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Chapter 1

Chapitre 1

Élise reçoit un appel anonyme qui la force à sortir dans la nuit pluvieuse pour récupérer une enveloppe dans une cabine téléphonique. À l'intérieur, elle trouve une photographie ancienne d'elle-même avec un homme, accompagnée d'un message manuscrit. La révélation la terrifie : quelqu'un connaît son passé enfoui.

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Le téléphone sonna. Élise sursauta, le dos heurtant le mur froid derrière elle. Elle ne connaissait ce son strident que depuis trois jours, depuis qu'elle avait changé de ligne. Personne n'avait ce numéro, sauf son employeur, et il était vingt-trois heures passées.

Elle décrocha à la quatrième sonnerie, sans parler.

— Vous êtes Élise Moreau, dit une voix déformée, métallique, comme filtrée à travers un synthétiseur bon marché. Vous habitez au 14 rue des Lilas, troisième étage, porte droite. Vous avez peur du noir depuis l'été de vos quatorze ans.

Son souffle se coinça dans sa gorge. Personne ne savait cela. Pas même Antoine, pas même sa mère.

— Descendez, continua la voix. La cabine téléphonique au bout de la rue. Une enveloppe blanche vous attend sous le combiné. Prenez-la. Ne parlez à personne. Ne regardez pas autour de vous.

Un clic sec. La tonalité.

Élise reposa le combiné comme s'il brûlait. Ses doigts tremblaient. Elle regarda par la fenêtre : la pluie tombait toujours, oblique et drue, noyant les réverbères dans des halos troubles. La rue semblait vide, mais le noir, ce soir, n'était pas vide. Il était peuplé de choses qu'elle ne pouvait pas voir.

Elle enfila son manteau sans allumer la lumière. Ses chaussures glissèrent sur le parquet de l'entrée. Elle hésita une seconde devant la porte, puis tourna la clé.

Le couloir sentait le renfermé et la cire. L'escalier craqua sous ses pas. Chaque bruit lui arrachait un frisson. Elle traversa le hall en trois enjambées et poussa la porte vitrée.

L'air froid et humide lui gifla le visage. La pluie s'infiltra dans son cou, coula le long de sa colonne vertébrale. Elle marcha vite, tête baissée, les mains enfoncées dans les poches. Les gouttes tambourinaient sur le trottoir, rebondissaient sur ses chaussures.

La cabine téléphonique se dressait au coin de la rue, seule, éclairée par une ampoule grésillante. Élise poussa la porte articulée. L'intérieur sentait l'urine et le tabac froid. Le combiné pendait, balancé par le vent. Sous lui, une enveloppe blanche, ordinaire, sans marque.

Elle la prit. Ses doigts étaient engourdis par le froid, mais elle sentit le pli. Pas une simple feuille. Quelque chose de plus épais.

Elle déchira l'enveloppe d'un geste brusque. À l'intérieur, une photographie. Elle la sortit sous la lumière blafarde de l'ampoule.

Son propre visage, dix ans plus jeune, souriant, insouciant. Elle était assise à une terrasse de café, un verre de vin à la main. À côté d'elle, un homme. Grand, brun, le visage en partie masqué par l'ombre du parasol. Il riait, lui aussi. Sa main reposait sur la sienne.

Élise sentit le sol se dérober sous ses pieds. Elle ne reconnaissait pas cet homme. Pas du tout. Mais elle reconnaissait ce café. Le Petit Bateau, à Sète. L'été de ses vingt-deux ans. L'été où tout avait basculé.

Elle retourna la photo. Au dos, une écriture fine, appliquée : « Tu ne te souviens pas de moi ? Pourtant, tu m'as aimé. Et tu m'as tué. »

La pluie redoubla. Élise lâcha la photo, la rattrapa de justesse. Ses genoux tremblaient. Elle s'appuya contre la paroi de verre de la cabine.

Elle n'avait tué personne. Jamais. Elle en était certaine. Mais le doute, comme une fissure, s'ouvrait dans sa certitude. Eté de ses vingt-deux ans. Trois mois d'une vie qu'elle avait effacée, enfermée dans une boîte qu'elle n'avait jamais rouverte.

Le téléphone sonna de nouveau, juste à côté d'elle. Elle sursauta, manquant laisser tomber la photo. La sonnerie déchirait la nuit, impérieuse, exigeante.

Elle décrocha.

— Vous avez l'enveloppe, dit la même voix métallique. Bien. Maintenant, regardez derrière vous.

Élise tourna la tête. Par la vitre ruisselante de la cabine, elle vit une silhouette se découper sous le réverbère, à une vingtaine de mètres. Immobile. Bras le long du corps. Visage invisible.

— Il est temps de vous souvenir, Élise. Avant qu'il ne soit trop tard pour vous.

La communication s'interrompit.

Élise resta figée, la photo serrée contre sa poitrine, le regard fixé sur la silhouette qui ne bougeait pas. La pluie continuait de tomber, martelant le toit de la cabine, noyant le monde dans un bruit blanc et incessant.

Elle ne pouvait pas rester ici. Elle ne pouvait pas rentrer chez elle. Elle ne savait pas où aller.

La silhouette fit un pas en avant.

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