Chapter 1
Chapitre 1
Élise, une jeune fille de 17 ans élevée durement par sa tante Marie et son cousin Jean, intègre une école prestigieuse où elle se lie d'amitié avec Zoé. Une semaine après la rentrée, un nouvel élève, Marc, arrive avec ses cinq amis, les Battes Boys. Un jour de pluie, Marc apparaît avec un parapluie et propose de la raccompagner. Ils échangent leurs numéros, marquant le début d'une amitié inattendue.
Les murs de la maison de tante Marie n'avaient jamais connu la douceur. Chaque matin, Élise se levait avant l'aube, non par choix, mais par habitude. À cinq ans, elle avait compris que l'amour était une chose abstraite, un mot qu'on lisait dans les livres mais qu'on ne touchait jamais. Sa mère l'avait abandonnée sans un mot, sans un regard en arrière, et depuis, elle vivait chez sa tante, une femme au regard dur et aux mains toujours occupées à tenir un torchon ou une liste de corvées.
— Élise, la cuisine n'est pas encore propre ! criait tante Marie de sa voix autoritaire qui résonnait dans toute la maison.
Élise baissait la tête, attrapait une éponge et frottait. Elle ne répondait jamais. À quoi bon ? Les mots n'avaient jamais adouci le ton de sa tante. Et puis il y avait Jean, le fils de Marie, plus âgé qu'elle de deux ans, qui la regardait avec un mélange de mépris et d'amusement. Il aimait la voir plier sous ses ordres, la pousser contre le mur en riant, ou cacher ses affaires. Il était pire que tout.
Mais aujourd'hui, en cette matinée de septembre, Élise avait une lueur dans les yeux. Elle enfila l'uniforme de l'école prestigieuse qu'elle avait intégrée quelques semaines plus tôt. Une bourse d'études, fruit de ses efforts solitaires dans sa chambre minuscule, l'avait arrachée à la médiocrité quotidienne. Ici, elle n'était plus la domestique de tante Marie, elle était une élève, une personne avec un avenir possible.
L'école, un bâtiment ancien aux murs de pierre et aux grandes fenêtres, l'accueillait chaque jour comme une promesse. Les couloirs sentaient le bois ciré et le papier neuf. Élise avançait discrètement, sa silhouette frêle se fondant dans la foule des autres élèves. Elle évitait les regards, préférant observer. Elle avait appris très tôt que l'invisible était plus en sécurité.
Pourtant, il y avait Zoé.
Zoé était apparue le premier jour, comme une tâche de soleil dans un ciel gris. Elle s'était assise à côté d'Élise, sans lui demander la permission, et lui avait souri.
— Salut, moi c'est Zoé. T'as l'air cool. On pourrait être amies ?
Élise avait hésité. Les gens ne venaient pas vers elle sans arrière-pensée. Mais Zoé avait insisté, avec sa voix joyeuse et ses yeux pétillants. Peu à peu, Élise avait baissé sa garde. Zoé était devenue la seule personne gentille dans sa vie. Elles partageaient leurs sandwichs à la cafétéria, s'asseyaient ensemble dans la cour, et Zoé racontait des histoires qui faisaient oublier à Élise le poids de ses nuits à la maison.
— Pourquoi tu souris si peu ? lui avait demandé Zoé un jour.
Élise avait haussé les épaules. « Je n'ai pas eu beaucoup de raisons », avait-elle murmuré.
Zoé avait posé sa main sur la sienne. « Maintenant, tu en as une. »
Cette amitié était fragile mais précieuse. Élise la protégeait comme un trésor secret.
Une semaine après la rentrée, un silence inhabituel traversa la classe. La porte s'ouvrit et le professeur fit entrer un nouveau. Le garçon était grand, le visage anguleux, les cheveux foncés, et il avait un regard qui semblait voir au-delà des apparences. Il s'appelait Marc. Il avançait avec une assurance calme, presque distante. Derrière lui, cinq autres garçons entrèrent un par un : Jules, Fred, Lucas, Oscar et Luis. Tous beaux, tous habillés avec une élégance nonchalante. Ils étaient immédiatement repérés comme les « Battes Boys », le groupe qui attirait tous les regards.
Élise les regarda depuis son coin. Marc surtout. Il y avait en lui quelque chose de différent, une sorte de retenue qui n'était pas de l'arrogance mais de la solitude. Il ne souriait pas facilement, ne parlait pas fort. Il observait, comme elle. Leurs regards se croisèrent une fois, et Élise détourna les yeux, le cœur battant.
Les jours passèrent. Marc et ses amis étaient le centre de l'attention, mais lui restait en marge, parfois perdu dans ses pensées. Il était distant, calme, presque inaccessible. Élise se surprit à le chercher du regard dans la cour, puis à s'en vouloir. « Que t'importe, il fait partie du décor », se disait-elle.
Puis vint l'après-midi de pluie.
C'était un jeudi, la fin des cours approchait. Le ciel s'était soudainement assombri, et les nuages avaient déversé une averse drue et froide. Les élèves couraient se mettre à l'abri, mais Élise était restée sous l'auvent près de l'entrée, son sac serré contre elle. Elle n'avait pas de parapluie, pas de manteau imperméable. Chez tante Marie, ces choses-là étaient des luxes qu'elle n'osait pas demander. Elle attendait que la pluie se calme, mais elle tombait de plus en plus fort.
« Je vais être trempée jusqu'aux os », pensa-t-elle en frissonnant.
Soudain, une ombre se dessina au-dessus d'elle. Elle leva les yeux. Marc se tenait là, un parapluie noir ouvert dans la main, son regard posé sur elle avec une intensité qui la déconcerta.
— Que fais-tu sous une pluie pareil ? Tu veux tomber malade ou quoi ? demanda-t-il d'une voix douce mais ferme.
Élise sentit ses joues s'empourprer. Elle balbutia :
— Non... Je... Je n'ai pas de parapluie. J'attendais.
— Tu vas prendre froid. Viens, on rentre ensemble.
Elle hésita une seconde, puis il lui fit signe de s'approcher. Elle se glissa sous le parapluie, juste à côté de lui. Son épaule frôla la sienne. Il sentait bon, un mélange de pluie et de quelque chose de frais.
Ils marchèrent en silence d'abord. Le bruit de la pluie sur le tissu était le seul son entre eux. Élise ne savait pas quoi dire. Elle avait l'habitude de se taire. Mais Marc semblait à l'aise dans ce silence.
Au bout de quelques pas, il demanda :
— Tu es dans ma classe, non ? Je t'ai vue.
— Oui, répondit-elle doucement.
— Pourquoi tu restes toujours dans ton coin ?
Élise haussa les épaules. « Je préfère comme ça. »
Marc ne força pas. Ils continuèrent jusqu'à l'arrêt de bus où Élise avait l'habitude de prendre son trajet. Il s'arrêta avec elle, referma le parapluie.
— Ça te dirait qu'on échange nos numéros ? demanda-t-il soudain. Comme ça, si tu as besoin d'un parapluie ou autre chose...
Élise le regarda, surprise. Il y avait dans ses yeux quelque chose de doux, presque vulnérable. Elle sortit son téléphone, et ils échangèrent leurs coordonnées.
— Merci, dit-elle, la voix à peine audible.
Il sourit, un vrai sourire, timide mais sincère.
— À demain, Élise.
Elle le regarda s'éloigner, le cœur battant plus fort que la pluie qui s'apaisait. Dans sa poche, le nom de Marc clignotait sur l'écran. C'était un petit geste, un numéro sur un téléphone, mais pour Élise, c'était comme un nouveau chapitre qui s'ouvrait. Un chapitre où la pluie n'était plus seulement froide et solitaire.
Elle rentra chez tante Marie, évita les regards de Jean, fit ses corvées en silence. Mais ce soir-là, en se couchant, elle regarda son téléphone une dernière fois. Un message était apparu : « Bonne nuit, Élise. N'oublie pas de sécher tes cheveux. »
Elle sourit dans l'obscurité. Pour la première fois depuis longtemps, elle sentit que quelqu'un la voyait vraiment.