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Chapter 3

Chapitre 3 — L'Écho des Âges

Aaron se rend à la bibliothèque universitaire pour consulter un manuscrit ancien. Léa l'y rejoint, et ils échangent sur la nature du temps et de la mémoire. Le professeur Dumont les observe de loin, troublé par une anomalie qu'il perçoit dans l'aura d'Aaron. Le chapitre se termine sur une lueur inexplicable émanant du manuscrit qu'Aaron touche.

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La bibliothèque de l'université de Verlaine s'étendait sur trois étages, un labyrinthe de rayonnages où le temps semblait suspendu. La lumière du matin filtrait à travers les hautes fenêtres, dessinant des motifs dorés sur le plancher de chêne ciré. Aaron s'y rendait souvent, attiré par le silence et l'odeur du papier ancien.

Ce jour-là, il se dirigea vers la section des manuscrits rares, au fond du troisième étage. Ses pas ne faisaient aucun bruit, comme s'il glissait entre les piles de livres. Il s'arrêta devant une vitrine contenant un codex du XIIe siècle, ouvert à une page ornée d'enluminures représentant des cercles concentriques. Ses yeux, d'un gris presque translucide, parcoururent les symboles avec une lenteur méthodique.

— Tu passes beaucoup de temps ici, dit une voix derrière lui.

Aaron ne se retourna pas. Il avait senti la présence de Léa avant même qu'elle ne parle. Elle s'approcha, un carnet à la main, ses cheveux bruns légèrement en désordre.

— Ce manuscrit t'intéresse ? demanda-t-elle en s'arrêtant à côté de lui.

— Il parle de cycles, répondit Aaron d'une voix douce, presque un murmure.

Léa plissa les yeux pour lire le texte latin. — « Le temps n'est pas une flèche, mais une spirale » ? C'est une citation de la philosophie néoplatonicienne.

— Ou une observation, dit Aaron.

Elle le regarda, intriguée. — Tu crois que le temps se répète ?

— Il ne se répète pas. Il tourne autour de lui-même, comme une rivière qui revient à sa source sans jamais être la même.

Léa nota mentalement ses paroles. Il y avait quelque chose dans sa façon de parler, une certitude paisible qui dépassait l'intellect. Elle avait l'impression de parler à quelqu'un qui avait vu les âges défiler.

— Tu es étudiant en quoi, exactement ? demanda-t-elle.

— Je ne suis pas inscrit à un cursus précis, dit Aaron en tournant enfin la tête vers elle. Ses yeux rencontrèrent les siens, et Léa ressentit un frisson. — J'observe.

— Tu observes quoi ?

— Les gens. Leurs histoires. Leurs mémoires.

Léa sourit, mal à l'aise. — Tu parles comme un fantôme.

— Peut-être en suis-je un, répondit Aaron avec un calme absolu.

Elle rit, mais son rire sonna faux. — Non, tu es bien réel. Je t'ai vu manger à la cafétéria.

— La réalité est une question de perception.

Avant qu'elle puisse répondre, un bruit de pas se fit entendre dans l'escalier. Le professeur Dumont apparut, une liasse de documents sous le bras. Il s'arrêta en voyant Aaron.

— Ah, notre étudiant mystérieux, dit-il avec un sourire qui ne masquait pas une certaine tension. Vous vous intéressez aux manuscrits anciens ?

— Oui, répondit Aaron.

— Le codex de Saint-Germain, précisa Dumont en s'approchant. Il contient une cosmologie unique qui décrit l'univers comme un organisme vivant, avec un cœur battant. Le temps y est défini comme le souffle de ce cœur.

Aaron hocha lentement la tête. — C'est une métaphore exacte.

Dumont le dévisagea. — Vous avez une connaissance particulière de ces textes ?

— Je les ai lus, autrefois.

— Autrefois ? À votre âge, vous avez eu le temps de consulter des manuscrits médiévaux ?

— Le temps n'est pas une limite, répondit Aaron.

Le professeur sentit une boule se former dans sa gorge. Il y avait dans le regard d'Aaron une profondeur qui lui donnait le vertige. Il se souvint de l'anomalie temporelle qu'il avait détectée quelques jours plus tôt, un écho dans les données sismiques de l'université. Cela coïncidait étrangement avec l'arrivée de cet étudiant.

— Professeur ? fit Léa, remarquant son trouble.

— Rien, rien, dit Dumont en secouant la tête. Juste une réflexion.

Il s'approcha de la vitrine et désigna un symbole au centre du manuscrit. — Voyez ce cercle divisé en douze sections. On le retrouve dans de nombreuses cultures comme représentation du calendrier cosmique. Chaque section correspond à un âge de l'humanité.

— Et le centre ? demanda Léa.

— Le centre est le point fixe, répondit Aaron avant que Dumont ne puisse parler. L'axe immobile autour duquel tout tourne. L'éternité.

Dumont le regarda fixement. — Vous parlez comme si vous l'aviez vu.

— Je ne vois que ce qui est, dit Aaron. Le centre est toujours là, même quand on l'oublie.

Léa observa l'échange, sentant une tension croissante. Le professeur semblait à la fois fasciné et effrayé. Aaron, lui, restait impassible, comme une statue de marbre.

— Professeur, dit Léa pour briser le silence, vous avez parlé d'une anomalie temporelle l'autre jour. Qu'est-ce que c'était exactement ?

Dumont hésita. Il jeta un coup d'œil à Aaron, puis répondit : — Les instruments de l'observatoire ont enregistré une fluctuation étrange dans le champ temporel local. Comme si quelque chose avait légèrement déformé le continuum. Rien de grave, mais suffisamment rare pour être noté.

— Quand cela s'est-il produit ? demanda Léa.

— Le jour de l'arrivée d'Aaron, dit Dumont en fixant le jeune homme.

Aaron ne broncha pas. Il se contenta de regarder le manuscrit, ses doigts effleurant la vitre.

— Peut-être que votre machine a mal fonctionné, dit-il.

— Peut-être, concéda Dumont, mais je n'y crois pas.

Léa sentit que la conversation prenait une tournure étrange. Elle changea de sujet : — Aaron, tu veux venir au café avec moi ? Nous pourrions parler de tes observations.

Aaron la regarda longuement. — D'accord.

Dumont les regarda s'éloigner. Quand ils furent hors de vue, il se pencha vers la vitrine et examina le manuscrit. Quelque chose clochait. Il sortit une lampe UV de sa poche et l'alluma. Sous la lumière, des motifs invisibles à l'œil nu apparurent sur la page. Des motifs qui n'étaient pas là la veille. Ils formaient une spirale, semblable à celle qu'il avait vue dans les données de l'anomalie.

Son cœur battit plus vite. Il fallait qu'il en parle à quelqu'un, mais à qui ? Les doyens le prendraient pour un fou. Il prit une photo avec son téléphone, puis rangea la lampe.

— Que cachez-vous, Aaron ? murmura-t-il.

Dans le café de l'université, Léa et Aaron étaient assis à une petite table près de la fenêtre. La lumière de l'après-midi tombait en biais sur leurs visages.

— Tu n'es pas un étudiant ordinaire, dit Léa en buvant une gorgée de son thé.

— Non, admit Aaron.

— Alors, qui es-tu ?

Aaron posa les yeux sur elle. — Je suis ce que j'ai toujours été. Un témoin.

— Un témoin de quoi ?

— De tout. De l'aube des civilisations à leur crépuscule. J'ai vu des empires naître et s'effondrer. J'ai regardé les étoiles changer de place dans le ciel.

Léa resta silencieuse un moment. Elle voulait le croire, mais c'était trop absurde. Pourtant, quelque chose dans sa voix sonnait vrai.

— Tu es immortel ? demanda-t-elle doucement.

— Je suis en dehors du temps, répondit Aaron. La mort n'a pas de prise sur moi.

— Alors pourquoi es-tu ici ? À l'université, avec des humains ?

— Parce que même un témoin a besoin de comprendre. Et parfois, les humains ont des réponses que je n'ai pas.

— Quelles réponses ?

Aaron ne répondit pas tout de suite. Il regarda par la fenêtre, où des étudiants passaient en riant.

— Pourquoi vous vous accrochez à des choses aussi éphémères ? L'amour, l'art, les histoires. Pourquoi créer quand tout doit disparaître ?

Léa sourit. — Parce que c'est ce qui donne un sens à notre temps limité. Nous n'avons qu'une vie, alors nous la remplissons de beauté.

Aaron la regarda longuement. — Je n'avais jamais envisagé cela sous cet angle.

— Tu n'as jamais aimé ? demanda Léa.

— L'amour est une émotion que j'observe, mais que je ne ressens pas. Pas comme vous.

— C'est triste, dit Léa doucement.

— Peut-être. Ou peut-être est-ce une libération.

Le silence s'installa entre eux. Léa sentit une étrange connexion, comme si elle touchait quelque chose d'immense et de froid.

Soudain, son téléphone vibra. C'était un message de Dumont : « Revenez à la bibliothèque. J'ai trouvé quelque chose. »

Elle le montra à Aaron.

— Allons-y, dit-il.

Quand ils arrivèrent, Dumont les attendait près de la vitrine, le visage pâle. Il tenait le manuscrit, maintenant sorti de son écrin.

— Regardez, dit-il en désignant une page.

Le symbole central, le cercle divisé en douze sections, émettait une lueur faible mais distincte. La lumière pulsait lentement, comme un battement de cœur.

— C'est impossible, murmura Léa.

— Non, dit Aaron en posant la main sur le parchemin. La lumière s'intensifia, enveloppant sa main d'une aura dorée. — C'est simplement ce qui a toujours été là.

Dumont recula, effrayé. — Qui êtes-vous ?

Aaron leva les yeux vers lui. Sous la lumière du manuscrit, son regard semblait contenir des étoiles.

— Je suis Aaron, dit-il. Et je suis ici parce que le temps lui-même a besoin de se souvenir de son commencement.

La lueur s'éteignit brusquement, et le manuscrit redevint inerte. Mais dans le silence qui suivit, un bourdonnement sourd emplit la pièce, venant de nulle part.

— Qu'est-ce que c'est ? chuchota Léa.

— Un appel, répondit Aaron. Quelque chose se réveille.

Au même instant, les lumières de la bibliothèque clignotèrent, et l'horloge murale se mit à tourner à l'envers.

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