Chapter 3
Le bureau du destin
Un message la convoque dans le bureau de son patron. Tremblante, Ange s'y rend, le cœur battant, redoutant la confrontation imminente avec M. Dubois.
Le réveil d'Ange fut brutal, un saut hors du sommeil où les ombres de la veille persistaient, tenaces comme une mauvaise odeur. Six heures sonnaient à son réveil, mais le temps semblait s'être figé sur l'appel de la nuit, sur la panique qui l'avait saisie et l'avait poussée à couper le fil, à éteindre le monde extérieur dans un geste désespéré. Elle se leva, les membres lourds, le cœur encore un peu à l'étroit dans sa poitrine. Chaque mouvement était empreint d'une prudence nouvelle, comme si le moindre faux pas pouvait réveiller le monstre tapi sous son lit.
Dans la salle de bain, le miroir lui renvoya le reflet d'une femme aux yeux cernés, une pâleur inhabituelle colorant ses joues. Le maquillage, d'ordinaire une routine rassurante, devint une entreprise laborieuse, un effort pour masquer les traces de la nuit et pour endosser le masque de la normalité. Elle choisit une petite robe, d'un bleu nuit profond, dont la longueur s'arrêtait juste à mi-cuisse. Un choix audacieux, presque provocateur, né d'une envie de se réapproprier son corps, de défier la peur qui tentait de l'enfermer. Mais même dans cette tentative de rébellion, une pointe d'angoisse persistait, une question lancinante : était-ce le bon choix ? Allait-elle devoir porter cette robe comme une armure, ou comme une proie ?
Le trajet jusqu'au bureau fut un supplice silencieux. Chaque voiture croisée, chaque passant, semblait porter un regard accusateur. Les pensées tourbillonnaient, s'entrechoquant, créant un brouillard épais dans son esprit. Elle revoyait le visage de Monsieur Dubois, son sourire énigmatique, la façon dont ses yeux s'attardaient parfois un peu trop longtemps. Chaque interaction passée prenait une nouvelle dimension, une nuance inquiétante. L'appel de la veille, pourtant si bref, résonnait comme un avertissement. Elle avait senti quelque chose, une tension dans la voix de son patron, une urgence qui dépassait la simple requête professionnelle. C'était cette urgence qui l'avait terrifiée, qui l'avait poussée à fuir.
Arrivée devant l'immeuble imposant, elle sentit ses jambes se dérober. L'air était frais, mais une sueur froide perlait sur son front. Elle prit une profonde inspiration, essayant de rassembler le peu de courage qui lui restait. Le hall d'entrée, d'ordinaire si familier, lui parut soudain hostile, les marbres lustrés reflétant une image déformée d'elle-même.
Elle s'installa à son poste, le clavier froid sous ses doigts. Les premières heures furent un lent défilement d'emails et de tâches routinières, mais son esprit était ailleurs, en alerte constante, guettant le moindre signe. Chaque sonnerie de téléphone la faisait sursauter, chaque appel entrant la glaçait. Elle avait l'impression d'être au bord d'un précipice, attendant le coup de pied qui la ferait basculer.
Puis, le message s'afficha sur son écran. Une alerte discrète, mais qui résonna en elle comme un coup de tonnerre.
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