Chapter 1

La coupure inattendue

Après un appel troublant de M. Dubois, Ange, paniquée, coupe la communication et éteint son téléphone, craignant les conséquences et les retrouvailles du lendemain.

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La nuit était tombée, lourde et épaisse, enveloppant la petite chambre d'Ange d'une obscurité oppressante. Le téléphone, posé sur la table de chevet, semblait irradier une menace sourde, son écran éteint renvoyant le reflet angoissé du visage d'Ange. Les mots de Monsieur Dubois, prononcés d'une voix qui avait semblé plus grave, plus insistante que d'habitude, résonnaient encore dans sa tête comme un écho lancinant. « Ange, je veux te voir dans mon bureau. Tout de suite. » La sentence avait frappé comme un coup de poing, la laissant sans voix, le souffle coupé. Son cœur s'était emballé, battant la chamade contre ses côtes, une fuite éperdue face à l'injonction. Sans réfléchir, mue par une peur instinctive, elle avait coupé la communication, le petit clic du bouton semblant sceller son destin. Puis, dans un geste de panique décuplée, elle avait éteint le téléphone, le plongeant dans le silence, espérant ainsi effacer l'existence même de cet appel, de cette convocation.

Elle avait jeté un coup d'œil à l'heure. 23h17. Tard. Bien trop tard pour un appel professionnel, même si Monsieur Dubois avait toujours eu cette tendance à brouiller les lignes, à flirter avec l'inapproprié. Mais ce soir, il y avait eu autre chose. Une tension palpable, un sous-entendu qui avait glacé le sang d'Ange. Elle ne comprenait pas exactement ce qui l'avait effrayée, mais une certitude s'était ancrée en elle : elle ne voulait pas savoir. Pas maintenant. Pas comme ça. Elle se retourna dans son lit, les draps froissés autour d'elle, cherchant une position qui apaiserait les remous de son anxiété. Le sommeil semblait une denrée inaccessible, ses pensées s'emmêlant en une toile d'araignée complexe, chaque fil la ramenant à la même image : le regard de Monsieur Dubois, la gravité de sa voix.

Elle avait tenté de se raisonner. Ce n'était qu'un appel. Une demande de son patron. Rien d'extraordinaire. Mais le sentiment tenace d'une menace imminente la submergeait. Elle savait, au plus profond d'elle-même, que demain serait différent. Monsieur Dubois, avec sa nature insaisissable, ses humeurs changeantes, ne la laisserait pas s'en tirer à si bon compte. Il la rappellerait, sans doute. Il voudrait des explications. Ou pire, il viendrait la chercher. L'idée la fit frissonner. Elle connaissait ses habitudes. Il était du genre à ne rien lâcher, à poursuivre sa proie jusqu'à la capture. Elle avait toujours trouvé une certaine fascination dans son autorité naturelle, dans la manière dont il dirigeait l'entreprise d'une main de fer, mais ce soir, cette fascination s'était muée en une terreur sourde.

Elle finit par s'assoupir, un sommeil léger et agité, peuplé de rêves flous où Monsieur Dubois apparaissait, tantôt menaçant, tantôt étrangement doux. Le réveil sonna à 6h00, comme à son habitude, un son strident qui la tira brutalement de son sommeil troublé. La lumière du matin filtrait timidement à travers les rideaux, peignant sa chambre de teintes grises et bleutées. Elle s'assit sur le bord du lit, le corps encore engourdi, l'esprit embrumé par le manque de sommeil. Aujourd'hui, quelque chose avait changé. Elle le sentait dans l'air, dans le silence inhabituel de son appartement, dans la manière dont son propre corps semblait réagir avec une sensibilité accrue.

Elle se leva, marcha vers la salle de bain, le regard perdu dans son reflet dans le miroir. Ses yeux étaient cernés, ses traits tirés par l'angoisse de la nuit. Elle avait l'impression d'être une étrangère dans son propre corps. Elle se doucha, l'eau chaude ruisselant sur sa peau, tentant de chasser la tension qui la nouait. Puis, elle enfila sa tenue de travail, une petite robe d'été d'un bleu pâle, dont la longueur s'arrêtait juste au-dessus de ses genoux. Elle avait choisi cette robe, d'habitude, pour son côté léger et féminin, mais aujourd'hui, elle lui semblait trop audacieuse, trop… vulnérable.

Elle se maquilla avec une précision mécanique, ses mains tremblant légèrement au moment d'appliquer le mascara. Chaque geste était empreint d'une conscience aiguë de ce qui l'attendait. Elle essaya de retrouver son assurance habituelle, le sourire confiant qu'elle affichait souvent devant ses collègues, mais ses lèvres semblaient figées dans une moue inquiète. Elle se força à avaler une tasse de café noir, le breuvage amer lui parcourant la gorge, mais son estomac se serrait, refusant d'accepter quoi que ce soit de plus consistant.

Le trajet jusqu'au bureau fut un supplice. Chaque voiture qui la dépassait lui donnait l'impression d'être observée, chaque regard croisé la faisait sursauter. Elle avait l'impression d'être une proie traquée, incapable de dissimuler sa peur. Elle arriva au bureau une dizaine de minutes avant l'heure, espérant pouvoir se cacher dans son poste, se fondre dans la masse avant que Monsieur Dubois ne remarque sa présence. L'ascenseur monta lentement, chaque étage semblant une étape supplémentaire vers l'inévitable. Elle fixa la porte de son bureau, le cœur battant à tout rompre.

Elle s'installa à son poste, essayant de se concentrer sur les dossiers qui l'attendaient. Les chiffres dansaient devant ses yeux, les mots perdaient leur sens. Elle entendait le bruit des claviers, les conversations feutrées de ses collègues, mais tout cela lui semblait lointain, irréel. Elle guettait le moindre signe, le moindre mouvement dans le couloir qui menait au bureau de Monsieur Dubois. L'air était chargé d'une électricité palpable, une tension sourde qui semblait émaner de toutes parts.

Elle était absorbée par ses pensées lorsqu'une ombre se projeta sur son écran. Elle leva les yeux, le souffle coupé. C'était Monsieur Dubois. Il se tenait debout devant son bureau, l'air aussi impassible que d'habitude, mais ses yeux, d'un bleu glacial, semblaient la transpercer.

« Ange, » dit-il, sa voix calme, mais avec une pointe d'autorité qui lui glaça le sang. « Dans mon bureau, s'il vous plaît. »

Ange sentit ses jambes se dérober. Elle se leva, lentement, chaque mouvement lui demandant un effort surhumain. Elle avait beau s'y être préparée, l'ordre la prit par surprise, la plongeant dans une nouvelle vague de panique. Elle jeta un regard furtif à ses collègues, qui semblaient absorbés par leur travail, ignorant le drame qui se jouait sous leurs yeux.

Elle traversa le couloir, chaque pas résonnant dans le silence feutré du bureau. La porte du bureau de Monsieur Dubois était entrouverte. Elle entendit le bruit de son propre cœur battre dans ses oreilles, un tambourinage assourdissant qui masquait tous les autres sons. Elle hésita un instant, la main suspendue au-dessus de la poignée. Elle aurait voulu faire demi-tour, s'enfuir, disparaître. Mais elle savait que c'était impossible.

Elle poussa la porte et entra. Le bureau était spacieux, baigné d'une lumière tamisée. Monsieur Dubois était assis derrière son grand bureau en acajou, un dossier ouvert devant lui. Il leva les yeux vers elle, un léger sourire aux lèvres, mais ce sourire ne parvenait pas à atteindre ses yeux.

« Asseyez-vous, Ange, » dit-il, désignant la chaise en face de lui.

Ange obéit, s'asseyant sur le bord de la chaise, ses mains serrées sur ses genoux. Elle sentait son corps trembler malgré elle. Elle essaya de ne pas laisser transparaître sa peur, de garder un visage impassible, mais elle savait que ses yeux trahissaient son angoisse.

« Alors, Ange, » commença Monsieur Dubois, sa voix se faisant plus douce, presque caressante. « Vous avez semblé bien préoccupée hier soir. »

Ange déglutit difficilement. Elle ne savait pas quoi répondre. Les mots semblaient se coincer dans sa gorge.

« Je… j'ai eu un empêchement, Monsieur, » réussit-elle à articuler, sa voix à peine audible.

Monsieur Dubois laissa échapper un petit rire sec. « Un empêchement ? C'est ainsi que vous appelez ça ? » Il se pencha en avant, ses yeux fixés sur elle avec une intensité déconcertante. « Vous avez coupé court à notre conversation, Ange. Et ensuite, vous avez éteint votre téléphone. Je me suis demandé si vous aviez eu peur. »

La peur. Le mot résonna dans son esprit, confirmant ses propres appréhensions. Elle sentait la chaleur monter à ses joues.

« J'étais fatiguée, Monsieur, » bredouilla-t-elle, cherchant une excuse plausible.

« Fatiguée ? » répéta Monsieur Dubois, une lueur de malice dans le regard. « Ou peut-être aviez-vous peur de ce que je pouvais vous demander ? Peur de ce que nous pouvions… partager ? »

Ange sentit son cœur faire un bond. Le sous-entendu était clair, et il la terrifiait. Elle leva les yeux vers lui, essayant de lire dans son regard ce qui se cachait derrière ses mots.

« Monsieur, je ne comprends pas, » dit-elle, sa voix tremblant légèrement.

« Oh, mais je crois bien que si, Ange, » répondit-il, sa voix devenant plus grave, plus pressante. Il se leva et fit le tour de son bureau, s'approchant d'elle. Elle le regarda venir, incapable de bouger, une statue de peur figée dans son siège. Il s'arrêta juste devant elle, la dominant de toute sa hauteur.

« Vous savez, Ange, » murmura-t-il, sa voix empreinte d'une sensualité troublante, « je vous trouve… fascinante. Votre discrétion, votre efficacité… mais aussi votre nervosité. Cette petite étincelle de peur qui brille dans vos yeux quand vous me regardez. »

Il se pencha légèrement, son visage à quelques centimètres du sien. Ange sentait son souffle chaud sur sa peau. Elle ferma les yeux, ne pouvant supporter son regard.

« J'ai toujours aimé les femmes qui savent cacher leur jeu, » continua-t-il, sa voix se faisant plus intime. « Et vous, Ange, vous avez un jeu très intéressant. »

Elle sentit sa main se poser sur son bras, un contact léger, mais qui lui envoya des frissons dans tout le corps. Elle ouvrit les yeux, le regard fixé sur la main qui la retenait.

« Monsieur, s'il vous plaît… » murmura-t-elle, sa voix à peine plus qu'un souffle.

« S'il vous plaît quoi, Ange ? » demanda-t-il, son pouce caressant doucement sa peau. « S'il vous plaît, ne me laissez pas vous désirer ? S'il vous plaît, ne me laissez pas voir ce qui se cache sous cette façade professionnelle ? »

La peur se mêlait à une étrange curiosité. Elle savait qu'elle aurait dû réagir, protester, le repousser. Mais une part d'elle était paralysée, fascinée par le danger, par l'audace de cet homme. Elle sentait son cœur battre à un rythme effréné, une danse chaotique entre la terreur et une attirance inavouée.

« Vous ne devriez pas faire ça, Monsieur, » réussit-elle à dire, sa voix encore plus faible.

« Et pourquoi pas, Ange ? » demanda-t-il, son regard intense. « Qu'est-ce qui vous retient ? La peur ? Ou peut-être… l'envie ? »

Il se pencha encore, son visage à quelques centimètres du sien. Ange sentait son propre souffle s'accélérer. Elle était prise au piège, son esprit en conflit avec son corps. Elle savait qu'elle devait faire un choix, un choix qui allait déterminer la suite de sa vie professionnelle, et peut-être, personnelle. Le silence s'étira, lourd de sous-entendus, de désirs inavoués, de peurs cachées. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son ne sortit. Le regard de Monsieur Dubois était ancré dans le sien, attendant sa réponse, attendant sa décision. Le chapitre se terminait sur cette tension palpable, sur ce moment suspendu où le destin d'Ange semblait se jouer dans le silence de ce bureau luxueux.

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