Chapter 1

La Maison au Bord du Monde

En 1439, Los Angeles. Une famille joyeuse vit dans une demeure magnifique. Mais les fêtes sont synonymes de danger. Les enfants ne doivent jamais quitter la maison, car le Coelhudo rôde.

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En l'an 1439, dans ce qui allait devenir la vibrante cité de Los Angeles, la vie s'écoulait paisiblement pour une famille au sein d'une demeure aussi vaste qu'une toile peinte avec les couleurs de la joie. Les murs blancs immaculés semblaient murmurer des secrets de rires d'enfants et de siestes au soleil. Pourtant, derrière cette façade de bonheur, une règle immuable pesait sur les jeunes cœurs : jamais, au grand jamais, il ne fallait franchir le seuil des portes lors des jours de fête. Fêtes des Mères, Fêtes des Pères, Journée des Enfants, Noël, Pâques, le Nouvel An – autant de dates chéries par le reste du monde, autant de nuits de terreur pour cette famille. Car c'était précisément lors de ces moments de liesse collective que le Coelhudo frappait.

Pour ceux qui n'avaient jamais eu le malheur d'entendre ce nom, le Coelhudo était une entité terrifiante, une ombre qui venait danser dans les rêves des enfants lors des anniversaires, des fêtes de fin d'année et autres célébrations. Il agissait toujours dans le silence de la nuit, emportant avec lui les plus jeunes, les plus innocents. Les registres de la ville, bien que peu nombreux à cette époque, faisaient état de quatre mille enfants disparus dans cette seule cité. Et le plus effrayant dans tout cela ? Personne ne savait ce qu'il advenait de ces âmes enlevées. Le Coelhudo était un artiste du vide, un maître de l'absence. Lorsqu'il emportait une enfant, il ne laissait derrière lui ni désordre, ni trace de lutte, ni le moindre indice de sa présence. La chambre restait intacte, le jouet abandonné à sa place, comme si la petite vacancière s'était simplement évanouie dans l'air. Cette absence de chaos, cette quiétude déconcertante, était bien plus glaçante que n'importe quel signe de violence.

Les anciens du village, leurs visages burinés par les ans et les peurs, ne cessaient de répéter un avertissement solennel : ne jamais croiser le regard du Coelhudo. Si par malheur vos yeux rencontraient les siens, un sourire terrifiant s'étirerait sur ses lèvres, et il vous prendrait en chasse. Courir était inutile ; il vous retrouverait, inexorablement. Et s'il vous attrapait, alors il ne restait plus qu'à prier, car ce qui allait suivre défiait l'imagination la plus sombre.

Quant à son apparence, les descriptions variaient, mais toutes convergeaient vers une horreur indicible. Certains le peignaient comme un lapin tout droit venu des enfers, avec des oreilles pointues qui semblaient vouloir perforer le ciel, une colonne vertébrale tordue à l'extrême, et des griffes acérées qui raclaient le sol dans un bruit insupportable, un son qui glaçait le sang et faisait trembler jusqu'aux os. Sa risette était fine, stridente, capable de fissurer les âmes. Ses crocs, larges et pointus, menaçaient de déchirer la nuit, et son sourire... ah, son sourire, un rictus de pure malice qui annonçait le désespoir. Ses yeux étaient d'un blanc laiteux, dépourvus de toute pupille, et ses pattes, bien qu'elles frappent le sol, ne produisaient aucun son, se mouvant avec une discrétion surnaturelle. Les habitants de Los Angeles ne prononçaient qu'une seule phrase avec une ferveur empreinte de crainte : « Ne sortez jamais de chez vous les nuits de pleine lune. » Car c'était sous le halo argenté de la lune que cette créature se manifestait. Et par-dessus tout, jamais, jamais, il ne fallait regarder par la fenêtre dans l'obscurité, ni même oser quitter son lit pour la moindre raison. Le Coelhudo observait, toujours, ses proies, qu'elles soient à l'intérieur ou à l'extérieur de leur foyer. Il était grand, plus grand qu'un homme ordinaire, sans pour autant atteindre la stature d'un géant, mais sa présence imposante suffisait à semer la panique.

Dans la grande maison aux murs de soleil, la famille vivait sous le poids de ces avertissements. Les parents, le père et la mère, ne cessaient de rappeler à leurs trois enfants, Léo, Mia et le petit Tom, la gravité de ces consignes. Léo, l'aîné, avait dix ans et une curiosité insatiable qui le poussait à vouloir comprendre. Mia, huit ans, était plus rêveuse, mais tout aussi consciente du danger. Tom, le benjamin, ne comprenait pas tout, mais il sentait la tension dans l'air lors des soirées spéciales.

Ce soir-là, la lune veillait, pleine et ronde, jetant des ombres fantomatiques dans le jardin paisible. C'était la Fête de la Chute des Feuilles, une célébration qui marquait le passage de l'été à l'automne. Les arbres du jardin s'étaient parés de leurs plus belles robes écarlates et dorées, offrant un spectacle d'une beauté saisissante. Mais pour la famille, cette beauté était teintée d'angoisse.

« Léo, Mia, Tom, venez ! » appela la mère, sa voix empreinte d'une douceur forcée, depuis le salon baigné de la lumière vacillante des bougies. « L'heure du coucher approche. Et n'oubliez pas, pas de fenêtres ce soir. »

Léo, assis sur le tapis du salon, le nez plongé dans un vieux livre d'histoires, leva les yeux. « Maman, pourquoi on ne peut pas regarder ? C'est si beau dehors avec la lune. »

Le père, qui lisait un journal à la lueur d'une lampe à huile, soupira doucement. « Léo, mon garçon, tu sais pourquoi. Ce n'est pas une nuit comme les autres. Le Coelhudo... »

« ...il n'aime pas qu'on le regarde, » termina Mia, sa voix un murmure à peine audible. Elle serrait son doudou contre elle, ses grands yeux fixant le mur comme si elle y voyait des ombres danser.

Tom, déjà à moitié endormi sur le canapé, bâilla. « Coelhudo ? »

« Ne t'inquiète pas, mon petit cœur, » dit la mère en s'approchant pour le soulever. « On est tous là, bien au chaud. » Elle déposa un baiser sur son front et le porta vers sa chambre.

Léo, cependant, n'était pas satisfait. La curiosité le rongeait. Il avait entendu les histoires, bien sûr, les chuchotements des voisins, les avertissements des anciens. Mais il était un enfant, et les enfants veulent comprendre. Il se releva et s'approcha furtivement de la grande fenêtre du salon, celle qui donnait sur le jardin illuminé par la lune. Le rideau était tiré, mais une petite fente laissait passer un faisceau de lumière pâle.

« Léo ! » s'exclama la mère, le voyant près de la fenêtre. « Je t'ai dit de ne pas t'en approcher ! »

« Mais je veux juste voir un peu, maman ! » insista Léo, sa voix trahissant une pointe de défi. « Je ne regarderai pas par la fente, je promets ! »

Le père se leva, son visage grave. « Léo, écoute ton père. Ce soir, le monde est différent. Ce n'est pas un jeu. Il y a des choses que nous ne comprenons pas, des dangers qui rôdent. Ta sécurité est la chose la plus importante pour nous. »

Léo sentit une pointe de culpabilité, mais la curiosité restait plus forte. Il se détourna de la fenêtre, le cœur battant un peu plus vite. Il monta dans sa chambre, suivi par Mia. Ils s'installèrent dans leurs lits respectifs, les draps frais comme une caresse rassurante.

« Tu crois qu'il est vraiment là ? » murmura Mia, sa voix tremblante.

« Je ne sais pas, » répondit Léo, essayant de paraître plus brave qu'il ne l'était. « Mais si on ne le regarde pas, il ne peut rien nous faire, n'est-ce pas ? C'est ce qu'ils disent. »

Une heure passa, puis deux. Le silence de la maison était profond, ponctué seulement par le tic-tac régulier de l'horloge et le souffle régulier de Tom dans la chambre voisine. Léo, cependant, ne trouvait pas le sommeil. L'image de la lune, du jardin, et la pensée de cette entité invisible le tenaient éveillé. Il se retourna dans son lit, puis se releva doucement. Il s'approcha de sa propre fenêtre. Le rideau était épais, mais une petite ouverture au niveau de la couture laissait filtrer un filet de lumière lunaire.

Il hésita. Son père, sa mère... les avertissements... Mais cette curiosité, ce besoin irrésistible de savoir ce qui se cachait au-delà du voile de la nuit, le poussaient. Lentement, avec une infinie précaution, Léo écarta le rideau juste assez pour y glisser un œil.

Le jardin était d'une beauté surnaturelle sous la pleine lune. Les arbres semblaient scintiller, et l'herbe était argentée. Puis, son regard s'arrêta. Au pied du grand chêne, une silhouette se dressait. Grande, mince, avec des formes étranges qui ne ressemblaient à rien de ce qu'il avait jamais vu. Elle semblait se tenir immobile, comme une statue étrange. Léo retint son souffle. Il ne voyait pas bien les détails, mais il sentait une présence, une aura de froideur qui émanait de cette forme.

Soudain, la silhouette bougea. Elle se tourna lentement, dans un mouvement d'une fluidité dérangeante. Léo sentit son sang se glacer. Il n'osait pas bouger, pas respirer. Il avait peur de faire le moindre bruit, peur que cette chose ne le remarque. La silhouette se mit à avancer, pas à pas, dans le jardin, se rapprochant de la maison. Elle se déplaçait avec une grâce silencieuse, ses pattes ne faisant aucun bruit sur l'herbe.

Et puis, Léo le vit. La tête de la créature se leva, se tournant vers la maison. Il ne pouvait pas distinguer les traits avec précision à travers la petite ouverture, mais il sentit qu'il était observé. Une peur panique le saisit. Il voulut reculer, mais ses jambes semblaient figées. Il savait, au plus profond de son âme, qu'il avait commis une terrible erreur.

Dans le silence de la nuit, un son faible et aigu commença à résonner. Un son qui ressemblait à un rire, mais un rire déformé, inhumain, un son qui faisait vibrer les murs et résonnait dans le vide de son estomac. Un rire fin, perçant, qui semblait vouloir se faufiler jusque dans son esprit.

Léo recula enfin, le rideau lui échappant des mains. Il trébucha, tombant lourdement sur le sol de sa chambre. Le rire semblait se rapprocher, se faire plus fort. Il se releva en hurlant, le cœur battant la chamade, les larmes coulant sur ses joues.

« Papa ! Maman ! » criait-il de toutes ses forces. « Le Coelhudo ! Il est là ! »

Dans le couloir, les lumières s'allumèrent brusquement. Les portes s'ouvrirent en grand, révélant les visages paniqués de ses parents. L'horreur se lisait sur leurs traits, une horreur qu'ils avaient toujours tenté de dissimuler.

« Léo ! » s'écria son père, se précipitant dans sa chambre. « Qu'est-ce qui se passe ? »

« La fenêtre ! J'ai regardé par la fenêtre ! » sanglota Léo, tremblant de tout son corps. « Je l'ai vu ! Il était dans le jardin ! Et il riait ! »

La mère arriva, Mia derrière elle, le visage blême. Elle se précipita vers Léo, le prenant dans ses bras. « Mon enfant, mon pauvre enfant... »

Le père se dirigea vers la fenêtre, son visage tendu. Il jeta un coup d'œil prudent à travers la fente du rideau. La lune brillait toujours, le jardin était désert. Mais une chose avait changé. Sur l'herbe, juste sous la fenêtre de Léo, une petite empreinte était visible. Une empreinte étrange, qui ressemblait à celle d'une patte, mais d'une patte démesurée, fine et griffue.

Alors que le père fixait l'empreinte avec une angoisse grandissante, un son subtil parvint à leurs oreilles. Un bruit de pas, doux, presque imperceptible, venant de l'extérieur, juste sous la fenêtre. Un bruit qui s'arrêta, puis reprit, se dirigeant vers la chambre de Tom.

Le père se retourna, ses yeux écarquillés d'horreur. « Tom ! »

La mère serra Léo plus fort, ses yeux implorant le ciel. La nuit, qui avait commencé sous la beauté trompeuse de la lune, venait de révéler son vrai visage. La terreur avait frappé, et elle ne faisait que commencer.

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