Chapter 1
Regards échangés
Léa, nouvelle au lycée, aperçoit Yann dans les couloirs. Un regard fugace suffit à créer une connexion silencieuse. Une curiosité mutuelle naît, teintée de timidité et d'une attraction naissante.
Les portes du lycée s'ouvrirent en un grand fracas, laissant échapper une marée d'élèves aux visages encore marqués par la torpeur de l'été. Léa, petite nouvelle dans ce monde bruyant et inconnu, serrait son sac à dos contre sa poitrine, le cœur battant un rythme un peu trop rapide dans sa cage thoracique. Les murs de briques rouges, les affiches colorées annonçant des clubs aux noms étranges, tout semblait immense et intimidant. Elle se sentait comme une petite souris égarée dans une jungle d'adolescents déjà si sûrs d'eux.
Elle cherchait désespérément un signe familier, une indication du chemin à suivre, quand son regard croisa celui d'un garçon. Il se tenait appuyé contre le casier numéro 217, un sourire léger aux lèvres, le regard vif et pétillant. Il avait les cheveux châtains, coupés court, et ses yeux, d'un bleu profond, semblaient plonger directement dans le sien. Pendant une fraction de seconde, le temps s'arrêta. Léa sentit une chaleur monter à ses joues, un rougissement involontaire qu'elle tenta maladroitement de dissimuler en baissant les yeux. Quand elle releva la tête, il la regardait toujours, mais son sourire s'était fait plus doux, presque interrogateur. Une étincelle, imperceptible pour quiconque ne faisait pas attention, s'était allumée entre eux.
Elle s'éloigna, se fondant à nouveau dans la foule, mais l'image de ce garçon, de ce regard, s'était gravée dans sa mémoire. Qui était-il ? Son esprit curieux commença déjà à tisser des scénarios, des hypothèses. Peut-être était-il en seconde lui aussi ? Ou peut-être une année au-dessus ? Les questions tourbillonnaient, alimentant une envie nouvelle de découvrir ce lieu et ses habitants.
Les heures s'écoulèrent, rythmées par les changements de classe et les bruits de pas incessants. Léa se sentait un peu perdue, naviguant entre les salles de cours, essayant de mémoriser les noms de ses professeurs et de ses camarades. C'est en cherchant la salle de biologie, un repère incertain dans ce labyrinthe, qu'elle le revit. Il était en compagnie d'un autre garçon, un peu plus grand, qui riait aux éclats à quelque chose qu'il venait de dire. Yann, murmura une voix dans sa tête, comme si elle avait soudainement accès à une information secrète. Elle était presque sûre que c'était son prénom. Elle ralentit le pas, feignant de regarder une affiche sur le mur, juste pour pouvoir l'observer un peu plus longtemps. Il avait une façon de bouger, une assurance tranquille qui la fascinait.
Lorsqu'il se retourna, son regard croisa à nouveau celui de Léa. Cette fois, il ne détourna pas les yeux immédiatement. Il la dévisagea un instant, un léger froncement de sourcils trahissant peut-être une interrogation. Léa sentit son cœur s'accélérer encore, et cette fois, elle ne put rien faire pour masquer son embarras. Elle se contenta de lui offrir un sourire timide, presque imperceptible, avant de se dépêcher de reprendre sa route.
La pause déjeuner arriva, et avec elle, le tumulte de la cafétéria. Léa s'installa seule à une table éloignée, observant les groupes d'amis qui riaient et discutaient, envieux de leur aisance. Elle sortit son sandwich, essayant de se concentrer sur son repas, mais son regard dérivait sans cesse vers l'entrée. Et puis, elle le vit. Yann. Il était assis à une table avec son ami, mais son regard balayait la pièce, et à nouveau, leurs yeux se rencontrèrent. Un sourire cette fois plus franc, plus engageant, éclaira son visage. Léa sentit un frisson parcourir son échine. Cette fois, elle ne baissa pas les yeux. Elle lui rendit son sourire, un peu plus assuré, une petite victoire sur sa timidité.
Ce jour-là, les regards échangés furent nombreux. Dans les couloirs, à la sortie des classes, Léa sentait la présence de Yann comme une douce chaleur. Il y avait quelque chose dans la façon dont il la regardait, un mélange de curiosité et d'une intensité qui la troublait et l'intriguait à la fois. Elle se surprenait à imaginer des conversations, des rencontres fortuites. Elle le voyait lui parler, lui demander son nom, peut-être même lui proposer de partager sa table à la cafétéria.
C'est alors qu'elle entendit une voix familière l'appeler. "Léa ! Attends-moi !" C'était Chloé, sa meilleure amie depuis toujours, avec qui elle partageait maintenant ce lycée. Chloé était tout le contraire de Léa : extravertie, bavarde, toujours prête à rire. Elle arriva en courant, un grand sourire aux lèvres. "Alors, ce premier jour ? Pas trop angoissant ? Tu as déjà repéré des garçons intéressants ?"
Léa rougit à nouveau, un peu surprise par la question directe. "Euh… non, pas vraiment. C'est grand, tout ça…"
Chloé éclata de rire. "Oh, mais tu sais bien qu'il y a toujours des beaux gosses dans chaque lycée ! Ne fais pas ta timide. Allez, raconte. Il n'y a pas eu un seul regard qui t'ait fait battre le cœur un peu plus vite ?" Elle lui lança un regard complice, plein de sous-entendus.
Léa hésita un instant, puis, se sentant en sécurité avec Chloé, elle fit un petit signe de tête. "Il y a un garçon… je l'ai vu plusieurs fois aujourd'hui dans les couloirs. Il a… les yeux bleus." Elle sentit son visage s'empourprer de nouveau.
Chloé la regarda avec un sourire malicieux. "Ah, les yeux bleus ! Ça sent le coup de foudre à plein nez ! Et comment s'appelle ce beau mystère aux yeux bleus ?"
"Je ne sais pas", murmura Léa, la voix presque inaudible. "Mais je crois que je l'ai déjà croisé plusieurs fois. Et je crois qu'il m'a regardée."
"Eh bien, voilà qui est prometteur !" s'exclama Chloé. "On va devoir faire un peu de recherches. Fais attention à toi, ma belle. Et n'hésite pas à me dire si tu sens que ça devient… intéressant." Elle lui fit un clin d'œil, un sourire qui en disait long sur ses propres expériences.
Alors que Léa rentrait chez elle, le cœur encore un peu agité par les rencontres de la journée, elle ne pouvait s'empêcher de repenser à ces regards échangés. Il y avait dans cette curiosité mutuelle quelque chose de nouveau, d'excitant. Une graine venait d'être plantée, une petite chose fragile mais pleine de promesses, qui ne demandait qu'à grandir. Elle se sentait déjà différente, comme si une porte s'était entrouverte sur un monde inconnu, un monde où les émotions pouvaient prendre des formes inattendues, où les regards pouvaient raconter des histoires. Et au fond d'elle, une petite voix, encore timide, commençait à murmurer le nom de Yann Dubois.