Chapter 1
Chapitre 1 : La lettre oubliée
Élise Dubois, libraire de 28 ans, découvre une vieille lettre cachée dans un livre ancien de sa boutique. Cette lettre, adressée à sa mère Hélène, évoque un secret de famille et mentionne un certain Marc. Intriguée et troublée, Élise décide de confronter sa mère, mais la rencontre tourne court lorsque Hélène élude ses questions. Plus tard, un mystérieux client, Marc Moreau, entre dans la librairie et son regard intense frappe Élise. Le chapitre s'achève sur une décision d'Élise de suivre la piste de la lettre.
La lettre glissa du livre comme une plume fatiguée, atterrissant sur le plancher de la librairie avec un bruit à peine audible. Élise Dubois se baissa, les doigts tremblants, et la ramassa. Le papier jauni sentait le temps et la poussière. Elle reconnut l'écriture fine et serrée de sa mère, Hélène, mais l'enveloppe portait un nom inconnu : "Pour toi, mon amour."
Son cœur battit plus vite. Ce n'était pas une lettre ordinaire. La date, en bas de la page, remontait à trente ans. Trente ans, c'était l'année de sa naissance. Élise s'assit sur le tabouret derrière le comptoir, les jambes soudain faibles. Elle déplia la lettre avec précaution, comme si elle tenait un trésor fragile.
Ma chère Hélène,
Je t'écris ces mots avec l'espoir que tu les liras un jour. Je sais que tu as choisi de me cacher la vérité, mais je ne peux plus me taire. Notre fille mérite de savoir qui je suis. Je suis désolé de t'avoir quittée, mais j'avais mes raisons. Je t'en supplie, ne lui mens pas. Elle a le droit de connaître son père.
Je t'aime toujours.
Pierre.
Élise relut la lettre trois fois, le souffle court. Pierre. C'était le nom de son père. Sa mère lui avait toujours dit qu'il était mort avant sa naissance, dans un accident. Mais cette lettre parlait de choix, de mensonge, de vérité. Un goût amer lui monta à la gorge. Que cachait Hélène ?
Elle rangea la lettre dans sa poche, le regard perdu sur les rangées de livres. La librairie, son refuge, lui sembla soudain étrangère. Les clients allaient et venaient, indifférents à son trouble. Une jeune femme demanda un roman récent, mais Élise répondit à peine, l'esprit ailleurs.
À la fermeture, elle prit son manteau et sortit. L'air frais du soir lui fouetta le visage. Elle marcha vite, les rues familières de la petite ville prenant une teinte différente sous le ciel violet. Arrivée devant la maison de sa mère, elle hésita. La lumière dans le salon était allumée. Hélène devait être en train de lire ou de jardiner, comme toujours.
Élise frappa. La porte s'ouvrit sur le visage fatigué de sa mère. Ses cheveux gris étaient coiffés à la hâte, et ses yeux, d'ordinaire préoccupés, s'écarquillèrent légèrement en voyant sa fille.
— Élise ? Quelle surprise. Entre, je préparais du thé.
Élise entra, mais ne s'assit pas. Elle sortit la lettre de sa poche et la tendit à sa mère.
— J'ai trouvé ça dans un livre, à la librairie. Dis-moi que c'est faux.
Le visage d'Hélène blêmit. Elle saisit la lettre d'une main tremblante, la lut en silence. Un long moment passa. Puis elle leva les yeux, et Élise y vit une peur qu'elle ne lui connaissait pas.
— Élise, ce n'est pas ce que tu crois. Je peux tout t'expliquer.
— Alors explique. Qui est Pierre ? Pourquoi m'as-tu menti ?
Hélène baissa la tête. Sa voix était à peine un murmure.
— Je ne peux pas. Pas maintenant. Pas comme ça.
— Tu ne peux pas, ou tu ne veux pas ?
Élise sentit la colère monter. Elle avait toujours su que sa mère lui cachait quelque chose, mais elle n'avait jamais imaginé une trahison aussi grande. Elle tourna les talons.
— Élise, attends !
Mais elle était déjà dehors, les larmes aux yeux. Elle marcha longtemps, sans but, le froid de la nuit pénétrant ses vêtements. Finalement, elle s'arrêta devant la librairie. La porte était fermée, mais elle avait la clé.
Elle entra, alluma une petite lampe et s'assit à son comptoir. La lettre, elle l'avait laissée à sa mère. Mais elle se souvenait de chaque mot. Il a le droit de connaître son père. Son père était vivant. Quelque part.
Le lendemain matin, elle ouvrit la boutique comme d'habitude. Mais son esprit était ailleurs, tourmenté par les questions. Alors qu'elle rangeait des livres, la clochette de la porte tinta. Elle leva la tête.
Un homme entra. Grand, les cheveux sombres en désordre, un regard intense qui semblait la traverser. Il portait un manteau noir et tenait un livre à la main.
— Bonjour, dit-il d'une voix grave. Je cherche un ouvrage sur l'architecture du XIXe siècle.
Élise cligna des yeux, surprise par l'effet qu'il lui faisait. Son cœur battait plus vite, sans raison.
— Je... oui, bien sûr. Par ici.
Elle le guida vers la section architecture, mais il ne regardait pas les étagères. Il la regardait, elle, avec une intensité qui la mettait mal à l'aise.
— Vous êtes Élise Dubois, n'est-ce pas ?
— Oui. Et vous ?
Il hésita, puis sourit, un sourire doux mais teinté de tristesse.
— Marc Moreau. Je suis architecte. Mais surtout, je suis un ami de votre père.
Le sol sembla se dérober sous ses pieds. Élise saisit le bord de l'étagère pour se stabiliser.
— Mon père ? Vous le connaissez ?
Marc hocha la tête, son regard devenant plus sérieux.
— Oui. Et je crois qu'il est temps que vous sachiez la vérité. Mais pas ici. Pas maintenant. Pouvez-vous me retrouver ce soir, au café de la place ?
Élise déglutit. Tout allait trop vite. Mais la lettre, le mensonge de sa mère, cet inconnu qui savait... Elle devait savoir.
— Oui, dit-elle d'une voix à peine audible. Je viendrai.
Marc la remercia d'un signe de tête et quitta la boutique sans acheter de livre. Élise resta seule, le cœur en tumulte. Ce soir, elle saurait enfin la vérité. Mais une question la hantait déjà : était-elle prête à l'entendre ?