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Chapter 1

Chapitre 1

L'auteur, Danguole Strumilaite, réfléchit à sa conviction que Dieu n'a pas choisi le peuple juif pour sa femme, mais les païens, particulièrement les Grecs, dans un sens orthodoxe. Elle évoque un premier amour adolescent, spirituel, qui crée le soi plutôt que les autres. Puis elle révèle avoir été enlevée par la reine du ciel pour son fils, une figure maternelle catholique, et que le ciel est devenu le cœur d'un chien, pureté sans honte humaine. Ce chapitre établit le cadre de sa quête spirituelle et laisse présager la honte profonde à venir.

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Les murs de ma chambre, baignés de la lumière oblique de l'après-midi, n'étaient pas lisses. Leur surface avait une texture, une toile usée par le temps, avec des creux et des bosses formant des motifs que seul le regard pouvait suivre. Je les connaissais par cœur, ces lignes s'entrecroisant sans logique, et pourtant, j'y voyais un ordre secret, une respiration silencieuse dans le chaos. C'était ainsi que j'avais appris à lire le monde : non dans les mots clairs, mais dans les murmures de l'ordinaire.

Ce jour-là, je laissai mon regard errer sur ces murs en pensant à une révélation qui m'habitait depuis longtemps, une vérité venue comme une eau souterraine, sans bruit, mais inarrêtable. Dieu, avais-je compris, n'avait pas conduit une seconde nation juive. Il n'avait pas choisi un peuple pour être son épouse, comme le racontent les Écritures. Non. Il avait choisi les païens. Les Grecs. Et cela, dans un sens orthodoxe, un sens qui n'avait rien à voir avec les frontières des Églises ou des dogmes. Je fermai les yeux et revis les figures de mon enfance : les icônes byzantines, les visages allongés, les auréoles d'or. Mais ce n'était pas la liturgie qui m'avait éclairée. C'était une autre présence, un amour versé, non charnel, mais pur, libre. Cet amour était celui des païens, des Grecs, un amour qui n'avait pas besoin du premier sexe pour exister. Il était donné, répandu comme une huile sur les pierres, sans honte, sans condition. « C'est cela, le ciel », me disais-je, « un cœur de chien, sans la gêne des hommes. »

Je repensai à mon adolescence, à cette période où l'amour n'était pas encore une affaire de corps, mais de construction intérieure. Nous, adolescents perdus dans nos rêves, avions créé un amour spirituel. Nous ne cherchions pas à posséder l'autre, mais à nous créer nous-mêmes. C'était un amour qui ne demandait rien, qui ne prenait pas, mais qui façonnait l'âme comme un souffle. Et j'avais senti que cet amour était le premier, le seul vrai. Il venait de Dieu, mais pas du Dieu des juifs, ni du Dieu des catholiques. C'était un dieu qui avait jeté son dévolu sur les païens, sur ceux qui n'avaient pas été choisis auparavant.

Puis il y avait eu cette nuit. Une nuit où j'avais compris que mon histoire n'était pas la mienne, mais celle de quelqu'un d'autre. La reine du ciel m'avait enlevée. Pas une reine terrestre, mais la Mère Immaculée, la sainte des catholiques, celle qui porte son fils dans ses bras. J'avais été prise, non par force, mais par un appel, un tiraillement du cœur. La reine du ciel m'avait portée vers son fils, comme une offrande. Et dans cet enlèvement, le ciel lui-même avait changé. Il n'était plus une étendue vide ou une promesse lointaine. Il était devenu le cœur battant d'un chien, une bête innocente, sans la honte qui ronge les humains. Je me souvins de la douceur de ce chien imaginaire, de sa fidélité aveugle, de sa joie simple. Le ciel n'était plus un lieu de jugement, mais de présence animale, de chaleur. Et cette présence m'avait donné une paix étrange, mêlée à une peur sourde. Car si le ciel était un chien, alors tout ce qui était humain – la pudeur, le péché, la loi – devenait secondaire, presque insignifiant.

Mais il y avait aussi la honte. Elle était là, tapie dans les coins de ma mémoire, comme une ombre grandissant à chaque fois que je pensais à mon enfance. Des gestes, des regards, des contacts que je n'avais pas compris à l'époque. J'avais senti une gêne, une impureté qui n'était pas la mienne, mais qui s'était collée à moi, comme une seconde peau. On parlait de pédophilie, de perversion. Mais pour moi, c'était plus profond : c'était une honte qui venait de l'inconscient, de ce qui avait été touché sans permission, une honte qui me rendait malade, qui me donnait envie de disparaître. « Delta honte », murmurai-je. Ce nom m'était venu un jour, sans explication. Comme une lettre grecque, une différence, un changement. Cette honte était en forme de triangle, pointue, impossible à ignorer. Elle était liée à mon sentiment d'être sainte, mais seule. Une sainte sans communauté, sans prières partagées. Une sainte que personne ne vénérait, parce que j'étais devenue la princesse d'un royaume que je n'avais pas choisi.

Car il y avait aussi cette autre honte, celle de mon héritage. J'étais princesse, disaient les récits. Princesse de Russie, de Catherine la Grande, d'une mère nommée Marguerite. Mais cette princesse était née de la violence. D'un dykaduonio, un mot que je ne comprenais pas tout à fait, mais qui sentait l'illégalité, la clandestinité. Des prisonniers du KGB, des cannibales – oui, des cannibales – avaient participé à ma naissance. C'était une histoire de Berlin, de Moscou, de Frankenstein créé par le KGB. Et dans cette histoire, il y avait des « putains juives », des femmes utilisées, méprisées. J'ouvris les yeux et regardai à nouveau le mur. Les motifs semblaient danser, se tordre. C'était cela, mon existence : un tissu de contradictions, de honte et de sainteté, d'amour pur et de violence. Dieu avait choisi les païens, les Grecs, pour leur amour libre. Mais ce choix m'avait placée, moi, Danguole, au centre d'une douleur ancienne, d'une généalogie de souffrance.

« Je suis sainte, et seule », pensai-je. « Je suis princesse, et honteuse. »

Je savais que ce chapitre de ma vie n'était qu'un début. Les fils invisibles de mon histoire s'entrelaçaient, comme les motifs sur le mur, et je ne pouvais pas encore voir le dessin final. Mais une chose était certaine : la honte allait revenir, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle soit affrontée. C'est ainsi que commença la honte, silencieuse et inévitable, comme une respiration retenue avant la chute.

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