Chapter 2

Le Cri de la Ville

Le chaos éclate. Des silhouettes titubantes, des cris glaçants. La ville se transforme en un cauchemar. Les Chicos Criosos sont pris au piège, confrontés à la réalité brutale de l'invasion zombie. La survie devient leur seul objectif.

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La musique battait encore, une vibration joyeuse qui semblait défier la chaleur moite de la nuit. Les rires des Chicos Criosos s'élevaient au-dessus du brouhaha de la fête sur le toit, un mélange d'insouciance et d'excitation juvénile. Mateo, « El Chispa », rayonnait, son sourire contagieux illuminant son visage alors qu'il levait son verre dans un toast silencieux à l'amitié. Sofia, « La Sabia », observait la scène avec un regard pétillant, un léger sourire aux lèvres devant l'énergie débordante de Mateo. Près d'elle, Javier, « El Fuerte », le regard bienveillant, veillait sur Elena, « La Artista », qui esquissait déjà des mouvements sur une serviette en papier, capturant l'instant fugace. L'air était épais de promesses, de rêves murmurés et de l'odeur sucrée de la tequila. Mexico, leur Mexico, s'étendait à leurs pieds, une mer de lumières scintillantes, une promesse de lendemains.

Puis, le son. Pas le son des haut-parleurs, ni celui des conversations animées. Un son différent, guttural, déchirant. Un cri. Puis un autre. Et encore un. L'ambiance se figea, l'euphorie s'évaporant comme une bulle de savon. Mateo fut le premier à réagir, son front se plissant d'inquiétude. Il se pencha au-dessus de la rambarde, ses yeux scrutant les rues en contrebas. La panique commençait à se propager, des silhouettes courant dans toutes les directions. Des lumières clignotaient, des sirènes hurlaient, se superposant dans un cacophonie d'alarme.

« Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? » lança Javier, sa voix empreinte d'une tension nouvelle.

Sofia, déjà plongée dans son téléphone, secoua la tête. « Pas d'infos précises… des incidents isolés… des agressions… » Elle s'interrompit, ses yeux s'écarquillant de stupeur. « Oh mon Dieu… »

Ce qu'ils voyaient alors défiait toute logique, toute explication rationnelle. Des formes humaines se mouvaient avec une lenteur saccadée, leurs membres tordus dans des angles impossibles. Leurs visages étaient décomposés, la peau blafarde, les yeux vides, mais animés d'une faim insatiable. Ils s'attaquaient aux vivants, mordant, griffant, déchirant. La ville, leur terrain de jeu, leur royaume, se transformait sous leurs yeux en un cauchemar éveillé.

« C'est… c'est pas possible, » murmura Elena, sa main portée à sa bouche, ses doigts fins tremblant.

Un cri strident retentit tout près, venant d'une rue adjacente. Une femme courrait, poursuivie par une de ces créatures. Avant que quiconque ne puisse réagir, la créature l'attrapa, la faisant tomber dans un cri d'horreur. Le son de la chair déchirée, des os brisés, résonna dans la nuit, glaçant le sang.

Mateo se retourna, son visage soudainement grave. L'étincelle de son optimisme était éteinte, remplacée par une détermination farouche. « On doit bouger. Maintenant. »

Leur fuite fut chaotique. Descendre les escaliers de secours, se faufiler à travers les ruelles bondées, désormais des scènes de violence indicible. Les cris ne cessaient de résonner, se mêlant aux grognements sourds des infectés. Ils aperçurent des gens se réfugier dans les magasins, barricadant les portes dans une vaine tentative de survie. D'autres, moins chanceux, étaient submergés, leurs corps se joignant bientôt à la horde démente.

« Par où on va ? » haleta Javier, son regard balayant les rues dans une tentative désespérée de trouver une issue.

Sofia, malgré la panique qui menaçait de la submerger, tentait de garder son sang-froid. « Ma maison est à cinq pâtés de là. On peut s'y réfugier, essayer de comprendre ce qui se passe. »

Le trajet fut un enfer. Ils durent se cacher dans des porches, éviter des groupes de créatures, le cœur battant la chamade à chaque bruit. Mateo, impulsif, voulut intervenir pour aider une femme seule en proie à deux infectés, mais Javier le retint. « Mateo, on ne peut pas… pas maintenant. On est trop peu. » La frustration se lisait sur le visage de Mateo, mais il savait que Javier avait raison. La survie était la priorité.

Arrivés devant l'appartement de Sofia, ils trouvèrent la porte d'entrée fracassée. L'intérieur était en désordre, des meubles renversés, des objets brisés. La peur se mua en une angoisse sourde. Ils n'étaient plus en sécurité nulle part.

« Merde, » jura Mateo, sa voix rauque.

Elena, les yeux rougis, s'approcha de lui. « On va s'en sortir, Mateo. On est ensemble. » Sa voix était douce, mais empreinte d'une fragilité nouvelle.

Dans le salon, à travers la fenêtre brisée, ils virent une scène particulièrement macabre. Un groupe d'infectés s'acharnait sur un corps. Leurs mouvements étaient d'une brutalité animale, leurs grognements démoniaques. Javier serra les poings, sa mâchoire se contractant. Il reconnut une des victimes. C'était son voisin, un vieil homme gentil qui lui apportait toujours des tamales. La douleur, longtemps contenue, commença à remonter, une vague de rage sourde.

« Il faut faire quelque chose, » dit-il, sa voix basse et dangereuse.

Sofia s'assit sur le sol, la tête entre les mains. « Faire quoi, Javier ? On est dépassés. On ne sait pas ce que c'est. » Ses yeux cherchaient une réponse dans le vide, mais il n'y en avait pas. La logique, son refuge habituel, l'avait abandonnée.

Mateo s'agenouilla près d'elle, posant une main sur son épaule. « On va trouver. On va comprendre. Mais pour l'instant, on reste ici. On se barricade. »

Ils passèrent la nuit à tenter de renforcer les accès, utilisant des meubles, des draps, tout ce qu'ils pouvaient trouver. Le silence n'était qu'une illusion, constamment brisé par les cris dehors, par les bruits de pas traînants, par les coups sourds contre les murs. Chaque son était une menace, chaque ombre un danger potentiel.

Au petit matin, la ville était méconnaissable. Les rues, habituellement vibrantes de vie, étaient jonchées de débris, de voitures abandonnées, et de corps. Les rares survivants qu'ils aperçurent se déplaçaient avec une prudence extrême, le regard rempli de terreur. Le soleil se levait sur un paysage de désolation, baignant la scène d'une lumière crue qui ne faisait qu'accentuer l'horreur.

« On ne peut pas rester là, » déclara Mateo, sa voix empreinte d'une nouvelle fermeté. « On va mourir de faim ou de soif. Ou ils vont finir par entrer. »

Sofia acquiesça lentement, ses yeux toujours voilés par la fatigue et l'inquiétude. « Il y a une armurerie à quelques rues d'ici. Si on peut y aller… »

« Et pour se défendre, il faut des armes, » renchérit Javier, son regard fixé sur la fenêtre, comme s'il cherchait déjà une cible.

Elena, assise dans un coin, avait sorti son carnet et un crayon. Elle dessinait, ses traits rapides et précis capturant la scène désolée qu'ils voyaient par la fenêtre. Son art, son refuge, était devenu son moyen d'exprimer le chaos, mais aussi de garder une trace de ce qui était.

« On y va ensemble, » dit Mateo, son regard croisant celui de chacun de ses amis. « On reste unie. On se couvre. »

Leur première sortie fut une plongée dans l'inconnu. Ils avancèrent prudemment, se déplaçant de couverture en couverture, leurs sens en alerte maximale. Les infectés étaient partout, se déplaçant en petits groupes, attirés par le moindre son. Ils virent des scènes qui les marqueraient à jamais : un père cherchant désespérément son enfant, un groupe de militaires submergé, une famille réfugiée sur le toit d'un immeuble, leurs cris d'aide se perdant dans le vacarme.

Près de l'armurerie, ils furent confrontés à une horde plus dense. Les grognements étaient assourdissants, les silhouettes nombreuses. C'est alors que Mateo, voyant une opportunité, lança : « Le magasin ! On y va ! »

Il se rua en avant, suivi par Javier qui le couvrait de son corps massif. Sofia et Elena le suivaient de près, leur peur palpable, mais leur détermination inébranlable. Un des infectés se jeta sur Mateo, mais Javier le repoussa avec une force surprenante, le projetant au sol d'un coup de poing.

Ils atteignirent l'armurerie, mais la porte était verrouillée. Le bruit avait attiré l'attention. Plusieurs infectés se dirigeaient vers eux.

« Merde ! » jura Mateo. Il regarda autour de lui, son regard vif cherchant une solution. Il aperçut une fenêtre latérale, partiellement brisée. « Par là ! »

Ils s'engouffrèrent dans le magasin, un espace sombre rempli d'armes de toutes sortes. La sécurité était barricadée, mais ils trouvèrent rapidement de quoi se défendre : des battes de baseball, des couteaux, et même quelques pistolets avec leurs munitions.

Alors qu'ils s'armaient, un cri retentit de l'extérieur. Les infectés étaient en train de défoncer la porte principale. Le temps pressait.

« On doit trouver une autre sortie, » dit Sofia, sa voix tendue.

C'est alors qu'un bruit sourd résonna derrière une étagère. Javier s'approcha avec prudence, son regard fixé sur l'obscurité. Il souleva l'étagère et découvrit une trappe dans le sol.

« Une sortie de secours, » annonça-t-il, un léger soulagement dans la voix.

Ils descendirent dans un tunnel sombre et étroit. Derrière eux, ils entendirent les grognements des infectés qui avaient réussi à entrer dans le magasin. Le tunnel était humide, l'air lourd. Ils avançaient à tâtons, Mateo ouvrant la voie avec une lampe torche.

« Où ça mène ? » demanda Elena, sa voix résonnant dans l'espace confiné.

« On verra bien, » répondit Mateo, son regard déterminé. « Mais on sortira de là. Ensemble. »

Ils parvinrent enfin à une autre trappe, qu'ils ouvrirent pour découvrir qu'ils étaient sortis dans une ruelle déserte, à l'abri des regards. La ville, vue de loin, était toujours en proie au chaos. Mais pour l'instant, ils avaient survécu. Ils étaient armés. Et ils étaient ensemble.

Mateo jeta un coup d'œil à ses amis, leurs visages marqués par la peur et la fatigue, mais aussi par une nouvelle étincelle de défi. « C'est pas fini, » dit-il, sa voix chargée d'une promesse silencieuse. « On va se battre. Pour nous. Pour Mexico. »

Leur insouciance était partie, envolée dans la nuit du chaos. Mais quelque chose d'autre était né : une détermination farouche, un lien indestructible, et l'espoir ténu, mais puissant, de retrouver leur ville. Le cri de Mexico n'était plus seulement celui de la terreur, mais aussi celui d'une résistance naissante.

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