Chapter 2
Chapitre 2 — Sous le regard du loup
Au gala, Claire ressent une intense attirance envers Luce, l’organisateur, dont les yeux semblent la sonder. Malgré la présence rassurante de Marc, elle ne peut ignorer le lien inexplicable qui se tisse entre elle et Luce. Raphaël, l’assistant de Luce, approche Claire et Marc avec courtoisie, suscitant chez Claire un trouble intérieur croissant. Son tatouage de loup réagit de façon étrange, amplifiant sa confusion. Au fil de la soirée, Claire tente de rejeter ses ressentis mais, lorsque Luce s’adresse à elle publiquement, elle est submergée par une émotion inédite. Marc remarque son trouble mais demeure rationnel. La soirée s’achève sur une invitation privée de Luce à Claire, qu’elle n’ose avouer à Marc. La tension entre Claire et Luce devient palpable, annonçant un basculement inévitable.
Je sentis la morsure du whisky sur ma langue, brûlante et rassurante à la fois. La salle résonnait de rires feutrés, de tintements de verres et du froufrou discret des robes longues. Malgré tout ce brouhaha, je n’entendais que le battement précipité de mon cœur, comme s’il avait décidé de jouer une partition différente de la fête qui m’entourait.
Marc restait près de moi, attentif à ma nervosité qu’il prenait pour de la timidité. Il tenta de détendre l’atmosphère en lançant une blague, mais je n’y prêtais pas attention. Mon regard glissa malgré moi vers l’estrade, où Luce Volkov discutait brièvement avec un homme élégant que je reconnus comme étant son assistant, Raphaël. Ce dernier sourit poliment à une invitée, puis croisa mon regard avec une intensité déconcertante.
Je m’efforçai de me recomposer, de m’accrocher à la main de Marc, mais une chaleur montante me submergeait. Mon tatouage me picotait de plus en plus, comme si quelqu’un le touchait à travers le tissu de ma robe.
Des serveurs glissaient entre les invités, proposant canapés et coupes de champagne. Marc, ravi de l’attention portée aux moindres détails, fit remarquer à voix basse :
— Franchement, c’est le plus bel événement auquel j’ai jamais assisté. Il doit vraiment être plein aux as, ce Volkov…
Mon esprit se brouilla à la mention du nom. Un élan étrange me poussa à chercher Luce du regard. Je le trouvai, entouré d’un petit groupe d’invités fortunés qui riaient à ses propos. Il lançait parfois un coup d’œil dans ma direction, et chaque fois que nos yeux se croisaient, une décharge me traversait. Son regard argenté semblait fluctuer, prenant par moments une teinte dorée irréelle. Je détournai les yeux, honteuse d’être aussi influencée par un inconnu.
Je tentai de me concentrer sur la décoration somptueuse : bougies suspendues, orchidées blanches sur les tables, nappes de satin. Tout semblait irréel, trop parfait, comme dans un rêve dont je percevais à peine les règles.
Marc vida son verre, puis en commanda un autre. Il paraissait à l’aise, charmant, riant d’un rire franc à chaque blague d’un homme en costume à ses côtés. Moi, je me sentais étrangère à ce décor, incapable de me fondre dans la fête. Une sensation de manque, de vide, se creusa en moi sans raison, ma timidité au taquet je sourit pas l'aise.
Soudain, une main raffinée effleura mon épaule. Je sursautai et me retournai. Raphaël se tenait là, impeccable dans son smoking noir, un sourire mystérieux aux lèvres.
— Excusez-moi de vous importuner, mademoiselle… ou devrais-je dire madame ?
Je bredouillai, troublée :
— Euh… madame, enfin, Claire.
— Enchanté, Claire. Je suis Raphaël, le maître de cérémonie de ce gala. Monsieur Volkov sera honoré d’échanger quelques mots avec vous, si vous avez un moment. Rien d’officiel, rassurez-vous, simplement une attention à nos invités d’exception.
Marc intervint, amusé :
— On n’est pas si exceptionnels, vous savez, on est en vacances, c’est tout.
Raphaël eut un sourire qui ne quittait pas Claire des yeux.
— Il arrive parfois que la vraie exception se cache sous les apparences les plus simples.
Je sentis mes joues chauffer. Marc, lui, éclata de rire.
— Ma femme est la reine de la discrétion, c’est sûr !
Raphaël inclina la tête, puis, après un clin d’œil, s’effaça vers une autre tablée. Je retiens un souffle tremblant. Marc me prit la main.
— Tu veux danser ?
— Je… Oui, si tu veux.
La piste de danse s’était lentement remplie, les couples tournoyant sous la lumière tamisée. Marc me guide avec douceur, mais ses pas sont hésitants. Je tente de me laisser porter, de retrouver ma bulle de normalité à son bras. Pourtant, derrière mon épaule, je sens le regard insistant de Luce. Il n’avait pas bougé de l’estrade et semblait attendre, observant chaque mouvement comme un prédateur patient.
Une valse commença, et je ne pus m’empêcher de jeter un coup d’œil vers lui. Cette fois, son regard me transperça avec une telle intensité que j’en perdis le fil de la conversation de Marc.
Je trébuchai légèrement, Marc me rattrapa.
— Hé, ça va, Claire ?
— Oui… Je crois que je suis juste un peu étourdie.
Il fronça les sourcils, inquiet.
— T’as pas trop bu ?
— Non, c’est pas ça… C’est l’ambiance, ça me change, c’est tout.
Il m’attira contre lui, tendre et protecteur.
Mais je ne parvenais plus à lui répondre. Le loup sur ma cuisse semblait pulser, vivant, comme un battement d’aile contre ma peau. Une chaleur sourde irradiait tout le long de ma jambe, remontait jusqu’à mon ventre. J’avais soif – pas de boisson, mais d’air, de vérité, de quelque chose d’indicible.
La valse s’acheva. Marc m’embrassa la tempe.
— Va prendre un verre d’eau, d’accord ? Je vais parler deux minutes au barman.
J’hochai la tête, presque soulagée de m’extraire de la foule. Je me dirigeai vers la terrasse, cherchant de l’air frais. Dans la lumière lunaire, l’île avait quelque chose de féérique. La mer reflétait les lampions, le vent portait des effluves de jasmin. J’inspirai profondément, tentant de calmer les battements fous de mon cœur, mon regard sur l'horizon.
— Jolie soirée, n’est-ce pas ?
Je sursautai. Luce Volkov se tenait à quelques pas, appuyé contre la balustrade. Son regard perçant semblait m’envelopper tout entière. Je sens mes jambes faiblir, mais je restai figée, incapable de fuir.
— Oui… c’est magnifique. Merci d'avoir invité tout le monde.
Il esquissa un sourire, presque triste.
— C’est moi qui vous remercie d’être venue, Claire c'est ça ?
Mon prénom dit de cette façon me fait frissonner. Il prononçait chaque syllabe comme une caresse, une promesse. Je n’ose pas soutenir son regard, mais je sens qu’il ne me lâche pas.
— Ce n’est pas trop… intimidant, tout ce faste ?
J’eus un rire nerveux.
— Un peu, oui. Je ne suis pas habituée à ce genre d’endroits. Je crois que je préfère les choses simples.
Il hocha lentement la tête.
— Je comprends. Mais parfois, la simplicité cache des trésors insoupçonnés.
Sa voix, grave, me traversa comme un appel. Je sens mes doigts trembler le long de la rambarde. Il s’approcha, légèrement, assez pour que je ressente la chaleur de son corps, sans jamais franchir la frontière de l’indécence. Sa main effleura mon bras, comme par inadvertance, mais la décharge qui me secoua fut bien réelle.
— N’ayez pas peur, murmura-t-il si bas que je crus l’avoir rêvé. Vous n’avez rien à craindre, ici.
— Je… Je ne comprends pas.
Sa main se retire. Il penche la tête, scrutant mon visage à la lumière de la lune.
— Il y a des choses qu’il ne faut pas chercher à comprendre trop vite. Mais parfois, la vie nous mène là où nous devons être, même si on l’ignore encore.
J’avale péniblement ma salive. Mon tatouage brûlait, comme s’il voulait s’exprimer, hurler à travers ma chair. J’eus le réflexe de poser la main sur ma cuisse, sous la fine étoffe de la robe. Luce suivit mon geste du regard, ses yeux s’assombrissant encore.
— Vous avez un tatouage, n’est-ce pas ?
Je sursautai, surprise par la justesse de sa remarque.
— Oui… Comment le savez-vous ?
Un léger sourire étira ses lèvres.
— J’ai un bon instinct, c’est tout.
Il se tut, comme s’il hésitait. L’instant était d’une intensité folle, chargée de sens mais sans mot pour la contenir. La musique du bal reprit plus fort, et Marc sortit sur la terrasse, cherchant du regard.
— Claire ? Ah tu es là ! Je commençais à m’inquiéter.
Il vit Luce, s’immobilisa un instant, pris de court.
— Bonsoir, je suis Marc, le conjoint de Claire.
Luce se redressa, son masque social parfait retrouvé.
— Luce Volkov. Heureux de faire enfin votre connaissance.
Ils échangèrent une poignée de main virile. Marc parut d’emblée impressionné, voire un peu intimidé, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Je sentis une tension sourde s’installer.
— J’espère que la soirée vous plaît, ajoute Luce avec un sourire charmant.
— Tout est parfait, vraiment, répondit Marc, un peu raide.
Je crus voir un éclair doré passer dans les yeux de Luce, mais il était déjà reparti, ses traits fermés, insaisissables. Il s’inclina légèrement.
— Je vous laisse profiter de la fête. N’hésitez pas si vous avez besoin de quoi que ce soit.
Il disparut aussi silencieusement qu’il était apparu. J’avais la gorge nouée, la sensation d’avoir frôlé un monde interdit.
Marc me regarda, intrigué.
— Tu semblais perdue dans tes pensées, avec lui… Il est impressionnant, non ?
— Oui, c’est… je ne saurais dire. Il a une présence.
Marc hocha la tête, comme s’il acceptait cette explication bancale. Il m’enlaça par la taille, et nous retournâmes dans la salle.
Le reste de la soirée défila dans une brume étrange. J’avais l’impression de flotter, chaque sensation décuplée, l'alcool au rendez-vous. Parfois, je croisais le regard de Raphaël, attentif, presque protecteur. Une fois, il glissa à mon oreille, en passant :
— Faites attention, Claire des fois une rencontres changent une vie.
Son ton n’était ni menaçant, ni moqueur ; simplement grave, empreint d’un respect tacite.
La fête approchait de sa fin, mais avant que nous puissions partir, une hôtesse s’approcha, me tendant discrètement une enveloppe. À l’intérieur, un carton d’invitation au nom de Luce, manuscrit :
« Claire — J’aimerais m’entretenir avec vous, demain matin, en privé. Accepteriez-vous un petit-déjeuner au bord de la mer ? »
Mon cœur fait un bond. Je refermai vite l’enveloppe, prise de panique à l’idée que Marc découvre l’invitation.
Nous regagnâmes notre chambre, Marc chantonnant dans le couloir, insouciant, l'alcool aidant beaucoup. Je me sens coupable de l’émoi qui m’agitait, mais incapable de nier l’attirance irrépressible qui m’attirait vers Luce. Je ne dormis presque pas cette nuit-là, le regard de l’Alpha que j'ignore gravé en moi, le tatouage vibrant, mon destin prêt à basculer.
Quand, au petit matin, je découvris que la marque sur ma cuisse a pris une teinte encore plus sombre, plus noir, sans que je comprends pourquoi, je préviens Marc que je prend déjà mon petit déjeuner qu'il profite du lit, et je vais a la grande salle du restaurant de l'hôtel, habillée simplement, mon regard partout.