Chapter 1
Chapitre 1
Élise Verneuil, détective privée, découvre un carnet cryptique dans un appartement abandonné. En le feuilletant, elle trouve des notes codées et une lettre l'incitant à résoudre une énigme. En quittant les lieux, elle sent une présence menaçante, ce qui l'oblige à fuir précipitamment.
La poussière dansait dans le rai de lumière, révélant le titre gravé à même le cuir. Élise passa la main sur la reliure usée, sentant les aspérités du cuir sous ses doigts. L'odeur de vieux papier et de renfermé flottait dans l'air stagnant de l'appartement déserté. Elle n'avait jamais vu autant de désordre, des piles de journaux jaunis s'écroulaient des étagères, des toiles d'araignées pendaient comme des voiles funèbres. Pourtant, au milieu de ce chaos, un objet semblait défier le temps : un carnet de moleskine noir, posé sur une petite table basse recouverte d'une fine couche de poussière. Le titre, gravé à même le cuir, était à peine visible. Son cœur battit un peu plus fort. Elle savait, sans savoir pourquoi, que ce carnet contenait la clé.
Élise s'accroupit, ses genoux craquant légèrement dans le silence. Elle tendit la main, hésitant une seconde, puis saisit le carnet. La couverture était froide, presque glaciale, comme si elle avait attendu son contact depuis des années. Elle l'ouvrit délicatement, les pages jaunies crissant sous ses doigts. À l'intérieur, une écriture fine et serrée couvrait les premières lignes, mais ce n'était pas du français. C'était un mélange de symboles, de chiffres et de lettres entrelacés, comme un code secret.
— Qu'est-ce que tu caches, grand-père ? murmura-t-elle pour elle-même.
Elle feuilleta rapidement le carnet. La plupart des pages étaient remplies de ces mêmes caractères cryptiques, mais vers la fin, une feuille pliée en quatre attira son attention. Elle la déplia avec précaution. C'était une lettre, rédigée dans un français plus ancien, à l'encre légèrement délavée.
« Ma chère Élise,
Si tu lis ces mots, c'est que tu as trouvé le carnet. Je sais que tu as toujours été curieuse, et que tu n'as jamais cru à ma version de l'histoire. Tu avais raison. Il y a bien plus que ce que j'ai pu te dire. Mais le temps m'a manqué, et les ombres ont refermé leur piège. Ce carnet renferme les clés d'un secret qui a hanté notre famille pendant des générations. Chaque énigme que tu résoudras te rapprochera de la vérité, mais aussi du danger. Sois prudente, ma petite-fille. Et surtout, ne fais confiance à personne.
Avec tout mon amour,
Henri »
Élise relut la lettre deux fois, les doigts tremblants. Son grand-père Henri était mort il y a six mois, officiellement d'une crise cardiaque. Mais elle n'avait jamais avalé cette version. Il était en pleine forme, actif, et surtout, il lui avait laissé un message sur son répondeur quelques heures avant sa mort, disant qu'il avait quelque chose d'important à lui révéler. Elle n'avait jamais pu le rappeler à temps. Depuis, elle avait enquêté en secret, mais sans rien trouver de concret. Jusqu'à aujourd'hui.
Elle referma le carnet et le glissa dans la poche intérieure de son manteau. Autour d'elle, l'appartement semblait retenir son souffle. Les meubles poussiéreux, les rideaux déchirés, tout portait les stigmates de l'abandon. Mais quelque chose clochait. Une présence, peut-être. Un frisson lui parcourut l'échine.
— Il est temps de partir, dit-elle à voix haute, comme pour se rassurer.
Elle se dirigea vers la porte, mais ses pas résonnèrent étrangement sur le parquet. Elle s'arrêta net. Un bruit, à peine perceptible, venait du couloir. Un grattement, ou peut-être un souffle. Elle tendit l'oreille, le cœur battant à tout rompre. Rien. Le silence retomba, lourd et oppressant.
— Du calme, Élise. C'est juste un vieil immeuble. Les tuyaux, les souris...
Elle poussa la porte et sortit sur le palier. La lumière du jour filtrait à travers une fenêtre sale, projetant des ombres mouvantes sur les murs. Elle descendit les escaliers en hâte, ses pas pressés résonnant dans la cage d'escalier. Au rez-de-chaussée, elle croisa la concierge, une femme d'un certain âge au regard méfiant.
— Vous avez trouvé ce que vous cherchiez, mademoiselle Verneuil ? demanda celle-ci d'un ton sec.
— Peut-être, répondit Élise avec un sourire forcé. Merci de m'avoir laissé entrer.
— L'appartement est à vendre depuis des mois. Personne n'en voulait, à cause de ce qui s'est passé. Vous savez, la mort de ce vieil homme...
— Oui, je sais. C'était mon grand-père.
La concierge haussa un sourcil, mais ne dit rien. Élise la salua d'un signe de tête et sortit dans la rue. L'air frais lui fit du bien. Elle inspira profondément, essayant de chasser la tension qui l'habitait. Le carnet pesait contre sa poitrine, comme un secret brûlant.
De retour dans son bureau, un petit espace au deuxième étage d'un immeuble du centre-ville, elle s'assit à son bureau et posa le carnet devant elle. La lumière de la lampe éclairait les pages jaunies. Elle sortit un carnet de notes et un stylo, déterminée à déchiffrer le code.
Les premières heures furent frustrantes. Les symboles semblaient aléatoires, sans logique apparente. Elle essaya des substitutions simples, des anagrammes, mais rien ne fonctionnait. Puis, en observant attentivement, elle remarqua une répétition : un symbole ressemblant à un trèfle apparaissait souvent, toujours entouré de chiffres. Elle se souvint alors d'une conversation avec son grand-père, des années auparavant. Il lui avait parlé d'un jeu de piste qu'il avait créé pour elle, utilisant des codes basés sur des cartes à jouer.
— Les cartes, murmura-t-elle. Bien sûr.
Elle ouvrit un tiroir et en sortit un vieux jeu de cartes que son grand-père lui avait offert. Elle les disposa sur le bureau, cherchant des correspondances. Le trèfle, c'était le trèfle. Les chiffres à côté indiquaient probablement une valeur. Elle nota les premières combinaisons et les traduisit en lettres. Lentement, un message commença à prendre forme.
« Le premier indice se trouve là où le passé et le présent se rencontrent. Cherche sous la pierre qui pleure. »
Élise relut la phrase, perplexe. « Là où le passé et le présent se rencontrent » ? Cela pouvait être un musée, une bibliothèque, ou même un cimetière. « Sous la pierre qui pleure » évoquait une fontaine, ou peut-être une statue. Elle passa en revue les endroits que son grand-père affectionnait. Il y avait le parc de la ville, avec sa vieille fontaine en forme de femme pleurant. Mais c'était trop évident, non ?
Son téléphone sonna, la faisant sursauter. C'était son associé, Marc, un ancien flic à la retraite qui l'aidait sur certains dossiers.
— Alors, des nouvelles ? demanda-t-il d'une voix bourrue.
— Peut-être. J'ai trouvé un carnet dans l'appartement de mon grand-père. Il est codé, mais j'ai réussi à déchiffrer une partie. Ça parle d'un indice caché.
— Attention, Élise. Ce genre de trucs, ça peut être dangereux. Ton grand-père était mêlé à des affaires louches, tu le sais.
— Je sais, Marc. Mais je dois savoir. Il me l'a demandé dans une lettre.
Il y eut un silence à l'autre bout du fil. Puis Marc soupira.
— Fais attention. Et tiens-moi au courant.
— Promis.
Elle raccrocha et fixa le carnet. La nuit tombait, et les ombres s'allongeaient dans la pièce. Une idée lui vint : le parc, oui, mais il y avait aussi le vieux cimetière, où une statue de pleureuse était érigée près de l'entrée. C'était un endroit qu'Henri aimait visiter, disant qu'il y trouvait la paix.
— Demain, j'irai voir, décida-t-elle.
Elle rangea le carnet dans un tiroir fermé à clé, éteignit la lampe et se prépara à partir. Mais alors qu'elle mettait la main sur la poignée de la porte, un bruit sourd retentit derrière elle. Elle se retourna, le souffle court. Rien. Juste le silence de la nuit.
Pourtant, une ombre glissa sous la porte, une ombre qui n'était pas la sienne. Élise sentit son sang se glacer. Sans réfléchir, elle ouvrit la porte et s'enfuit dans l'escalier, le cœur battant la chamade. Derrière elle, elle crut entendre un pas, léger, à peine perceptible. Mais elle ne s'arrêta pas. Elle courut jusqu'à sa voiture, claqua la portière et démarra en trombe.
Dans le rétroviseur, la rue était déserte. Mais elle savait, au plus profond d'elle-même, que quelque chose venait de se réveiller. Quelque chose qui n'attendait qu'elle.