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Chapter 1

La dernière descendante

Mya est sauvée par un inconnu aux yeux rouges qui l'embrasse pour la cacher des gardes. Il lui propose de la mener en lieu sûr. Mya se transforme en dragon et combat un homme qui la trahit. Une nouvelle menace apparaît. Mya est capturée par Tenebris et ses complices, Arcanis et un autre homme, qui l'emmènent dans les montagnes interdites. Mya apprend qu'elle est la dernière descendante des draconnes et que son cœur est convoité. Elle sent sa magie revenir.

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L'ombre et l'or

Mes poumons me brûlent, chaque inspiration arrachée à l'air froid de la ruelle me pique la gorge comme du verre pilé. Derrière moi, le martèlement des bottes sur les pavés humides se rapproche, un rythme saccadé et menaçant qui martèle mon crâne. Leurs cris, des ordres aboyés avec une cruauté qui me glace le sang, résonnent contre les murs de pierre.

« Elle est par ici ! Ne la laissez pas atteindre la sortie du district ! »

Je resserre ma prise sur mon sweat noir, mes doigts tremblants effleurant le pendentif en forme de dragon qui bat contre ma poitrine. Mes ailes, dissimulées sous mon vêtement, me démangent, une énergie brûlante et interdite vibrant sous mes omoplates. Si je les déploie, je serai repérée instantanément, mais si je reste cachée, je finirai dans leurs geôles. Mes bottes gothiques glissent sur une flaque, et je manque de m'étaler. Une insulte, salée et brutale, m'échappe avant que je ne puisse me rattraper.

Putain de royaume de merde.

Soudain, une main gantée de cuir surgit de l'obscurité d'une alcôve. Avant que je puisse réagir ou invoquer ma magie — ce qui ferait virer mes yeux au doré, signalant ma nature aux quatre vents — je suis happée. Projetée contre une poitrine ferme, je me retrouve plaquée contre le corps d'un homme qui semble fait de ténèbres et de silence. Son bras se referme sur ma taille comme un étau, m'immobilisant totalement.

« Chut », murmure-t-il, son souffle chaud frôlant mon oreille.

Il sent le métal froid, la pluie et une pointe d'encens étrange. Je veux me débattre, sentir la puissance de ma queue de dragon se déployer pour le projeter au sol, mais son regard — des prunelles rouge sang qui semblent percer l'obscurité mieux que quiconque — me paralyse un instant. Les gardes déferlent devant nous, leurs torches projetant des ombres dansantes sur les briques. Ils sont si proches que je pourrais compter les boutons de leurs uniformes. Ils ne nous voient pas. Ils ne voient que le vide.

Le temps semble se suspendre. Le silence de mon ravisseur est absolu, presque contre-nature. Puis, sans crier gare, il abaisse son visage vers le mien. Ses lèvres se posent sur les miennes dans un baiser qui n'a rien de romantique ; c'est un masque, une distraction, une façon de me faire taire alors que mon instinct de survie hurlait à la révolte.

Dès que les bruits de pas s'estompent au loin, je me dégage brutalement, reprenant ma respiration par à-coups. Mon cœur bat si fort que j'ai l'impression qu'il va briser mes côtes. Je recule d'un pas, mes mains serrées en poings, scrutant cet inconnu dont les cheveux noirs tombent en mèches rebelles sur un visage impassible.

« Mais j'te connais pas ! » lâché-je, la voix tremblante mais chargée d'une défiance farouche. « C’est quoi ton putain de problème à m’embrasser comme ça ? »

Il ne répond pas immédiatement. Il m'observe, ses yeux rouges balayant ma silhouette, s'attardant sur mes bottes, puis sur le pendentif, et enfin sur mon regard violet. Il y a une lueur de curiosité maligne dans son expression, une reconnaissance qui me met encore plus mal à l'aise que la poursuite des gardes.

« Je te sauve la vie, Mya, et c’est comme ça que tu remercies ton bienfaiteur ? » dit-il, sa voix basse et traînante, presque amusée.

Comment connaît-il mon nom ? Un frisson parcourt mon échine. Je sens mes pupilles se contracter, et malgré mes efforts pour garder mon calme, la chaleur commence à monter dans mes yeux. Je sais que si je perds le contrôle, l'éclat doré va trahir ce que je suis réellement. Je m'efforce de refouler la magie, d'étouffer le dragon qui gronde en moi, mais la tension est insoutenable.

« Tu ne me sauves pas, tu me coinces dans une ruelle sombre », rétorqué-je en ajustant mon sweat pour cacher la tension de mes ailes. « Qui es-tu ? Et pourquoi diable sais-tu comment je m'appelle ? »

Il esquisse un sourire qui n'atteint pas ses yeux — ces yeux qui semblent lire en moi comme dans un livre ouvert. Il fait un pas vers moi, réduisant l'espace que je venais de créer.

« Le nom importe peu pour le moment. Ce qui importe, c'est que les gardes ne sont pas partis bien loin. Ils ont des chiens, et les chiens, eux, ne se laissent pas distraire par un simple baiser. »

Il jette un coup d'œil vers l'entrée de la ruelle, là où la lumière des lanternes de la rue principale commence à faiblir.

« Tu as deux choix, Mya. Soit tu restes ici à m'insulter et tu finis enchaînée dans la tour, soit tu me suis par les toits. Il y a un endroit où ta nature ne sera pas un crime. »

Ses mots sonnent comme une promesse, ou peut-être un piège. Mon intuition de dragonne crie au danger, une méfiance viscérale envers cet homme aux yeux de braise, mais le risque de me faire capturer est bien réel. Je regarde mes mains, puis les toits sombres qui surplombent la ruelle.

« Et si je refuse ton aide ? » demandai-je, les dents serrées.

Il se contente de hausser les épaules, un geste nonchalant qui contraste avec la dangerosité de sa présence.

« Alors je te laisse à ton sort. Mais sache qu’ils ont déjà déployé les filets en argent. Tu sais ce que ça fait à une créature comme toi, n’est-ce pas ? Ça brûle, Mya. Ça brûle jusqu’à ce qu’il ne reste rien. »

Il se tourne vers un escalier de secours rouillé qui grimpe le long du mur. Il s'arrête, attendant. Mon sang ne fait qu'un tour. Le simple fait d'évoquer l'argent, cette matière qui corrode mes écailles et étouffe ma magie, me donne envie de hurler. Je n'ai aucune raison de lui faire confiance, mais rester ici est une condamnation à mort.

Je serre les dents, ma main cherchant instinctivement l'arme cachée dans ma botte.

« Si tu tentes quoi que ce soit, je te jure que je te déchire la gorge », lancé-je, plus pour me donner du courage que par réelle assurance.

Je m'élance vers l'escalier, mes pieds trouvant les marches glissantes avec une aisance surnaturelle. Je grimpe rapidement, évitant de regarder en bas, tandis que lui me suit avec une grâce prédatrice. Nous atteignons le toit, une étendue de tuiles froides et de cheminées fumantes.

Le vent siffle ici-haut, mais il est loin d'apaiser l'agitation dans mes veines. Arrivée au bord du toit, je m'arrête net. En bas, dans la rue que nous venons de quitter, des lueurs de torches apparaissent à nouveau. Des aboiements rauques déchirent le silence nocturne. Ils sont là, et ils ont commencé à pister mon odeur.

Je me tourne vers mon étrange compagnon, mes yeux brillant d'un éclat violet qui menace de virer à l'or pur.

« Ils arrivent. Alors, on va où ? »

  • •* *

« Tu es tombée en plein dans mon piège, Mya. »

Sa voix, qui n'était qu'un murmure complice il y a une seconde, claque désormais comme un coup de fouet dans l'air glacé du toit. Son visage, si calme quelques instants plus tôt, s'est figé dans une expression de prédation pure. Il ne joue plus la carte du sauveur.

« Bordel, je m'en doutais ! » craché-je, mes instincts de survie se transformant instantanément en une rage bouillonnante.

Il ne perd pas une seconde. D'un mouvement fulgurant, il se jette sur moi, ses doigts crochus cherchant à saisir mes poignets. « Viens là ! Si je te veux, c'est pas pour rien ! » hurle-t-il, un rictus carnassier déformant ses traits.

Je pivote sur mes bottes, esquivant sa prise de quelques millimètres. La sensation de ses doigts frôlant le tissu de mon sweat me donne envie de vomir. Je prends appui sur le rebord d'une cheminée et bondis en arrière, atterrissant avec une souplesse féline.

« Tu veux t'amuser ? Alors, on va s'amuser, espèce de déchet. »

Je ne retiens plus rien. La chaleur qui montait en moi depuis le début de la soirée explose, inondant mes canaux lacrymaux. Je sens cette brûlure familière, cette puissance ancestrale qui demande à sortir. Mes pupilles, d'ordinaire violettes, se dilatent, submergées par un or pur, éclatant, qui projette une lueur surnaturelle sur les tuiles sombres.

Mes canines s'allongent dans un craquement sec et douloureux, et mes ailes, jusqu'alors comprimées sous mon sweat noir, déchirent le tissu dans un bruit de soie lacérée. Elles se déploient largement, immenses, couvertes d'écailles dorées qui captent le faible reflet de la lune. Le poids de mon corps change, mon équilibre se stabilise, et ma queue de dragon fouette l'air derrière moi, prête à briser tout ce qui osera l'approcher.

L'homme s'immobilise un instant, ses yeux rouges s'écarquillant devant ma transformation. Il contemple mes ailes, ma forme, avec une dévoration qui me glace le sang. « Tu es magnifique... » souffle-t-il, comme s'il oubliait un instant le combat qui s'engage.

Son admiration m'écœure. Je canalise toute l'énergie qui crépite dans mes veines vers ma main droite. L'air se densifie, se cristallise sous l'effet de ma magie, et une dague aux reflets solaires se matérialise entre mes doigts. La lame vibre, imprégnée de ma propre essence.

« Tu ne m'auras pas, connard ! »

Je pousse un cri de guerre et m'élance, mes ailes battant l'air pour gagner en puissance. Je ne suis plus la proie traquée dans la ruelle. Je suis le prédateur qui a décidé de ne plus se laisser faire. Il tente de reculer, mais ma vitesse est décuplée par ma métamorphose. Je fond sur lui, la dague haute, prête à lui faire payer cette trahison.

Il esquisse une parade, ses bras se couvrant d'une aura sombre, mais je ne lui laisse aucune ouverture. Le choc de nos énergies crée une onde de choc qui fait trembler les tuiles sous nos pieds. Je sens le souffle chaud de la magie adverse contre ma peau, mais ma lame d'or, bien plus vive, cherche sa cible avec une précision chirurgicale.

Je le force à reculer vers le bord du toit, là où les aboiements des chiens des gardes résonnent désormais avec une intensité insupportable. Ils sont là, juste en bas. Si je ne le neutralise pas immédiatement, nous serons pris en étau.

« C'est fini, » grondé-je, ma voix résonnant avec une double tonalité, humaine et bestiale.

Je feinte une attaque vers son épaule avant de plonger vers ses jambes, cherchant à le faire basculer du toit. Il rit, un son rauque et désagréable, tout en esquivant avec une agilité qui me surprend. Il n'est pas un simple humain. Ses yeux rouges brillent d'une lueur plus sombre à chaque fois que nos lames s'entrechoquent.

« Tu te bats bien, Mya, mais tu n'as aucune idée de ce qui t'attend réellement au bout de cette nuit, » ricane-t-il en parant mon coup suivant.

Je ne l'écoute pas. Ma seule préoccupation est de créer une ouverture assez grande pour m'envoler, pour fuir ce chaos. Je resserre ma prise sur la dague, mes ailes battant de plus en plus fort pour soulever mon poids. La tension monte, chaque seconde passée ici est un risque supplémentaire de finir captive.

Soudain, une ombre plus imposante que les autres surgit du côté de la rue. Un projectile siffle dans l'air, visant directement mon aile gauche. Je sens le métal froid frôler mes écailles. Quelqu'un d'autre nous observe, quelqu'un qui n'attend que le moment où nous serons épuisés par ce duel pour intervenir.

Je dois prendre une décision immédiate : continuer à m'acharner sur cet homme, ou utiliser l'énergie qu'il me reste pour percer le filet de sécurité et m'enfuir vers les hauteurs, laissant mon agresseur faire face aux gardes à ma place ?

  • •* *

Le temps se fige, mais pas comme je l’aurais souhaité. Le projectile qui a frôlé mon aile n'était qu'un avant-goût. Un homme aux cheveux d’un rouge vif, presque sanglant, émerge de l’ombre des cheminées avec une aisance qui me donne le vertige. Il contemple le duel avec un amusement qui me fait bouillir le sang.

« Voyons, Tenebris, ce n’est pas bien d’attaquer sans se présenter », dit-il d’une voix onctueuse, ses yeux fixés sur moi avec une avidité qui ne présage rien de bon. « Surtout quand il s’agit de notre bien-aimée. »

Tenebris, celui que je pensais être mon seul agresseur, s'arrête net, la pointe de ses doigts sombres encore chargée d'une énergie maligne. Il se tourne vers le nouveau venu, un rictus agacé aux lèvres.

« Arcanis, pourquoi tu interviens ? Ça devenait excitant, » crache Tenebris, sa voix traînant dans les graves.

Mon cœur cogne contre mes côtes, mes ailes battant frénétiquement pour maintenir mon équilibre sur les tuiles glissantes. Je ne suis plus seule, nous sommes trois, et le piège se referme. Puis, une troisième silhouette se détache de l'obscurité. Il a les cheveux d'un violet clair, presque pastel, un contraste frappant avec la noirceur de cette nuit. Il ne prend même pas la peine de me regarder dans les yeux, comme si je n'étais qu'un insecte à épingler sur une planche.

« Tu attends quoi ? Endors-la », lance l'homme aux cheveux pastel, d'un ton monocorde qui me glace le sang.

Je tente de reprendre ma position de combat, ma dague d’or vibrant d’une lueur instable, mais mon corps hésite. Trop de menaces. Trop d'inconnus. Avant que je puisse frapper ou m'envoler, Tenebris est sur moi. Il est trop rapide. Je sens une brûlure cuisante sur le côté de ma hanche, une piqûre brutale qui déchire ma peau et le tissu de mon sweat.

Je porte la main à ma hanche, mes doigts rencontrant le plastique froid d'une seringue qui se vide déjà dans mon sang.

« Non... » je tente de articuler, mais ma langue devient lourde, pâteuse.

Mes jambes se dérobent, l'équilibre que mes ailes m'offraient disparaît. Je m'écroule sur les tuiles froides, le souffle court. Mes sens sont une torture : je vois tout, j'entends tout, mais je ne peux plus bouger. Mes yeux dorés perdent leur éclat, oscillant entre le violet de ma nature et le noir de l'inconscience qui m'aspire. La magie, mon bouclier, s'étiole, et mes ailes se rétractent douloureusement contre mon dos, leur éclat doré terni par le produit qui colonise mes veines.

Tenebris se penche au-dessus de moi. Je vois son visage, ses yeux rouges qui brillent d'un triomphe malsain. Il me soulève sans effort, son bras puissant calé sous mes genoux et dans mon dos. Je suis consciente, prisonnière de mon propre corps, incapable même de murmurer une insulte. Je suis une poupée de chiffon entre ses mains.

« Elle est à nous maintenant », dit-il, sa voix résonnant comme un glas dans le silence de la nuit.

Je sens le vent siffler, le mouvement brusque de la course. Ils partent. Ils sautent de toit en toit avec une aisance surnaturelle, m'emportant loin des lumières de la ville, loin des gardes, loin de tout ce que je connaissais. Le paysage défile en flou, et je réalise avec une terreur muette qu'ils ne se dirigent pas vers une cellule de prison, ni vers une caserne.

À mesure que les minutes passent, l'air change. Il devient plus rare, plus froid, chargé d'une odeur de pierre ancienne et de neige éternelle. Les montagnes interdites. C’est là qu’ils m’emmènent. Ce lieu dont les légendes disent que nul ne revient, le berceau des ombres.

Tenebris court, ses pas martelant le sol avec une régularité mécanique. Arcanis et l'autre, dont je ne connais pas le nom, les suivent comme des spectres. Je sens mon esprit s'embrouiller, le poison luttant contre ma volonté de dragonne. Je dois rester éveillée. Je dois comprendre ce qu'ils attendent de moi. Pourquoi « bien-aimée » ? Pourquoi ces yeux qui me dévorent sans me toucher ?

Alors que nous quittons définitivement les faubourgs du royaume pour nous enfoncer dans la forêt obscure qui borde les contreforts des montagnes, je sens le poids de mon pendentif dragon contre ma poitrine. Il semble chauffer, comme s'il réagissait à l'altitude. Je ne peux pas bouger, je ne peux pas me battre, mais je peux observer. Chaque détail, chaque mot échangé, chaque pierre croisée devient une information cruciale pour ma survie future.

Je suis capturée, mais je ne suis pas encore vaincue. Tant que mon cœur bat et que mon sang garde cette lueur d'or, il y a une faille dans leur plan. Je la trouverai, même si je dois brûler cet endroit jusqu'à la dernière pierre.

  • •* *

La paralysie m'enchaîne, transformant chaque fibre de mon être en plomb, mais ma volonté refuse de se dissoudre dans ce néant chimique. Mon corps est une prison, un réceptacle inerte porté par Tenebris, dont le rythme cardiaque bat contre mon dos comme une horloge funèbre. Le vent siffle entre les arbres sombres des montagnes interdites, un sifflement qui déchire mes tympans.

Je rassemble toutes les parcelles de force résiduelle qui frémissent encore dans mes nerfs. Je concentre cette énergie minuscule sur mon annulaire gauche. C'est un mouvement imperceptible, une lutte titanesque contre la torpeur. Lentement, très lentement, je parviens à tendre le doigt, le dressant dans un geste de mépris pur, un doigt d'honneur silencieux pointé droit vers le ciel nocturne et, par extension, vers mes ravisseurs.

Tenebris ralentit sa course un instant. Un rire grave, presque une vibration dans sa poitrine contre laquelle je suis plaquée, éclate dans la nuit.

« Regarde ça, Crinis », lance-t-il, sa voix chargée d'une ironie tranchante. « Même dans des positions aussi délicates, elle trouve un moyen d'insulter. Une vraie tigresse, cette petite. »

Il resserre sa prise sur mes hanches, ses doigts enfonçant la chair engourdie. Il se tourne vers celui aux cheveux pastel qui court à ses côtés, celui qu'il appelle Crinis.

« Crinis, sais-tu si les autres sont au courant que nous avons enfin attrapé la seule descendante des draconnes ? »

Le nom résonne dans mon esprit, déchaînant une onde de choc bien plus violente que le poison. Descendante des draconnes.

Le monde autour de moi se trouble. La réalité se déchire, remplacée par une vision fulgurante, un souvenir que j'ai tenté d'enterrer sous des couches de survie et d'amertume. Je revois les cieux orangés, non par le soleil, mais par des incendies qui dévoraient tout. Je me revois enfant, les genoux enfoncés dans la cendre, pleurant à chaudes larmes en contemplant mon royaume en flammes. L'odeur de la chair brûlée, le silence assourdissant après le dernier battement d'ailes de ma mère. Le poids, cette chape de plomb écrasante d'être la seule survivante, la dernière porteuse de ce sang maudit. La dernière de mon espèce.

La vision s'évapore aussi vite qu'elle est apparue, me laissant haletante dans le corps de ma prisonnière, le cœur battant à tout rompre sous l'effet de ce traumatisme ravivé.

Ils sont plusieurs ? L'angoisse s'ajoute à la paralysie. Ce n'est pas juste un enlèvement crapuleux par trois individus isolés. C'est une opération, une chasse organisée. S'ils sont au courant, si une faction entière traque les derniers de mon espèce, alors mon existence n'est qu'un pion dans un jeu dont je ne connais même pas les règles.

« Oh, ils sont au courant, Tenebris, » répond Crinis d'une voix traînante, sans même jeter un regard vers moi. « Et ils sont impatients de voir si la légende dit vrai. Si son cœur, une fois arraché, peut vraiment ouvrir les portes du sanctuaire oublié. »

Mes yeux, toujours fixés sur l'obscurité mouvante des sapins, se dilatent. Arracher mon cœur. L'horreur est si pure, si glaciale, qu'elle manque de briser le sortilège du poison. Le pendentif sur ma poitrine brûle, une chaleur protectrice, presque brûlante, comme si le petit dragon gravé cherchait à m'avertir de l'imminence de ma fin.

« Doucement, » intervient Arcanis, le rouquin, qui court de l'autre côté. « Elle est encore jeune. Si elle meurt avant que le rituel ne commence, nous perdrons toute la puissance du lignage. Il faut qu'elle soit consciente. »

Consciente. Ils veulent que je sois consciente quand ils me dépèceront.

Je sens une goutte de salive glisser sur ma lèvre inférieure, incapable de l'essuyer. Je suis une proie, une relique, un objet de culte pour ces monstres. Mais à mesure que la drogue s'infiltre dans mon sang, une nouvelle sensation naît au creux de mes entrailles : la magie, cette part sauvage et dorée, ne se laisse pas faire. Elle est agressée par le poison, mais elle commence à grignoter les barrières. Elle s'adapte. Elle cherche une faille pour se propager.

Nous approchons d'une paroi rocheuse immense, une porte naturelle taillée dans la montagne par des forces anciennes. Des torches bleues s'allument soudainement le long du sentier, éclairant une entrée monumentale. Ce n'est pas un refuge. C'est un temple, ou un abattoir.

Tenebris s'arrête devant l'entrée, haletant à peine. Il me dépose brutalement sur un socle de pierre froide, comme une marchandise déchargée. Ma tête bascule en arrière, mon regard croisant celui, rouge et insondable, de Tenebris.

« Bienvenue chez toi, Mya, » murmure-t-il, en caressant ma joue d'un doigt ganté de cuir noir. « Ici, tu ne pourras pas t'envoler. Ici, tes insultes ne servent à rien. »

Je ne peux pas parler, mais je crache mentalement tout le venin que je possède. Je sens la magie bouillonner, elle est presque là, au bout de mes doigts, au fond de ma gorge. Si je peux juste faire bouger un muscle, un seul, je peux canaliser une décharge d'or pur.

Arcanis et Crinis s'approchent, portant des chaînes gravées de runes qui semblent absorber la lumière ambiante. Ils se préparent à m'entraver.

C'est maintenant ou jamais. Je dois choisir : tenter de libérer une décharge d'énergie brute qui risque de me consumer autant qu'eux, au risque de tout rater et de finir enchaînée, ou attendre qu'ils me touchent pour essayer de siphonner une partie de leur propre force vitale en utilisant le contact physique comme conducteur ?

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