Chapter 1
Chapitre 1
La sirène Mon deuxième monde aquatique, que tous appellent Monde, découvre avec stupéfaction qu'elle est enceinte d'un humain qu'elle a sauvé de la noyade quelques mois plus tôt. La nouvelle bouleverse son existence aristocratique et la pousse à quitter son palais sous-marin pour retrouver cet homme, dont elle ignore tout, afin de comprendre ce qui lui arrive.
Dans les profondeurs de l'océan Atlantique, là où les rayons du soleil n'atteignent plus et où les couleurs se mêlent en un ballet aquatique, s'étendait le royaume de Coralia. Ses tours de corail blanc s'élevaient vers une surface lointaine, et ses rues étaient pavées de coquillages nacrés. C'est là que vivait Mon deuxième monde aquatique, une sirène à la beauté saisissante, avec des cheveux couleur d'algue sombre et des yeux pareils à des perles noires. Son nom était long, mais ses proches l'appelaient simplement Monde.
Ce jour-là, Monde nageait dans le jardin de son palais, un espace où les anémones ondulaient comme des éventails et où les poissons-clowns jouaient à cache-cache. Son corps élégant, aux écailles argentées et à la queue puissante, trahissait un malaise. Depuis quelques semaines, elle ressentait des étrangetés : des nausées matinales, une fatigue inhabituelle, et une sensibilité olfactive qui la faisait fuir les marchés aux algues. Mais Monde, avec son caractère froid en apparence, n'aimait pas se plaindre. Elle restait droite, le visage impassible, même si son ventre lui semblait étrangement chaud.
'Monde, tu as une mine pâle', remarqua sa dame de compagnie, une vieille sirène nommée Coraline. Ses yeux ridés scrutaient la jeune princesse avec inquiétude. 'Tu devrais consulter la guérisseuse.'
Monde haussa une épaule gracieuse. 'Ce n'est rien. J'ai peut-être mangé trop de méduses.'
Mais le soir, alors qu'elle se préparait à se coucher dans sa grotte de nacre, une nausée violente la plia en deux. Elle dut s'agripper à un rocher pour ne pas sombrer. Quelque chose n'allait pas. Contre son habitude, elle décida de suivre le conseil de Coraline.
Le lendemain, elle nagea jusqu'à la caverne de la guérisseuse, une vieille tortue sage du nom de Tlaloc. La grotte était ornée de cristaux lumineux, et des herbes marines séchaient sur des étagères de pierre.
Tlaloc fit asseoir Monde sur un coussin de mousse et posa ses nageoires sur son ventre. Pendant un long moment, elle ferma les yeux, puis les rouvrit avec une expression stupéfaite.
'Mon enfant, ce que je perçois est... inhabituel', dit-elle d'une voix grave. 'Tu n'es pas malade. Tu portes la vie.'
Monde fronça les sourcils. 'La vie ? Tu veux dire que je suis enceinte ? Mais c'est impossible. Je n'ai jamais...' Elle s'arrêta, une image traversant son esprit. Quelques mois plus tôt, lors d'une tempête, elle avait sauvé un humain. Un jeune homme aux cheveux bruns et au sourire doux. Il était tombé d'un bateau, et elle l'avait ramené sur une plage déserte. Ils avaient parlé, ou plutôt, elle l'avait écouté avec fascination. Et puis, dans un élan de gratitude ou de folie, elle l'avait embrassé. Un baiser profond, mémorable, mais qui n'avait duré que quelques secondes avant qu'elle ne plonge dans les vagues.
'Un humain', murmura Monde. 'C'est à cause de lui.'
Tlaloc hocha lentement la tête. 'Les légendes parlent d'unions entre nos peuples, mais c'est rare. Très rare. La magie est peut-être intervenue. Tu es enceinte, Monde, et l'enfant que tu portes est à moitié humain.'
Monde sentit son sang se glacer. Elle, la princesse de Coralia, la descendante d'une lignée pure de sirènes, enceinte d'un mortel ? Les regards de la cour, les commérages, l'opposition de son père le roi... Tout cela lui apparut comme une tempête imminente. Mais en même temps, une douce chaleur envahit son cœur. Elle avait gardé le souvenir de cet humain, de sa voix, de son rire. Elle ignorait son nom, où il habitait, s'il était marié ou même s'il se souvenait d'elle. Pourtant, une certitude s'imposa : elle devait le retrouver.
'Je dois partir', dit-elle d'une voix ferme, malgré le tremblement intérieur. 'Je dois le trouver.'
Tlaloc posa une main sur son épaule. 'C'est dangereux. Les eaux de surface sont pleines de dangers pour les sirènes. Et les humains... ils ne sont pas toujours accueillants.'
'Je sais. Mais je ne peux pas rester ici sans rien faire. Mon enfant a besoin de son père.'
La guérisseuse soupire. 'Alors prends cette amulette de corail. Elle te permettra de respirer sur terre pendant quelques heures chaque jour. Et sois prudente.'
Monde remercia Tlaloc et nagea rapidement vers son palais. Elle rassembla quelques affaires essentielles : un peigne en nacre, une couverture de soie d'algue, et la petite amulette. Puis, sans un mot à personne, elle se faufila hors du royaume par un passage secret menant à des grottes sous-marines.
En nageant vers la surface, son esprit tourbillonnait. Que lui dirait-elle ? 'Bonjour, je suis une sirène et je porte ton enfant' ? Il la prendrait pour une folle. Mais elle avait confiance en son instinct. Il était gentil, attentionné. Il méritait de savoir.
Soudain, la lumière devint plus vive. Les profondeurs cédèrent la place à un bleu plus clair. Monde émergea lentement, ses cheveux ruisselants, son corps mi-humain mi-poisson. Elle se hissa sur un rocher, le dos tourné à la mer, et regarda la plage où elle l'avait sauvé. La plage était déserte, mais au loin, elle aperçut un petit village côtier.
Un frisson la parcourut. Elle ne pouvait pas apparaître comme cela. Elle devait se cacher, observer, apprendre. Elle retourna dans l'eau, enfila la couverture d'algue qui lui servait de robe improvisée, et nagea le long de la côte jusqu'à trouver une crique isolée. Là, elle s'assit sur le sable, la queue encore humide, et leva les yeux vers le ciel. Pour la première fois de sa vie, elle était seule sur la terre ferme, vulnérable, mais aussi plus déterminée que jamais.
Elle repensa au visage de l'homme. Il avait des yeux verts, un peu rieurs, et une cicatrice sur le menton. Elle ne savait même pas son prénom. Mais elle savait au fond d'elle que leur histoire n'était pas terminée.
Au même moment, dans le village, un jeune homme debout sur la jetée regardait la mer avec une étrange nostalgie. Il s'appelait Thomas. Depuis cette nuit de tempête, il ne cessait de rêver d'une femme aux cheveux d'algue, d'un baiser qui l'avait transporté hors de l'eau. Il ne savait pas si c'était réel ou un fruit de son imagination. Mais chaque jour, il scrutait l'horizon, espérant un signe.
Il ne se doutait pas que ce signe venait d'arriver, là-bas, dans une crique cachée, sous la forme d'une sirène enceinte de son enfant, qui se préparait à tout quitter pour le retrouver. L'aventure de Monde ne faisait que commencer, et les vagues murmuraient déjà les promesses d'un destin hors du commun.