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Chapter 3

La traque s'intensifie

Mya invoque un dragon doré qui brise ses menottes et la protège. La peur change de camp. Mya renvoie son dragon et menace ses assaillants avant de s'envoler. Elle arrive dans un village. Mya échappe à ses poursuivants par la danse. Elle sent la présence de Dendor et doit choisir entre la fuite et le combat. Mya échappe à Death et ses complices. Une nouvelle présence, plus dangereuse, est détectée.

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L'air dans la nef devient soudainement irrespirable, chargé d'une électricité statique qui fait se dresser les poils sur mes bras. Death, dont la main tremble désormais visiblement contre ma cuisse, se fige. Il sent le changement, il sent que son arrogance est en train de se retourner contre lui comme une lame émoussée. Mes menottes émettent un grésillement strident, une plainte métallique qui me déchire les tympans. Je puise dans cette douleur, dans la résonance du sol qui martèle mes vertèbres, et je projette tout mon être, toute ma rage, dans un appel guttural qui semble arracher l'âme du temple.

« Réveille-toi, Dendor ! »

Le sol explose. Ce n'est pas un séisme ordinaire ; c'est une déchirure de la réalité. La pierre massive du socle se fissure, des éclats de roche ancestrale projetés dans tous les sens comme des shrapnels. Dans un fracas assourdissant qui éteint les dernières torches bleues, une forme colossale émerge des entrailles de la terre. Un dragon d'or pur, aux écailles plus brillantes que le métal fondu, jaillit des décombres. Il déploie ses ailes immenses, une envergure qui semble occulter la nef entière, et pousse un hurlement de guerre qui fait vibrer mes organes.

Le souffle de son apparition me projette en arrière, le monde devient un tourbillon de poussière et d'éclats. Death, projeté par l'onde de choc, manque de tomber, son visage autrefois sûr de lui se décomposant en un masque de frustration pure.

« Fait chier, » crache-t-il, sa voix tremblant de colère alors qu'il se rattrape à un pilier. « Je voulais juste m'amuser avec elle... »

Je n'ai pas le temps d'apprécier sa défaite. Le dragon, dans une démonstration de puissance brute, donne un coup de queue titanesque contre la colonne de pierre où je suis enchaînée. La roche vole en éclats. Je ferme les yeux, je serre les dents à m'en faire craquer la mâchoire, attendant l'impact, attendant la fin. Mais au lieu de la douleur, c'est une sensation de chaleur liquide qui m'enveloppe. Les menottes, pulvérisées par la puissance draconique, tombent en poussière noire.

Je retombe, le souffle coupé, mais je ne touche pas le sol froid. Une force douce et monumentale me rattrape. Le dragon doré, dont les yeux sont comme des soleils ardents, s'incline devant moi dans un silence soudain, presque religieux.

Une brûlure intense, soudaine, irradie sur mon épaule droite. Je porte la main à ma peau, mes doigts effleurant une marque qui se grave dans ma chair. Un tatouage permanent, une rune ancienne qui pulse au rythme du cœur du dragon. Le lien est établi. La chaleur qui coule dans mes veines ne vient plus de mon seul sang, mais de cette créature, de ce gardien ancestral que j'ai cherché toute ma vie sans même savoir qu'il m'attendait sous ces dalles maudites.

Il est là. Mon dragon.

Autour de nous, le décor est apocalyptique. Les trois hommes, Tenebris, Arcanis et Crinis, sont prostrés, figés dans un état de stupeur totale. Leurs visages, éclairés par la lueur dorée qui émane désormais de mon propre corps, sont des masques d'hébétude. Ils n'osent pas bouger, leurs mains vides de seringues, leurs yeux fixés sur la bête qui me protège. La peur, la vraie, a changé de camp.

Je me redresse, portée par une vigueur nouvelle, une énergie qui ne me brûle plus, mais qui m'habite. Mes ailes de dragon doré, dans mon dos, se déploient instinctivement, répondant à l'appel de mon compagnon. Je sens chaque écaille, chaque battement de son cœur massif contre le mien.

Je tourne la tête vers Death. Il est toujours là, appuyé contre le pilier, ses yeux noirs fixés sur le dragon avec une fascination morbide. La peur le dispute à une sorte d'admiration forcée.

« Vous vouliez une proie, » dis-je, ma voix résonnant avec une autorité qui n'était pas la mienne, il y a quelques instants. « Vous avez trouvé une reine. »

Le dragon émet un grondement bas, une menace sourde qui fait trembler les murs du temple. Tenebris recule d'un pas, ses bottes glissant sur les gravats. La situation est devenue totalement incontrôlable pour eux. Ils ont voulu jouer avec les forces du destin, et maintenant, le destin a des griffes.

Je regarde mon dragon. Il attend un signal. Je peux ordonner une exécution immédiate, transformer cette nef en un tombeau pour ces trois-là, ou je peux choisir de quitter cet endroit, de m'envoler vers la liberté maintenant que le temple est éventré. Mais quelque chose dans le regard de Death, cette lueur persistante de défi malgré la peur, me dit qu'ils n'ont pas encore fini leur petit jeu. Ils ont des ressources, des contacts, et ils ne me laisseront pas partir aussi facilement.

Que dois-je faire ? Frapper le premier, pour m'assurer qu'ils ne puissent jamais plus me traquer, ou quitter ce temple immédiatement, emportant avec moi le secret de ce lien, pour mieux préparer ma riposte ?

  • •* *

La poussière retombe lentement dans la nef, transformant les rayons de lumière dorée en colonnes de poudre étincelante. Dendor, mon protecteur, mon âme miroir, s'agite à mes côtés. La chaleur qui émane de ses écailles est si intense qu'elle semble purifier l'air vicié du temple. Je pose une main tremblante sur son museau imposant ; il ferme les yeux un instant, un ronronnement sourd faisant vibrer le sol sous mes bottes.

« Va-t'en, Dendor, » murmuré-je, le cœur battant à tout rompre. « Je t'appellerai quand j'aurai besoin de toi. Reste près, mais reste invisible. »

Il émet un roucoulement doux, presque mélancolique, avant de déployer ses ailes dans un battement d'air puissant qui manque de me faire perdre l'équilibre. En un instant, il s'engouffre dans la faille du plafond, disparaissant dans le ciel nocturne comme un météore inversé. Je suis de nouveau seule face à eux, mais je ne suis plus la même. Le lien gravé sur mon épaule pulse, une source inépuisable de puissance qui calme mes nerfs.

Tenebris, Arcanis et Death sont là, hagards, les visages pâles sous la crasse. Je m'avance, mes ailes dorées largement déployées, projetant une ombre majestueuse sur les dalles brisées. Mes bottes gothiques claquent sur la pierre avec une assurance nouvelle.

« Je vous laisserai la vie sauve, » lâché-je d'un ton tranchant, mes yeux violets dardant un regard de feu sur chacun d'eux. « Mais foutez-moi la paix. Si je vous recroise, ce ne sera pas Dendor qui viendra vous chercher, mais ma propre fureur. Compris ? »

Sans attendre leur réponse, je ne leur laisse aucune chance de répliquer. Dans un battement de mes propres ailes, je m'arrache au sol. La sensation de liberté est enivrante, le vent s'engouffre dans mon sweat déchiré, et je m'élève au-dessus des ruines du temple pour prendre la direction des plaines d'Asgarde.

Alors que je m'éloigne, je perçois encore, portée par le vent, la voix colérique de Death qui déchire le silence de la nuit.

« Merde ! » hurle-t-il, sa frustration éclatant dans un cri de rage pure. « Je voulais juste m'amuser avec elle, espèce d'incapables ! »

« M'amuser ? C'est ça ton idée du plaisir, Death ? » rétorque Arcanis, sa voix tremblante de peur et de reproche. « Tu as failli nous faire tuer par une légende vivante ! »

« Ferme ta gueule, Arcanis ! » tonne Death. Leurs voix se mêlent en une dispute violente qui s'étouffe à mesure que je gagne de l'altitude. Je ne me retourne pas. Leur conflit intérieur est leur nouveau problème, pas le mien.

Le vol est rapide, porté par l'adrénaline et la magie qui irrigue mes muscles. Les plaines d'Asgarde s'étendent sous moi, vastes et argentées sous la lueur de la lune. Je repère bientôt les petites lumières d'un village niché dans une vallée encaissée. Le besoin de calme, de repos, et surtout de comprendre l'étendue de ce qui vient de m'arriver, devient une nécessité physique.

Je descends en piqué, mes bottes touchant le sol herbeux à l'orée du village. Mes ailes se rétractent contre mon dos, mes yeux retrouvent leur éclat violet habituel, bien que je puisse sentir la lueur dorée frémir sous mes paupières, prête à jaillir à la moindre émotion forte. Je suis épuisée, mes vêtements sont en lambeaux, mais pour la première fois depuis des jours, je ne me sens plus traquée.

Je marche vers les premières maisons, observant les ruelles désertes. Le village semble plongé dans un sommeil profond, ignoré de tous les drames qui se jouent dans l'ombre. Je m'arrête devant une petite auberge dont l'enseigne grince au vent. Une lueur chaude filtre à travers une fenêtre entrouverte.

Je suis à la croisée des chemins. Dois-je entrer dans cette auberge pour tenter de me fondre parmi les gens, quitte à attirer l'attention par mon apparence inhabituelle, ou dois-je rester dans l'ombre, me cacher dans les écuries ou les granges pour observer le village et m'assurer que personne ne me suit ? La fatigue pèse sur mes paupières, mais mon instinct de dragonne reste en alerte, scrutant chaque recoin de la plaine. Une étrange silhouette se détache au bout de la rue principale, immobile sous un lampadaire à huile. Elle semble m'attendre.

  • •* *

L'idée d'entrer dans cette auberge m'a traversé l'esprit, mais le poids de la méfiance a été plus fort. Je n'ai aucune envie d'être observée, jugée ou pire, dénoncée par des inconnus qui ne comprendraient rien à mon existence. J'ai donc tourné les talons, préférant la solitude des plaines d'Asgarde à la chaleur factice d'une chambre.

J'ai trouvé un chêne centenaire dont les branches basses formaient un berceau naturel. Une fois perchée, j'ai replié mes ailes autour de moi comme une couverture de cuir souple. Le sommeil m'a happée presque instantanément, une léthargie réparatrice après la violence du temple.

Le soleil se lève, inondant les plaines d'une lumière crue qui fait danser les hautes herbes. Je me réveille avec les muscles endoloris mais l'esprit étrangement clair. Par réflexe, j'ajuste mon casque audio sur mes oreilles et je lance une playlist aux basses lourdes. La musique m'enveloppe, créant une bulle impénétrable. Je saute du tronc, atterrissant avec la grâce féline d'une prédatrice, et je commence à bouger, instinctivement. Je danse, balayant la plaine, mes mouvements mêlant la souplesse de mon corps humain à la puissance brute de mon héritage draconique.

Je n'ai pas besoin de me retourner pour savoir qu'ils sont là. Leurs présences sont comme des taches d'encre dans le paysage immaculé de la plaine. Death, Tenebris et Arcanis. Ils me suivent depuis l'aube, probablement, persuadés d'être discrets.

Ils ne se lassent jamais, pensé-je, un sourire amer étirant mes lèvres.

Je feins l'ignorance totale. Je tourne sur moi-même, mes bottes gothiques martelant le sol en cadence, mes cheveux blancs volant au gré du vent. Je me laisse porter par le rythme, mes bras traçant des arcs de cercle parfaits dans l'air.

Soudain, une ombre se détache derrière moi. Death. Il bondit, cherchant à me ceinturer, à briser ma liberté avec la même brutalité que dans le temple. Mais je ne suis plus la proie enchaînée. Au moment précis où ses doigts effleurent mon sweat, je pivote sur la pointe de mes bottes dans un mouvement de danse fluide, une pirouette qui m'éloigne de son emprise.

Il manque sa cible, trébuchant presque sur son propre élan. Je continue ma chorégraphie, glissant à quelques centimètres d'Arcanis qui tente de me couper la route. D'un déhanché calculé, je l'évite, une petite insulte silencieuse au bout des lèvres. Je danse comme si ma vie en dépendait, et pourtant, chaque mouvement est une démonstration de force.

Je sens le regard de Death brûler dans mon dos. Je jette un coup d'œil par-dessus mon épaule et je l'aperçois. Il est immobile à quelques mètres, ses yeux noirs fixés sur moi, sa langue passant lentement sur ses lèvres inférieures. Il ne court plus, il observe, fasciné par la manière dont je me joue d'eux. Sa respiration est courte, trahissant un mélange malsain d'agacement et de désir prédateur.

« Tu crois vraiment que c'est un jeu, hein ? » murmure-t-il, sa voix arrivant jusqu'à moi malgré le boum-boum de la musique dans mes oreilles.

Je ne réponds pas. Je marque une pause brutale dans ma danse, mes yeux violets brillant d'un éclat soudain. Je fais un pas vers lui, le rythme de la musique dictant la tension dans mes muscles. Je suis à portée de main, une provocation vivante au milieu de la plaine.

Le lien sur mon épaule commence à pulser, une chaleur dorée qui demande à être libérée. Dendor n'est pas loin, je le sens. Si je reste trop longtemps à jouer avec le feu, la situation risque de basculer dans un carnage.

Death fait un pas de plus, ses mains entrouvertes, prêt à bondir à nouveau. Arcanis et Tenebris se déploient sur les flancs, cherchant à m'encercler. Je sens le sol vibrer sous la pression de leurs bottes.

Dois-je continuer cette danse périlleuse pour les épuiser davantage et les humilier encore un peu, ou dois-je cesser la mascarade, invoquer pleinement mon pouvoir doré pour les disperser par la force, quitte à révéler au grand jour ma nature et attirer l'attention de tout le village voisin ?

  • •* *

La musique cogne dans mon crâne, mais je ne l’éteins pas. Elle est mon rythme, mon bouclier, le battement de cœur de cette liberté que je savoure comme une drogue. Death est à portée. Son regard, ce mélange de convoitise et de frustration, est une cible trop tentante pour être ignorée.

Sans hésiter, je romps ma chorégraphie. Je me propulse vers lui comme un trait blanc, mes bottes gothiques écrasant l'herbe haute. Il n'a même pas le temps de lever les bras qu'il se retrouve au sol, le dos plaqué contre la terre meuble, mon poids pesant sur son torse. Je suis là, au-dessus de lui, mes cheveux blancs retombant comme un rideau de soie sur nos visages.

Ses yeux rouges s'écarquillent, surpris par mon audace. Je descends mes mains vers ses joues, mes doigts caressant sa peau froide avec une lenteur calculée, presque amoureuse.

« Tu es si prévisible, Death, » je murmure, ma voix un souffle contre ses lèvres. « Tu aimes tant chasser, mais tu ne sais pas quoi faire quand la proie se retourne contre toi. »

Il grogne, ses mains glacées venant se loger avec une fermeté possessive sur mes hanches. Il croit avoir repris le contrôle, il croit que je me soumets enfin. Je sens ses doigts s'enfoncer légèrement dans le tissu de ma jupe. C'est le moment. Dans un rire cristallin, je me propulse vers le haut, utilisant mes ailes pour accentuer mon bond, et je lui échappe comme une volute de fumée.

Je retombe souplement sur mes pieds et je fonce vers la lisière du bois qui borde la plaine.

« Il y a vraiment cru ! » je lance par-dessus mon épaule, un rire moqueur éclatant dans l'air pur. « Pauvre idiot ! »

Derrière moi, le chaos s'installe. Tenebris, qui observait la scène depuis le début, explose de rage. Son cri déchire le silence matinal, vibrant de mépris : « Comment l’amour a pu te rendre aussi con, Death ?! »

Les trois hommes se lancent à ma poursuite. Je les entends gronder, leurs pas lourds martelant le sol, mais je suis légère, portée par l'adrénaline et le pur plaisir de les voir s'épuiser. Je plonge dans le sous-bois, les branches fouettant mon visage, tandis que je manque de m'étouffer de rire. Le jeu est cruel, mais après ce que j'ai subi dans le temple, c'est une justice parfaite.

À mesure que je m'enfonce dans le couvert des arbres, je sens une présence supplémentaire rejoindre le groupe. C'est Crinis. Il est là, je l'entends pestant contre les ronces. Mais soudain, mon instinct de dragonne se crispe. Ce n'est pas seulement le regard pesant de mes poursuivants que je perçois.

Il y a autre chose.

Un regard différent, plus froid, plus ancien, qui semble ne pas provenir de mes trois tortionnaires. Ce n'est pas la haine brute de Death, ni l'agacement de Tenebris. C'est une observation glaciale, posée sur moi depuis les hauteurs de la canopée, ou peut-être depuis l'ombre d'un vieux tronc. Quelqu'un — ou quelque chose — me piste, et cette entité-là ne joue pas.

Je ralentis imperceptiblement ma course, mes sens en alerte maximale. Le lien avec Dendor sur mon épaule pulse, moins comme une chaleur protectrice cette fois, mais comme un avertissement. Le danger ne vient plus seulement de ceux qui me courent après. Je m'arrête net derrière un chêne massif, le cœur battant, et je me plaque contre l'écorce.

Le bruit des pas de mes trois poursuivants se rapproche. Ils sont tout près. Mais le regard qui me pèse dessus, lui, ne bouge pas. Il attend.

Dois-je révéler ma position à Death et ses complices pour les forcer à faire face à ce nouveau danger avec moi, ou dois-je me taire, me fondre totalement dans l'ombre et tenter de surprendre celui qui me traque dans le silence des bois ?

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