Chapter 3

Le Prix de l'Espoir

Une rencontre dévastatrice. Une perte douloureuse. L'insouciance s'évapore, remplacée par la gravité de la situation. Les Chicos Criosos réalisent l'ampleur de la menace et la nécessité de se battre, pas seulement de survivre.

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Le soleil matinal, autrefois promesse d'une nouvelle journée, se levait désormais sur une Mexico méconnaissable, baignée d'une lumière d'un rouge cramoisi étrange. Les cris de la veille s'étaient estompés, remplacés par un silence oppressant, seulement brisé par des gémissements lointains et le craquement sinistre du bitume sous des pas traînants. Mateo, le cœur battant la chamade contre ses côtes, serra le manche de sa machette improvisée, un morceau de métal rouillé récupéré sur une pancarte renversée. L'insouciance d'hier, cette légèreté qui les avait portés comme une bulle de bonheur, s'était évaporée comme la rosée sous un soleil de plomb. Elle avait laissé place à une gravité palpable, un poids sur leurs épaules qui menaçait de les écraser.

« On ne peut pas rester là, » murmura Sofia, sa voix tendue, ses yeux scrutant les ruelles désertes avec une acuité déconcertante. Ses lunettes, légèrement de travers, ne parvenaient pas à masquer la peur qui voilait son regard habituellement si clair. L'idée de se cacher, de fuir, avait d'abord traversé leurs esprits comme une bouffée d'air frais, une échappatoire à l'horreur. Mais le spectacle de cette ville, de leur Mexico, dévorée par cette marée nauséabonde, avait allumé une autre flamme en Mateo. Une flamme de rage, de détermination.

« Non, pas fuir, » répondit Mateo, sa voix résonnant avec une fermeté nouvelle. Il laissa son regard balayer ses amis : Javier, dont le visage buriné portait les stigmates d'une douleur profonde, mais dont la présence massive était un réconfort tangible ; Elena, dont les yeux, habituellement pétillants de vie, étaient maintenant voilés d'une tristesse infinie, mais dont la main agrippait fermement son carnet de croquis, comme si c'était le dernier bastion de leur humanité. « On ne peut pas laisser ça. C'est notre ville. »

Javier hocha la tête, sa mâchoire serrée. « Mateo a raison. Je ne peux pas juste me cacher pendant que… » Sa voix s'étrangla, le souvenir de ce qu'il avait vu, de ce qu'il avait perdu, le submergeant. Il avait vu sa famille, sa mère, son père, transformés en ces monstres sans âme. La douleur était une brûlure constante dans sa poitrine, mais pour l'instant, elle était canalisée par une colère sourde.

Elena, d'une voix douce mais ferme, ajouta : « Si nous ne faisons rien, qui le fera ? Nous sommes les seuls qui… » Elle s'interrompit, son regard se perdant dans le vide. La beauté de leur ville, celle qu'elle aimait tant peindre, était souillée. Pourtant, même dans ce désastre, une idée commençait à germer dans son esprit créatif. Un moyen de communiquer, de rassembler.

Leur première rencontre avec la véritable horreur avait eu lieu quelques heures auparavant, dans le tumulte chaotique de la nuit. Ils avaient tenté de se réfugier dans le petit appartement qu'ils partageaient près du centre, un havre de paix jusqu'alors. Mais la horde avait été implacable. Ils avaient vu leurs voisins, leurs amis, se transformer sous leurs yeux, leurs cris de douleur se muant en grognements gutturaux. C'est là qu'ils avaient perdu Ricardo. Un cri de douleur, un éclair de terreur, et il avait disparu dans la masse grouillante, sa dernière image gravée à jamais dans leurs mémoires. Le poids de cette perte fut comme un coup de poing dans l'estomac, une piqûre de réalité qui leur arracha leur dernière parcelle d'innocence.

« Il faut trouver un endroit sûr, » dit Sofia, son pragmatisme reprenant le dessus. « Quelque chose de défendable. Et il faut trouver des provisions. De l'eau. Des armes. » Elle regarda Mateo, ses yeux cherchant un signe de son optimisme habituel, mais trouvant une détermination nouvelle, plus sombre. « On ne peut pas se battre avec des poings et des machettes rouillées contre… ça. »

Mateo comprit. Sofia avait raison, comme toujours. Son cerveau, plus vif et précis que n'importe quelle arme, était leur meilleur atout. « Je sais, » dit-il, un sourire esquissé sur ses lèvres. « Mais avant de penser à la survie, il faut penser à la victoire. On ne peut pas juste se cacher pour toujours. On doit se battre. » Il se tourna vers Javier. « Javier, tu connais la ville comme ta poche. Où pourrait-on trouver ce dont on a besoin ? Un entrepôt ? Un magasin bien approvisionné ? Quelque chose qui pourrait nous servir de base ? »

Javier réfléchit un instant, sa mine soucieuse se détendant légèrement à l'idée d'avoir une mission. « Il y a un vieux supermarché, juste à l'est du parc Chapultepec. Il est un peu à l'écart, et il a une bonne entrée principale, mais aussi une porte de service plus discrète. Et… il y a une armurerie pas loin. Si on arrive à passer… »

« Alors c'est ça notre plan, » déclara Mateo, sa voix retrouvant une certaine emphase, celle qui galvanisait ses amis. « On va à ce supermarché. On se ravise et on trouve de quoi se défendre. Et ensuite, on va montrer à ces salopards qui est le patron de Mexico. » Il jeta un coup d'œil à Elena. « Elena, tu as vu quelque chose ? Des signes de vie ? D'autres groupes ? »

Elena secoua la tête, mais un léger sourire apparut sur ses lèvres. « Pas directement, non. Mais j'ai vu… des choses. Des graffitis étranges sur les murs, des messages cachés dans des dessins sur les trottoirs. Quelqu'un essaie de communiquer. Ils ne sont pas les seuls à se battre. » Elle ouvrit son carnet, ses doigts effleurant une esquisse rapide d'un symbole complexe. « Peut-être que nous pouvons utiliser ça. Pour trouver d'autres survivants. Ou pour les attirer. »

Sofia fronça les sourcils. « Attirer qui, Elena ? Les zombies ? Ce serait suicidaire. »

« Non, pas les zombies, » dit Elena doucement. « Les autres. Ceux qui résistent. Ceux qui pensent comme nous. »

Le trajet jusqu'au supermarché fut une épreuve. Chaque coin de rue était une menace potentielle, chaque ombre une cachette pour les morts-vivants. Ils se déplaçaient avec une lenteur calculée, leurs sens en alerte maximale. Mateo ouvrait la marche, sa machette prête, ses yeux scannant sans relâche. Javier fermait la marche, sa force brute étant leur dernier rempart. Sofia et Elena restaient au milieu, Sofia analysant les dangers, Elena observant, toujours à l'affût du moindre signe, de la moindre opportunité.

Lorsqu'ils atteignirent enfin les abords du supermarché, le spectacle était désolant. La vitrine principale était brisée, des étagères renversées jonchaient le sol. Mais le bâtiment semblait relativement intact. Et, plus important encore, il n'y avait pas de hordes visibles. Juste quelques traînards isolés, errant sans but, visiblement attirés par les bruits de la ville, mais pas encore par leur présence.

« La porte de service, » murmura Javier, désignant une porte métallique à l'arrière du bâtiment. « Elle est plus petite, plus facile à sécuriser. »

Ils s'approchèrent avec précaution. Mateo essaya la poignée. Verrouillée. « Merde. »

« Laisse-moi faire, » dit Javier. Il s'avança, prit une profonde inspiration, et avec un grognement de puissance, il donna un coup de pied dans la porte. Le métal gémit, mais ne céda pas. Il répéta le geste, plus fort cette fois. La porte se déforma, grinça, et finit par s'ouvrir dans un bruit métallique assourdissant.

Le son attira immédiatement l'attention. Des grognements se firent entendre, plus proches cette fois. Des silhouettes se mirent à boiter dans leur direction, leurs mouvements saccadés trahissant leur nature.

« Vite ! » cria Sofia.

Ils se précipitèrent à l'intérieur, Javier refermant la porte derrière eux avec une force herculéenne. Ils s'enfoncèrent dans l'obscurité relative du supermarché, leurs lampes de poche balayant les allées jonchées de débris. Les rayons étaient presque vides, mais ils trouvèrent quelques boîtes de conserve intactes, des bouteilles d'eau, et, dans le rayon des outils, quelques barres de fer. Pas des armes idéales, mais mieux que rien.

« On doit trouver un moyen de bloquer cette porte, » dit Mateo, son regard fixé sur la porte d'entrée principale, où les premiers zombies commençaient à s'agglutiner, attirés par le bruit.

« Les chariots ! » s'exclama Elena, son esprit créatif en action. « On peut les empiler devant la porte. Et les étagères ! »

Ensemble, ils se mirent au travail, leur peur étant momentanément remplacée par l'urgence de la tâche. Ils poussèrent les chariots, les empilèrent les uns sur les autres, créant une barricade improvisée. Ils renversèrent des étagères, bloquant les issues, transformant le supermarché en une forteresse précaire.

Pendant ce temps, Javier, fidèle à sa mission, avait repéré la sortie vers l'armurerie. « C'est par là, » dit-il, pointant une porte au fond du magasin. « Il faut juste que je m'assure qu'elle est sécurisée. »

Mateo acquiesça. « Javier, tu y vas. Sofia, Elena, vous restez ici et vous continuez à renforcer la barricade. Je vais faire le tour et voir s'il y a d'autres entrées à sécuriser. »

Le cœur de Mateo battait la chamade. Chaque pas dans ce supermarché, autrefois lieu de vie et de consommation, était maintenant un pas dans un labyrinthe de mort. Il entendait les grognements des zombies à l'extérieur, leurs mains griffant le métal de la porte. Il sentait le poids de la responsabilité sur ses épaules. Ricardo… il ne devait pas laisser un autre ami disparaître.

Il atteignit la section des surgelés. Les portes étaient ouvertes, le froid s'échappant dans l'air ambiant. C'est là qu'il vit quelque chose qui le glaça. Une silhouette immobile, accroupie dans un coin, le dos tourné. Elle ne bougeait pas, ne grognait pas. À première vue, on aurait dit un cadavre. Mais quelque chose clochait. Mateo leva sa machette, prêt à frapper.

« Qui est là ? » demanda-t-il, sa voix tendue.

La silhouette ne bougea pas. Mateo s'approcha lentement, son regard fixé sur elle. C'était une jeune femme, vêtue de vêtements déchirés. Mais ce qui attira son attention, c'était la façon dont elle tenait quelque chose dans ses mains. Un objet familier.

« Ricardo ? » souffla Mateo, son cœur manquant un battement.

L'idée était folle. Ricardo était… il ne pouvait pas être vivant. Et encore moins dans cet état. Mais la silhouette se retourna lentement, révélant un visage décharné, les yeux vides, mais avec une expression… familière.

« Ricardo ! » cria Mateo, sa voix se brisant.

La créature se jeta sur lui, un grognement rauque s'échappant de sa gorge. Mateo esquiva le coup, son esprit refusant d'accepter la réalité. Ce n'était pas Ricardo. C'était un monstre. Un monstre qui avait été Ricardo.

Il se défendit avec une férocité désespérée, sa machette sifflant dans l'air. Chaque coup portait le poids de sa douleur, de sa colère. Il ne voulait pas le faire. Il ne voulait pas se battre contre son ami. Mais il n'avait pas le choix. Le Ricardo qu'il connaissait était parti. Et ce qui restait était une menace.

Il parvint à repousser la créature, qui trébucha en arrière, heurtant une étagère de bocaux. Les bocaux tombèrent, se brisant sur le sol, libérant leur contenu. Le bruit était assourdissant.

« Mateo ! Qu'est-ce qui se passe ? » cria Sofia.

Des grognements redoublèrent à l'extérieur. Les zombies avaient entendu le vacarme. Ils se pressaient contre la porte de service, leurs forces redoublées par l'odeur du sang, par la promesse de la chair fraîche.

« Merde ! » jura Mateo. Il regarda la créature qui se relevait, prête à attaquer à nouveau. Puis il regarda la porte, où la barricade commençait déjà à céder sous la pression des assaillants.

Il n'y avait pas de temps pour la tristesse. Pas de temps pour le deuil. Il devait agir.

Avec un cri de rage, Mateo se jeta sur la créature, sa machette s'enfonçant profondément. Il ne regarda pas. Il ne voulut pas voir. Il se retourna, courant vers la barricade, sa voix résonnant.

« Javier ! La porte de l'armurerie ! Il faut qu'on sorte d'ici ! »

Le prix de l'espoir était élevé. Et aujourd'hui, ils commençaient à en payer le lourd tribut. La bataille pour Mexico ne faisait que commencer, et elle allait être plus sanglante et plus douloureuse qu'ils n'auraient jamais pu l'imaginer. La nuit tombait, et avec elle, la menace grandissait, mais au milieu de la terreur, une nouvelle résolution s'était ancrée dans leurs cœurs. Ils ne se cacheraient plus. Ils se battraient.

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