devant elle, vivant, et elle n'arrivait pas à détacher son regard de ses mains, de ses doigts qu'elle avait tant aimés.
« Je vais bien, oui. » Il sourit, un sourire qui creusait une fossette à sa joue gauche. « Et toi ? Tu as l'air… différente. »
« Plus vieille, tu veux dire ? » Elle rit, un son nerveux qui lui échappa malgré elle.
« Plus forte, » corrigea-t-il doucement. « Plus… toi. »
Le silence s'installa, lourd de tout ce qu'ils n'avaient pas dit. Élise se rappela leur dernière dispute, les mots qu'elle avait hurlés, la porte qu'il avait claquée. Huit ans. Huit ans à faire semblant que cela n'avait pas d'importance.
« Pourquoi es-tu vraiment là, Matthieu ? » demanda-t-elle, les bras croisés sur sa poitrine comme une armure.
Il baissa les yeux un instant, puis les releva. « Parce que je n'ai jamais cessé de penser à toi. »
Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais rien ne sortit. Une colère ancienne, mêlée à un espoir qu'elle croyait mort, l'étreignit. « Tu ne peux pas débarquer comme ça, après tout ce temps, et… »
« Et quoi ? » Il s'avança, s'arrêtant à un mètre d'elle. « Te dire que je regrette ? Parce que c'est le cas, Élise. J'ai fait des erreurs. Nous en avons tous fait. »
Elle secoua la tête, mais ses yeux s'embuèrent. « Ce n'est pas si simple. »
« Je sais. » Il sortit une enveloppe de sa poche intérieure, la déposa sur le bord du bureau. « J'ai quelque chose à te montrer. Un projet. Il te concerne. »
Élise regarda l'enveloppe, puis lui. « Quel genre de projet ? »
« Lis-le. Et si tu veux en parler, je serai au Café des Arts demain matin, à dix heures. » Il recula vers la porte, son regard accroché au sien. « Je t'attendrai. »
Il partit, laissant derrière lui le parfum du jasmin et une enveloppe qui brûlait les doigts d'Élise. Elle la prit, l'ouvrit d'une main hésitante. À l'intérieur, une lettre manuscrite, et une photo d'eux deux, souriants, sous un cerisier en fleurs. Dessous, une ligne écrite de sa main : « Retrouvailles sous le soleil levant. »