Chapter 2
L'aube de l'appréhension
Le matin venu, Ange se prépare, mais une tension inhabituelle la submerge. Sa peur de M. Dubois et de ses intentions plane sur sa journée de travail.
Le lendemain matin, la lumière timide de l'aube filtrait à travers les rideaux à peine entrouverts, peignant la chambre d'Ange de teintes douces et incertaines. L'horloge numérique sur la table de chevet affichait 6h00, une heure familière, une heure qu'elle avait l'habitude de saluer avec une sorte de routine rassurante. Mais aujourd'hui, la familiarité avait disparu, remplacée par une sensation étrange, un filigrane de malaise qui s'était tissé dans la trame même de son réveil.
Elle s'assit sur le bord du lit, ses pieds nus effleurant la moquette fraîche. Un frisson parcourut son échine, non pas de froid, mais d'une appréhension sourde qui semblait s'être installée en elle pendant la nuit. L'appel de la veille, cet appel inattendu et tardif de Monsieur Dubois, tournait en boucle dans sa tête, tel un disque rayé. Sa voix, d'habitude si assurée, presque trop polie, avait résonné avec une nuance inhabituelle, une sorte d'urgence voilée qui avait suffi à déclencher sa peur. Elle avait coupé court, le cœur battant la chamade, et avait éteint son téléphone, une réaction instinctive de survie. Mais cette nuit, le sommeil avait été léger, haché par des rêves où le visage impassible de son patron se mêlait à des murmures inquiétants.
Elle se leva, se dirigeant vers la salle de bain d'un pas lent. Le reflet dans le miroir lui renvoya l'image d'une femme au regard un peu fuyant, les cernes légèrement marqués sous ses yeux. Elle n'était pas naturelle, non. Quelque chose avait changé, une dissonance subtile dans sa posture, dans la manière dont ses épaules retombaient légèrement. C'était la peur, cette compagne indésirable qui avait décidé de s'inviter pour le petit-déjeuner.
Elle se déshabilla et entra sous la douche, laissant l'eau chaude ruisseler sur sa peau. Elle essaya de chasser les pensées, de se concentrer sur la sensation de l'eau, sur le parfum familier de son gel douche. Mais l'ombre de la veille persistait, une présence invisible qui la suivait. Elle se demandait s'il avait essayé de la rappeler, s'il avait été surpris par sa réaction. La pensée de son patron, de son autorité, de cette aura de pouvoir qui l'entourait, suffisait à faire naître une boule dans son estomac.
Une fois sortie de la douche, elle se drapa dans une serviette et retourna dans la chambre. Elle ouvrit sa garde-robe, hésitant un instant. D'habitude, elle choisissait ses vêtements avec une certaine légèreté, privilégiant le confort et la discrétion. Mais aujourd'hui, une envie nouvelle, presque une provocation, la traversa. Elle attrapa une petite robe, un modèle qu'elle réservait d'ordinaire pour les rares occasions où elle souhaitait se sentir un peu plus audacieuse. La matière soyeuse glissa sur sa peau, et elle laissa le tissu s'arrêter juste au-dessus de sa cuisse. Elle se regarda dans le miroir de son armoire. La robe était élégante, mais elle accentuait sa silhouette d'une manière qui la rendait vulnérable, presque exposée. Elle hésita, puis se décida. C'était une façon de se réapproprier une part d'elle-même, de montrer qu'elle n'était pas seulement une employée soumise.
Le maquillage fut appliqué avec une attention particulière, comme pour construire une armure. Un léger fond de teint pour masquer les signes de fatigue, une touche de mascara pour intensifier son regard, et un rouge à lèvres d'une couleur discrète mais affirmée. Elle se coiffa, attachant ses cheveux en un chignon impeccable qui dégageait son cou. Chaque geste était calculé, une tentative de masquer sa nervosité sous un vernis de contrôle.
En descendant prendre son petit-déjeuner, elle se sentait toujours aussi tendue. Le café avait un goût amer, et les tartines lui semblaient lourdes. Elle regarda son téléphone, posé sur la table. Il était toujours éteint. Elle hésita à le rallumer, craignant le flot de notifications, craignant d'y trouver un message de Monsieur Dubois. Mais elle savait qu'elle ne pouvait pas le garder éteint toute la journée. Avec une main tremblante, elle appuya sur le bouton.