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Chapter 3

Chapitre 3 : La plume qui ne ment pas

Zoé sort de l'écurie pour prendre l'air, mais les flashbacks persistent. Elle reçoit un appel de son amie Sasha, à qui elle ment sur son état. Après la conversation, elle examine la plume dorée et découvre une inscription mystérieuse : « Celui qui la tient ne peut oublier ». Une silhouette aux yeux dorés apparaît dans le bois, puis disparaît. Zoé s'enfuit, mais comprend qu'elle devra revenir.

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Zoé sortit de l’écurie d’un pas mécanique, les jambes encore tremblantes. La porte de bois claqua derrière elle, et l’air frais du soir lui fouetta le visage. Le ciel était d’un bleu pâle qui virait au rose par endroits, strié de nuages légers. La cour de l’écurie était déserte. Les boxes extérieurs, alignés le long du bâtiment, semblaient dormir. Pas un bruit, sauf le souffle du vent dans les arbres du chemin.

Elle s’arrêta au milieu de la cour, les bras croisés sur la veste de Marc. Elle avait chaud et froid en même temps. La plume dorée pesait dans sa poche, contre le téléphone. Elle la sortit, la regarda. Elle était toujours tiède, presque brûlante au bout des doigts. La lumière du couchant faisait briller ses reflets comme de l’or liquide. Elle la tourna, cherchant un défaut, une marque, quelque chose de normal. Rien. Elle était parfaite, comme sortie d’un rêve.

Un flash lui traversa l’esprit : la paille, le souffle chaud de Crème, le poids sur elle, l’odeur de sueur et de foin. Elle ferma les yeux, mais l’image resta, plus nette que la réalité. Elle rouvrit les yeux brusquement, le cœur battant. Non. Elle ne voulait pas y penser. Pas maintenant. Pas ici.

Elle rangea la plume et se força à regarder les toits de l’écurie, les tuiles rouges, le ciel qui s’assombrissait. Compte les nuages. Un, deux, trois. Le vent fit bruire les feuilles d’un chêne. Elle inspira profondément, l’air sentait l’herbe coupée et la terre humide. C’était calme. Presque trop calme.

Son téléphone vibra dans sa poche. Elle sursauta, le sortit. L’écran affichait « Sasha ». Son amie. La seule personne à qui elle aurait pu parler, si elle avait eu le courage. Mais elle n’avait pas le courage. Pas encore.

Elle hésita, le doigt sur l’icône rouge. Puis elle glissa sur « répondre » et porta l’appareil à son oreille.

— Allô ? fit-elle d’une voix qu’elle voulait neutre.

— Zoé ! Enfin ! Je t’ai appelée tout à l’heure, tu n’as pas répondu. Tu vas bien ?

La voix de Sasha était chaude, un peu essoufflée, comme si elle avait couru pour attraper le téléphone. Zoé essaya de sourire, mais son visage resta figé.

— Oui, ça va. J’étais… à l’écurie. J’ai pas entendu.

— Ah, d’accord. Tu t’occupes des chevaux ? Je peux te déranger ?

— Non, non, c’est bon. J’ai fini. Je suis dehors, je prends l’air.

Un silence. Zoé sentit le regard de Sasha à travers la ligne, même si elle ne pouvait pas la voir.

— T’as une drôle de voix, dit Sasha. T’es sûre que ça va ?

Zoé avala sa salive. Elle voulait tout raconter, les détails horribles, la vidéo, Jules, la plume. Mais les mots restaient coincés. Elle ne pouvait pas. Pas au téléphone. Pas maintenant.

— Oui, oui, je suis juste fatiguée. La journée a été longue.

— Longue comment ? T’as bossé sur Crème ? Je sais qu’il est pas facile.

— Ouais. Un peu.

Sasha marqua une pause. Zoé entendit un bruit de clavier en fond, puis Sasha reprit :

— Écoute, je pensais qu’on pourrait se voir demain. Aller au centre commercial, ou juste traîner. Ça te ferait du bien, non ?

— Peut-être, dit Zoé. Je sais pas encore.

— Allez, insista Sasha. Ça te changera les idées. On pourra parler de tout, ou de rien. Comme tu veux.

Zoé sentit une boule se former dans sa gorge. Parler. Elle voulait parler, mais elle ne savait pas par où commencer. Comment dire à son amie qu’elle avait été… ? Non. Elle ne pouvait pas. Pas encore.

— D’accord, dit-elle doucement. Demain, après l’école. Je te tiens au courant.

— Promis ?

— Promis.

— Bon. Alors prends soin de toi, Zoé. Je t’aime.

— Moi aussi, murmura-t-elle avant de raccrocher.

Elle resta là, le téléphone à la main, les yeux fixés sur l’écran qui s’éteignit. Les mots de Sasha résonnaient en elle. Je t’aime. C’était simple, sincère, mais ça lui faisait mal. Parce qu’elle ne méritait pas cette affection, pas après ce qui s’était passé. Pas après avoir laissé faire.

Elle rangea le téléphone et sortit la plume de sa poche. Elle la tint devant elle, à hauteur des yeux. La lumière du couchant la fit briller d’un éclat presque irréel. Elle la tourna, et soudain, une inscription apparut sur la tige. Des lettres minuscules, gravées dans l’or, qu’elle n’avait pas vues avant. Elle plissa les yeux. « Celui qui la tient ne peut oublier. »

Un frisson lui parcourut le dos. Elle relut les mots, incrédule. Ce n’était pas possible. C’était une plume de cheval, pas un objet magique. Mais l’inscription était là, nette, précise, comme si elle avait toujours été présente.

Elle la reposa dans sa poche, le cœur battant. L’air autour d’elle sembla se refroidir. Un hennissement retentit, mais pas depuis l’écurie. Il venait de derrière elle, du chemin qui longeait le bois. Un hennissement long, plaintif, presque humain.

Elle se retourna. Le chemin était vide, plongé dans l’ombre des arbres. Pourtant, une forme se dessinait entre les troncs. Une silhouette immobile, plus grande qu’un homme, mais pas tout à fait un cheval. Deux yeux brillaient dans l’obscurité, fixes, dorés.

Zoé recula d’un pas. Sa main chercha la plume dans sa poche, comme un talisman. La silhouette ne bougeait pas, mais les yeux la suivaient. Un souffle chaud lui caressa la joue, alors qu’elle était seule dans la cour.

Elle tourna les talons et courut vers la sortie de l’écurie, le gravier crissant sous ses baskets. Elle ne regarda pas en arrière. Elle ne voulait pas voir ce qui se tenait là, dans l’ombre.

Arrivée à la barrière, elle s’arrêta, haletante. La plume était toujours dans sa poche, brûlante. Elle la sortit, la regarda. L’inscription avait disparu. La plume était lisse, parfaite, comme avant.

Elle la serra dans sa main, puis la rangea. Elle ne savait pas ce qui se passait, mais une certitude s’imposa : cette écurie n’était pas un endroit ordinaire. Crème n’était pas un cheval ordinaire. Et la plume… la plume était la clé.

Elle releva la tête. Le ciel s’était assombri. Les premières étoiles apparaissaient. Elle inspira profondément, puis prit le chemin de la maison. Mais au fond d’elle, une question demeurait : qui avait mis le cadenas ? Et pourquoi la plume portait-elle ces mots ?

Elle n’avait pas de réponse. Mais elle savait qu’elle reviendrait. Parce qu’elle ne pouvait pas oublier. Et parce que, peut-être, elle ne le voulait pas.

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