Chapter 3
Le Mystère des Disparus
Des milliers d'enfants ont disparu. Aucune trace, aucun indice. La maison reste intacte, le lit vide. Le Coelhudo efface toute preuve de son passage, rendant sa menace encore plus insaisissable.
En l'an 1439, Los Angeles n'était pas la métropole scintillante que l'on connaît aujourd'hui. C'était une ville où les ombres dansaient un peu plus longtemps, où les murmures du vent portaient des légendes anciennes, et où une famille vivait dans une maison aussi belle que réconfortante, nichée au creux d'une douce colline. Le bonheur y régnait, un baume sur les cœurs, mais sous cette surface sereine, une peur profonde s'agrippait, une ombre qui s'épaississait à l'approche des jours de fête.
Pour les enfants de cette maison, les jours de liesse n'étaient pas synonymes de jeux et de rires à l'extérieur. La fête des Mères, la fête des Pères, la Journée des Enfants, Noël, Pâques, le Nouvel An – autant de dates inscrites en rouge sur le calendrier familial, autant de jours où la porte extérieure restait hermétiquement close. Car ces jours-là, le Coelhudo rôdait.
Personne ne savait vraiment d'où il venait, ni à quoi il ressemblait exactement. Les récits différaient, se teintaient de cauchemars et d'effroi. Certains le dépeignaient comme un lapin venu tout droit des profondeurs de l'enfer, avec des oreilles pointues qui semblaient vouloir percer le ciel nocturne, une colonne vertébrale tordue comme un vieil arbre torturé par le vent, et des griffes longues et acérées qui raclaient le sol avec un bruit insupportable, un son qui glaçait le sang et faisait trembler jusqu'aux os. Sa risette, fine et perçante, était une mélodie de terreur pure. Des dents longues et acérées brillaient dans une gueule qui esquissait un sourire terrifiant, tandis que ses yeux, d'un blanc pur et vide, semblaient fixer l'âme. Ses pattes, étonnamment silencieuses, ne faisaient aucun bruit lorsqu'elles touchaient le sol.
Mais le plus terrifiant, ce n'était pas tant son apparence, souvent floue et sujette à l'imagination, mais plutôt ce qu'il laissait derrière lui. Ou plutôt, ce qu'il ne laissait pas. Car le Coelhudo, dans sa sombre quête, enlevait les enfants durant la nuit, pendant ces moments de réjouissance. Et lorsqu'il avait disparu, emportant avec lui une petite âme innocente, il ne restait absolument rien. Pas une trace de lutte, pas un meuble renversé, pas une miette de biscuit tombée sur le tapis. La chambre de l'enfant, le jouet laissé à moitié rangé, la couverture froissée – tout était exactement comme avant. Comme si l'enfant n'avait jamais été là, comme si la vie avait été effacée, subtilement, cruellement.
La ville de Los Angeles portait le poids de quatre mille enfants disparus. Quatre mille vies envolées, sans explication, sans indice. C'était ce silence, cette absence totale de preuves, qui rendait le Coelhudo si redoutable. Il était l'incarnation de l'inexplicable, le maître du vide.
Dans la maison de cette famille, la prudence était de mise. Les parents répétaient sans cesse les mêmes consignes, le regard empreint d'une anxiété sourde. « Ne sortez jamais de la maison lors des fêtes », disait la mère, sa voix douce mais ferme. « Et surtout, ne regardez pas par la fenêtre la nuit. Jamais. » Le père, plus taciturne mais tout aussi vigilant, ajoutait d'une voix grave : « Le Coelhudo observe. Il est partout. Il voit tout. Il est plus grand qu'un homme, mais pas un géant. Il se faufile dans le noir, il vous attend. »
Une nuit de pleine lune, alors que le ciel était un drap d'encre parsemé de diamants scintillants, une tension particulière flottait dans l'air. La famille était réunie dans le salon, le feu crépitant joyeusement dans la cheminée, mais les rires étaient retenus, les conversations chuchotées. L'Enfant Curieux, dont le prénom était Léo, était assis sur le tapis, un livre ouvert sur ses genoux, mais ses yeux ne lisaient pas les mots. Ils étaient rivés sur la grande fenêtre qui donnait sur le jardin obscur.
« Papa », murmura Léo, sa petite voix presque inaudible, « pourquoi le Coelhudo prend les enfants ? »
Le père leva les yeux de son livre, son front se plissant. « Nous ne le savons pas, mon fils. C'est un mystère. C'est pourquoi nous devons être prudents. »
La mère s'approcha et s'agenouilla à côté de Léo, posant une main réconfortante sur son épaule. « Il faut simplement rester à l'abri, mon chéri. Comme le dit le vieux sage du village, les nuits de pleine lune sont les plus dangereuses. C'est lorsqu'il est le plus actif. »
Le vieux sage. Un homme aux yeux pétillants de malice et de sagesse ancienne, qui vivait dans une petite chaumière à l'orée du bois. Il avait vu passer tant de saisons, tant de peurs. Il parlait souvent par énigmes, mais ses avertissements sur le Coelhudo étaient clairs et glaçants. Il disait que le Coelhudo était attiré par la joie, par les moments où les cœurs étaient ouverts et insouciants.
Léo hocha lentement la tête, mais une étincelle de curiosité, une flamme dangereuse, brillait dans ses yeux. L'idée d'un être qui pouvait s'introduire dans une maison sans laisser de trace, qui pouvait effacer la présence d'un enfant, était à la fois terrifiante et fascinante. Il se demandait ce que l'on ressentait quand on regardait dans le vide, quand on voyait les yeux blancs du Coelhudo. Et surtout, il se demandait ce qui se passait ensuite. Le vieux sage avait dit une fois, d'une voix rauque : « Ne regardez jamais ses yeux. S'il sourit, alors, votre seul espoir est de courir plus vite que le vent. »
Plus tard dans la nuit, alors que la maison était plongée dans un silence profond, seulement troublé par le tic-tac régulier de l'horloge et le souffle paisible de ses parents endormis, Léo se réveilla. Une sensation étrange le tira du sommeil. Une sorte de pression dans l'air, une présence subtile. Il se redressa doucement dans son lit, son cœur battant la chamade. La lune, pleine et éclatante, filtrait à travers les rideaux entrouverts, projetant des ombres mouvantes sur les murs de sa chambre.
Il se rappela les paroles de ses parents. Ne pas regarder par la fenêtre. Ne pas sortir de son lit. Mais la curiosité était une bête tenace. Elle le rongeait de l'intérieur, l'incitant à braver l'interdit. Lentement, avec une précaution infinie, il se glissa hors de son lit. Ses petits pieds nus touchèrent le sol froid. Il avança à pas de loup vers la fenêtre.
Les rideaux étaient légèrement écartés. Son cœur s'emballa. Il hésita un instant, l'image du Coelhudo, tel qu'il l'imaginait, se formant dans son esprit. Les griffes, les dents, les yeux blancs. Il se dit qu'il ne ferait que jeter un petit coup d'œil, juste pour voir.
Il écarta doucement le tissu du rideau.
Et là, dans le jardin baigné de la lumière lunaire, il le vit.
Il était grand, plus grand que tout ce qu'il avait imaginé. Son corps était drapé dans une sorte d'ombre mouvante, mais il pouvait distinguer les contours d'une silhouette étrangement dégingandée. Ses longues oreilles pointaient vers le ciel nocturne, et il se tenait immobile, comme une statue inquiétante.
Léo sentit une terreur glaciale l'envahir, une peur si intense qu'elle lui coupa le souffle. Il voulait crier, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Il voulut reculer, mais ses pieds semblaient cloués au sol.
Et puis, l'entité dans le jardin bougea. Lentement, elle tourna la tête vers la maison. Vers sa fenêtre.
Léo ferma les yeux en un éclair. Il ne voulait pas le voir. Il ne voulait pas le regarder dans les yeux. Mais il sentit son regard, un regard blanc et vide qui traversait l'obscurité, qui traversait les murs, qui le transperçait.
Un son commença à vibrer dans l'air, un son fin, aigu, qui ressemblait à un rire étouffé. Le son se rapprochait. Léo sentit ses jambes trembler incontrôlablement. Il avait peur, une peur primale, absolue.
Il rouvrit les yeux, juste un instant, et vit l'ombre se déplacer, se rapprocher de la maison. Il entendit le raclement subtil des griffes sur l'herbe.
Dans un sursaut de pure panique, Léo se détourna de la fenêtre et courut. Il courut vers la chambre de ses parents, ses petits poumons brûlant, son cœur battant la chamade contre ses côtes. Il sauta sur le lit, se blottissant contre sa mère, enfouissant son visage dans son oreiller.
« Maman ! Papa ! » réussit-il à murmurer, sa voix tremblante de terreur. « Il est là ! Je l'ai vu ! »
Le père se redressa d'un coup, l'anxiété gravée sur son visage. La mère le serra fort, sa propre peur se lisant dans ses yeux. Ils entendirent un bruit léger, un froissement de tissu, près de la fenêtre de la chambre. Puis, un silence pesant retomba.
Ils restèrent ainsi, blottis les uns contre les autres, attendant. Le soleil finirait par se lever, chassant les ombres. Mais cette nuit-là, le Coelhudo avait montré son visage – ou du moins, son ombre – à Léo, et le mystère des disparus n'était plus une simple histoire. C'était une réalité glaçante, une menace tangible qui rôdait dans l'obscurité, invisible et pourtant si présente. Le Coelhudo avait observé, et pour Léo, le monde n'allait plus jamais être le même. La prudence était désormais une seconde nature, gravée dans sa chair par la terreur de cette nuit de pleine lune.