Chapter 2

L'Ombre des Festivités

Noël, Pâques, anniversaires... Ces jours heureux sont interdits aux enfants. Le Coelhudo, une créature terrifiante, choisit ces moments pour frapper, emportant les plus jeunes dans la nuit.

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Les lumières scintillaient timidement dans le grand salon, projetant des ombres dansantes sur les visages tendus des enfants. Dehors, la neige tombait en flocons silencieux, recouvrant Los Angeles d'un manteau blanc immaculé. C'était la veille de Noël, une nuit que la famille de notre histoire attendait avec une appréhension mêlée d'une tristesse inavouée. Les cadeaux étaient empilés sous le sapin, leurs emballages colorés promettant des merveilles, mais aucun enfant ne s'approchait plus près que la limite invisible tracée par leurs parents.

« N’oubliez pas, mes chéris, » dit doucement la mère, sa voix vibrant d’une douceur forcée, « que ce soir est une nuit spéciale. Les fenêtres doivent rester fermées, et personne ne doit s’approcher d’elles. »

Le plus jeune, un garçon aux yeux pétillants d’une curiosité qui semblait toujours vouloir dépasser les frontières, remua sur le tapis moelleux. « Mais maman, pourquoi ? Il fait si beau dehors ! Et si on regardait juste un petit peu ? »

Son père, un homme au regard grave, se pencha vers lui, posant une main rassurante sur son épaule. « C’est une règle, mon fils. Une règle qui nous protège. Il y a des choses que les enfants ne doivent pas voir, surtout par une nuit comme celle-ci. Les fêtes sont des moments de joie, mais aussi des moments où… où certaines ombres sont plus fortes. »

L’aînée, une jeune fille à la chevelure sombre qui semblait porter le poids de tous les secrets de la maison, leva les yeux vers le plafond, comme si elle cherchait une réponse dans les hauteurs. Elle savait. Elle avait toujours su. Les murmures des adultes, les regards furtifs, le silence oppressant qui s’installait chaque fois que le mot « Coelhudo » était prononcé à voix basse.

Le Coelhudo. La créature qui hantait leurs nuits de fête. Personne ne l’avait jamais vraiment vu, du moins pas assez longtemps pour le décrire avec certitude. Les récits étaient fragmentés, terrifiants, comme des cauchemars qui s’accrochaient aux bords de la réalité. Un lapin. Un monstre. Des griffes qui raclaient le sol, un rire fin et discordant, des yeux blancs comme la neige, vides de toute émotion. Et surtout, une capacité à disparaître sans laisser la moindre trace, emportant avec lui un morceau de leur vie, un enfant qu’ils ne reverraient jamais. Le chiffre des disparus était terrifiant : quatre mille âmes enfantines volées dans les bras de leurs familles, sans un bruit, sans une lutte apparente. C’était cette absence de chaos, cette propreté effrayante, qui rendait le Coelhudo si insaisissable, si véritablement monstrueux.

« Et si… si on entendait quelque chose ? » demanda le plus jeune, sa voix légèrement tremblante.

« Alors, » reprit la mère, son regard rencontrant celui de son mari, une compréhension muette passant entre eux, « on reste tous ensemble. On ferme les yeux très fort, et on pense à des choses joyeuses. On pense à la chaleur de cette maison, à notre amour les uns pour les autres. Le Coelhudo ne peut pas nous atteindre si nous sommes unis. »

La nuit s’épaissit, enveloppant la maison d'une obscurité profonde. Les enfants étaient couchés dans leurs lits, le cœur battant la chamade au moindre craquement du bois, au plus léger murmure du vent. Le plus jeune, malgré les consignes, ne pouvait s’empêcher de penser aux étoiles scintillantes dehors, à la lune pleine qui devait illuminer le paysage. Une envie irrésistible le poussa à se glisser hors de son lit, ses petits pieds nus touchant le sol froid.

Il s’approcha de la fenêtre de sa chambre, celle qui donnait sur le jardin silencieux. L’interdiction parentale était une barrière forte, mais la curiosité était une force encore plus puissante. La lune brillait, d’une blancheur éclatante, projetant des ombres longues et inquiétantes sur la neige. Tout était immobile, paisible. Trop paisible.

Soudain, une forme se détacha de l’obscurité, une silhouette haute et effilée qui se tenait au bord de la forêt, juste à la limite du jardin. Elle était grande, plus grande qu’un homme, mais pas un géant. Elle se tenait immobile, comme une statue, observant la maison. Le garçon sentit un frisson glacé lui parcourir l’échine. Il ne pouvait pas voir les détails, mais il sentait une présence, une aura de terreur pure qui semblait émaner de cette silhouette.

Il voulut crier, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Ses yeux étaient rivés sur la forme, une fascination terrifiée le clouant sur place. Et puis, la silhouette bougea. Elle se pencha légèrement, comme pour mieux observer. Le garçon eut l’impression fugace de voir deux points blancs lumineux dans l’obscurité, comme des yeux vides.

C’est alors qu’il se souvint des paroles de ses parents. « Ne regardez jamais dans les yeux. » Il détourna vivement le regard, son cœur tambourinant contre ses côtes. Il se jeta à terre, rampant loin de la fenêtre, cherchant refuge sous sa couverture. Il se recroquevilla, se couvrant la tête, essayant de chasser l’image de cette silhouette de son esprit.

Il entendit un bruit. Un bruit léger, presque imperceptible, comme des griffes raclant doucement le bois. Puis, un silence. Un silence si profond qu’il en devenait assourdissant. Le garçon serra les poings, priant pour que ses parents aient raison, priant pour que l’amour et la chaleur de leur famille suffisent à le protéger.

Dans la chambre voisine, l’aînée était éveillée. Elle n’avait pas bougé, mais elle avait senti le changement dans l’atmosphère, le froid qui s’était insidieusement glissé dans la maison, malgré les portes et les fenêtres fermées. Elle avait entendu le léger raclement. Elle connaissait ce son. C’était le son de la menace qui rôdait, le bruit de l'attente.

Elle entendit ensuite le faible gémissement de son petit frère, puis le silence qui le suivit. Elle savait qu’il avait regardé. Elle savait qu’il avait vu. Une vague de panique la submergea. Elle voulait courir vers lui, le serrer fort, mais elle savait aussi qu’elle ne devait pas bouger. Le Coelhudo était là. Et il ne laissait rien au hasard.

Elle se rappela les histoires du vieux sage du village, un homme aux yeux ridés et à la voix rauque, qui parlait du Coelhudo comme d’un prédateur ancestral, une ombre née des peurs les plus profondes de l’humanité. « Il est attiré par la curiosité, » avait-il dit une fois, « par le désir de voir ce qui est caché. Et une fois qu’il vous a repéré… il ne vous lâche plus. »

Soudain, un bruit distinct retentit, venant du bas de la maison. Un bruit de pas. Des pas lourds, mais étrangement silencieux, comme s’ils flottaient sur le sol. Les pas se rapprochaient des escaliers. Le garçon sous sa couverture étouffa un cri. L’aînée retint sa respiration, les sens en alerte.

Les pas montaient. Un par un. Lentement. Méthodiquement. Ils s’arrêtaient devant la porte de la chambre du plus jeune. Un silence. Puis, le bruit de griffes, mais cette fois, plus fort, plus insistant, sur la porte elle-même. Un grattement régulier, patient.

La porte de la chambre des parents s’ouvrit brusquement, les faisant sursauter. Le père et la mère se tenaient dans l’embrasure, leurs visages pâles, leurs yeux remplis d’une terreur qu’ils essayaient désespérément de dissimuler.

« S’il vous plaît, » murmura le père, sa voix à peine audible, s’adressant à l’obscurité du couloir, « s’il vous plaît, partez. Nous n’avons rien pour vous. Laissez-nous en paix. »

Un rire. Un rire fin, aigu, qui semblait traverser les murs, faire vibrer les os. Ce n’était pas un rire de joie, mais un rire de pure malice, de prédateur qui sait sa proie à sa merci. Le grattement sur la porte du plus jeune s’intensifia, devenant plus urgent.

« Ne bougez pas, » ordonna la mère à ses enfants, sa voix tremblante. « Ne faites aucun bruit. Pensez à des choses heureuses. »

L’aînée ferma les yeux, essayant de se concentrer sur le feu crépitant dans la cheminée, sur les rires des jeux partagés, sur le parfum des biscuits de Noël. Mais l’image de la silhouette haute et effilée, des yeux blancs et vides, s’imposait à elle. Elle sentait le froid, la présence.

Le grattement cessa. Un silence lourd s’abattit. Le garçon sous sa couverture osa ouvrir un œil. La porte de sa chambre était entrouverte. Il ne voyait rien dehors. Les pas semblaient s’être retirés.

Peut-être était-ce fini ? Peut-être étaient-ils en sécurité ?

Puis, il entendit un nouveau son. Un son léger, venant de la fenêtre de sa chambre. Un léger claquement. Il leva les yeux, le cœur se glaçant. Une petite touffe de poils blancs, comme un morceau de neige, flottait dans l’air, juste devant la vitre. Et en dessous, sur le rebord de la fenêtre, une unique patte semblait avoir laissé une empreinte minuscule, presque invisible.

Le Coelhudo n’était pas parti. Il avait juste changé de tactique. Il observait toujours. Il attendait. Et la nuit de Noël, dans cette maison de Los Angeles, venait de commencer.

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