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Chapter 2

Episode 2la Monte la Voyager puor moi

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Les jours passaient, et la MEZON commençait à s’imprégner en moi comme une seconde peau. Chaque matin, le réveil sonnait trop tôt, et je me blottissais sous la couverture en laine rêche, écoutant les murmures des autres filles dans le dortoir. Il y avait une odeur mêlée de savon gris et de café brûlé qui montait de la cuisine. Mme Dubois frappait à la porte d’une main ferme, et la journée s’ébranlait.

Un après-midi, après la classe, Jean-Luc m’a trouvée assise seule sur le banc près du potager. Il tenait une pomme dans sa main, déjà croquée.

— Tu viens ? On va nourrir les poules derrière le préau.

Je n’avais jamais touché une poule. Chez moi, il n’y avait qu’un chat maigre qui dormait sur le toit. Mais je l’ai suivi, parce que sa voix était douce, sans moquerie.

Les poules picoraient dans un enclos grillagé. Jean-Luc m’a montré comment ouvrir la porte sans les effrayer, comment lancer le grain d’un geste large pour qu’elles ne se battent pas. Une petite rousse s’est approchée de mes pieds, inclinant la tête. J’ai tendu la main, tremblante, et elle a picoré une miette au creux de ma paume. Cela chatouillait, et j’ai ri.

— Tu vois, a dit Jean-Luc, elles t’acceptent.

Ce soir-là, au réfectoire, j’ai regardé les visages autour de moi autrement. La fille aux tresses, qui riait fort. Le garçon qui renversait toujours son verre de lait. Mme Dubois, qui coupait le pain en tranches épaisses, le regard posé sur nous comme une louve fatiguée. Je n’étais plus tout à fait une étrangère.

Après le dîner, on nous a annoncé une sortie le samedi suivant : une promenade jusqu’à la colline de la Croix-Rouge, pour ramasser du bois mort avant l’hiver. Mon cœur a bondi. La nature, l’air libre, loin des murs gris.

La veille, je n’ai pas bien dormi. Je pensais aux chemins que je ne connaissais pas, aux ronces, peut-être même à un renard. Mais au matin, quand le soleil a percé les nuages, j’ai enfilé mes chaussures les plus solides et j’ai rejoint la file des enfants. Jean-Luc était devant, un sac vide sur l’épaule. Il s’est retourné et m’a souri — le même sourire qu’au premier jour, mais cette fois il me semblait dire : tu es des nôtres.

Nous avons marché longtemps. La montée était raide par endroits, et mes mollets brûlaient. Mais au sommet, la vue s’ouvrait sur le village endormi, la rivière luisante, et plus loin, une ligne sombre de forêt. Le vent sentait la résine et la terre mouillée. Je me suis assise sur une pierre, reprenant mon souffle.

Mme Dubois s’est approchée. Elle ne disait rien, mais elle a posé sa main sur mon épaule — une seconde seulement. Puis elle a crié aux garçons de ne pas s’éloigner.

Je suis restée là, à regarder l’horizon. La MEZON, en bas, n’était qu’un point gris. Mais pour la première fois, ce point ressemblait à un refuge. J’avais encore le mal du pays dans le creux du ventre, mais il se mêlait à quelque chose de nouveau, une attente douce. Peut-être que ce voyage — ce jour, cette année, cette vie — était à moi, rien qu’à moi.

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