Chapter 2

Premiers mots, premiers sourires

Au détour d'un cours ou d'une pause, Léa et Yann échangent quelques mots. Les conversations s'animent, révélant des affinités surprenantes et une complicité qui grandit doucement, sous les regards bienveillants de leurs amis.

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Les couloirs du lycée, d'habitude un tumulte impersonnel de cartables et de bavardages, prenaient pour Léa une autre dimension depuis quelques jours. C'était comme si une nouvelle lumière s'y était allumée, un halo subtil qui la guidait, sans qu'elle s'en rende tout à fait compte, vers un point précis : là où se tenait Yann. Elle le croisait, le regardait, et sentait une chaleur monter à ses joues, une sensation à la fois familière et nouvelle, qui la faisait rougir et sourire en même temps, sans savoir pourquoi.

Ce matin-là, c'était dans le brouhaha de la cour de récréation que le destin, ou peut-être une simple coïncidence bien orchestrée, les réunit. Léa était assise sur un banc, un livre ouvert sur les genoux, mais ses yeux ne lisaient pas vraiment les lignes. Elle s'attardait sur les silhouettes qui traversaient son champ de vision, guettant, sans oser trop l'avouer, celle de Yann. Il était là, quelques mètres plus loin, entouré de ses amis, Maxime en tête, dont les rires résonnaient fort. Soudain, son regard croisa celui de Léa. Un éclair, une seconde suspendue où tout le bruit autour semblait s'estomper. Yann lui adressa un sourire timide, une invitation silencieuse. Léa sentit son cœur s'emballer, un battement sourd et rapide dans sa poitrine. Elle répondit par un sourire encore plus hésitant, le livre glissant un peu plus sur ses genoux.

Maxime, toujours aussi observateur, remarqua le bref échange. Il donna un coup de coude amical à Yann. « Alors, le fantôme te fait de l'œil ? » lança-t-il avec un clin d'œil. Yann rougit légèrement, un éclat joueur dans le regard. « Laisse-la tranquille, elle ne m'a rien fait », répondit-il, mais son ton était amusé.

Ce fut Chloé, l'amie inséparable de Léa, qui la poussa doucement à aller de l'avant. Assise à côté d'elle, elle la regardait avec un sourire complice. « Tu le regardes comme ça depuis tout à l'heure, Léa. Si tu veux lui parler, c'est le moment. Il est tout seul là, presque. » Léa déglutit, ses mains gantées de timidité se crispant sur la couverture de son livre. « Mais… qu'est-ce que je vais lui dire ? » murmura-t-elle. Chloé haussa un sourcil. « Oh, je sais pas moi… Tu pourrais lui demander s'il a compris le cours de maths d'hier. Ou s'il a vu le dernier film dont tout le monde parle. N'importe quoi qui ne soit pas… l'air hagard que tu as quand tu le regardes. » Léa rit doucement, un rire nerveux. « Tu es incorrigible, Chloé. »

Mais l'idée avait germé. Plus tard, alors que les élèves se dispersaient pour regagner leurs salles, Léa se retrouva à marcher dans le même couloir que Yann. Il était juste devant elle, son sac à dos balançant sur son épaule. Elle hésita, puis, rassemblant tout son courage, elle s'approcha. « Euh… Yann ? » Sa voix était à peine audible, un murmure dans le flot des conversations. Yann se retourna, un peu surpris, puis son visage s'illumina d'un sourire franc. « Salut Léa. » Ce simple mot, prononcé avec cette chaleur, fit fondre une partie de sa timidité. « Je… je voulais te demander si… si tu avais compris ce que Mme Dubois a expliqué sur les équations hier ? J'ai un peu décroché. »

Yann la regarda, un léger pli au coin de ses yeux qui trahissait son amusement, mais aussi sa sincérité. « Ah oui, les équations… C'est vrai qu'elle va vite. Mais oui, je pense que j'ai saisi l'essentiel. Si tu veux, on peut regarder ça ensemble pendant la pause déjeuner ? » La proposition arriva comme une douce caresse. Léa sentit une vague de soulagement et de joie la submerger. « Oh oui, avec plaisir ! Merci beaucoup ! » Elle ne put s'empêcher de sourire, un sourire franc cette fois, qui illumina son visage. Yann lui rendit son sourire, un regard intense qui s'attarda un peu plus longtemps que nécessaire. « Super. On se retrouve à la cafétéria, alors ? » « Oui, à la cafétéria », répéta Léa, encore un peu étourdie par la facilité avec laquelle la conversation avait glissé.

Pendant le cours de français, leurs regards se croisèrent de nouveau. Cette fois, il y avait une connivence nouvelle, un secret partagé entre eux. Léa se surprit à rêvasser, imaginant Yann à ses côtés, lui expliquant patiemment les subtilités des équations, puis, peut-être, parlant d'autre chose, de leurs goûts, de leurs envies… Des pensées qui la faisaient rougir encore plus intensément. Elle jeta un coup d'œil à Chloé, qui lui fit un clin d'œil appuyé et un pouce levé.

La pause déjeuner arriva, et avec elle, le rendez-vous. Léa trouva Yann déjà installé à une table, un plateau devant lui. Il lui fit signe de s'asseoir. Le brouhaha de la cafétéria semblait s'éloigner, remplacé par une bulle de plus en plus palpable entre eux. Ils commencèrent à parler des cours, puis des vacances, de leurs passions. Léa découvrit que Yann aimait les mêmes groupes de musique qu'elle, qu'il détestait les épinards autant qu'elle, et qu'il avait un humour espiègle qui la faisait rire aux éclats. Yann, de son côté, était fasciné par la sensibilité de Léa, par la manière dont elle s'exprimait avec une douceur réfléchie, mais aussi par cette lueur de curiosité qui brillait dans ses yeux lorsqu'elle parlait de quelque chose qui la passionnait. Il se surprenait à vouloir la connaître davantage, à explorer les profondeurs de sa personnalité, et, il devait bien l'avouer, à désirer la sentir plus proche encore.

Maxime et Chloé, installés à une table voisine, observaient la scène avec un mélange de amusement et de satisfaction. Maxime avait vu le sourire de Yann s'élargir à chaque mot échangé avec Léa. « Il est tombé dedans comme un bleu », avait-il murmuré à Chloé, un sourire aux lèvres. Chloé avait répondu avec un regard pétillant. « Laisse-les faire, Maxime. C'est beau, non ? »

Au fil des conversations, Léa se sentait de plus en plus à l'aise. La timidité s'estompait, laissant place à une confiance naissante. Elle osait partager des anecdotes, des pensées plus personnelles. Yann l'écoutait attentivement, son regard ne la quittant pas. Il y avait une intensité dans sa façon de l'écouter qui la troublait et l'attirait à la fois. Elle sentait une chaleur monter en elle, une envie de se blottir contre lui, de sentir sa présence plus près. Elle repensa avec une légère honte à ses fantasmes, ces pensées secrètes qui l'envahissaient depuis leur première rencontre.

« Tu sais, Léa », dit Yann, sa voix un peu plus grave, « je suis content qu'on se soit parlé aujourd'hui. J'avais l'impression que tu étais… inaccessible. » Léa rougit. « Moi aussi, j'avais cette impression de toi. » Les mots étaient sortis avant qu'elle ne puisse les retenir. Yann la regarda, un sourire énigmatique aux lèvres. « Eh bien, on dirait qu'on s'est trompés tous les deux. »

La sonnerie retentit, annonçant la fin de la pause. Un léger regret s'abattit sur Léa. Cette conversation avait été si agréable, si… prometteuse. Yann se leva, lui tendant la main. « À plus tard, Léa. » Il ne laissa pas sa main s'échapper tout de suite, la serrant doucement une seconde de plus, un contact bref mais électrique qui traversa Léa comme une décharge. Elle sentit son souffle se couper un instant. « À plus tard, Yann », réussit-elle à murmurer, le regard perdu dans le sien.

En retournant en classe, Léa sentait encore la chaleur de la main de Yann sur la sienne. Elle se sentait légère, vibrante. Les mots échangés, les sourires, ce contact fugace… tout cela tissait une toile subtile entre eux, une promesse silencieuse d'une connexion plus profonde. Les équations de maths semblaient soudain bien moins importantes que les équations de son propre cœur, qui battait la chamade, guidé par une nouvelle et irrésistible attirance. Elle se promit de ne pas laisser cette opportunité s'envoler, de laisser cette curiosité grandissante se transformer en quelque chose de plus. Le chemin venait juste de commencer, et elle était impatiente de le découvrir.

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