Chapter 1

Dernière Fête avant l'Apocalypse

Mexico vibre au rythme d'une fête animée. Les Chicos Criosos, Mateo, Sofia, Javier et Elena, profitent de l'insouciance. Musique, rires, et amitié. L'innocence avant le déferlement de l'horreur zombie qui s'annonce.

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Mexico City palpitait sous un ciel d'encre constellé de milliards d'étoiles, une nuit comme tant d'autres dans la capitale vibrante. Au cœur de la Roma Norte, les basses d'une fête résonnaient, secouant les façades colorées des immeubles, invitant les âmes à se perdre dans la musique et la joie. C'était le genre de soirée où l'on oubliait tout, où le temps s'étirait en une douce mélodie, et où les soucis s'évaporaient comme la buée sur une bière fraîche.

Les Chicos Criosos étaient là, bien sûr. Mateo, surnommé « El Chispa » pour l'étincelle qui dansait dans ses yeux et l'énergie qu'il dégageait, riait aux éclats, une main sur l'épaule de Javier, « El Fuerte », dont le sourire franc illuminait son visage massif. Sofia, « La Sabia », observait la scène avec un léger sourire, un verre de quelque chose de pétillant à la main, son esprit vif déjà en train de décomposer la chimie de la fête, le rythme, l'ambiance. Et Elena, « La Artista », les yeux pétillants de vie, esquissait mentalement les formes ondulantes des corps dansants, capturant l'essence fugace de l'instant.

« C'est le feu, mec ! » lança Mateo, sa voix se perdant un instant dans un roulement de tambour particulièrement puissant. Il attrapa une bouteille sur une table voisine, la faisant tourner avec une habileté déconcertante. « À nous ! À cette nuit ! »

Javier leva sa propre bouteille en signe de consentement, son regard protecteur glissant sur Elena, qui s'était approchée de lui, une mèche de cheveux rebelle tombant sur son front. Elle lui sourit, un sourire doux et sincère qui toujours parvenait à apaiser l'inquiétude latente chez le colosse.

« Tu as vu le nouveau graff sur le mur de la galerie ? Magnifique, » murmura Elena, son regard perdu dans les lumières stroboscopiques qui balayaient la foule. « C'est comme si l'artiste avait peint notre état d'esprit. Libres. »

Sofia s'approcha, son regard analytique parcourant la scène. « L'énergie ici est presque palpable. Une concentration de dopamine et de sérotonine à son paroxysme. Fascinant. » Elle portait une robe simple mais élégante, un contraste frappant avec l'exubérance ambiante, mais son aura de calme était tout aussi captivante.

Mateo se tourna vers elle, un sourire malicieux aux lèvres. « Tu vois, Sofia ? Pas besoin de formules compliquées. C'est juste le bonheur. Et ce soir, on est les rois du bonheur. » Il lui tendit la bouteille qu'il tenait encore. « Un peu de bonheur pétillant pour la reine de la raison ? »

Sofia accepta la bouteille, ses doigts effleurant ceux de Mateo. Une légère chaleur monta à ses joues, qu'elle s'empressa d'attribuer à l'ambiance. « Merci, Mateo. Mais la raison est aussi une forme de bonheur, n'est-ce pas ? Savoir où l'on va, comprendre ce qui nous entoure… »

« On sait où l'on va, » interrompit Javier, sa voix grave mais empreinte de confiance. « On va se faire une nuit de dingue, et demain, on verra. L'important, c'est d'être ensemble. » Il posa une main réconfortante sur l'épaule de Mateo. « Et toi, tu nous guides toujours, Chispa. »

Mateo sentit une pointe de chaleur dans sa poitrine à ces mots. Javier, sa force tranquille, son roc. Il repensa à cette fois où, trop jeune et trop imprudent, il avait mis Javier en danger avec une de ses idées folles. La peur qui l'avait alors envahi était encore gravée en lui, le poussant à veiller sur ses amis avec une ferveur presque excessive.

« Toujours, mon frère, » répondit Mateo, son regard croisant celui de Javier. « Toujours. »

Elena, quant à elle, avait sorti un petit carnet et un crayon de son sac. Elle griffonnait rapidement, capturant les expressions, les mouvements, les éclats de rire. « Il faut garder ça, » murmura-t-elle. « Ces moments. Pour plus tard. »

« Plus tard ? » répéta Mateo, un peu interrogateur, mais l'idée lui plut. « Bien sûr ! On fera un album photo géant de nos soirées les plus folles ! »

« Je pense qu'elle veut dire… pour se souvenir de ce qui était avant, » dit Sofia, son ton légèrement plus grave, une ombre fugace traversant son regard. Elle avait ce don de percevoir les sous-entendus, les non-dits. Elle avait aussi des choses qu'elle ne disait pas, des connaissances qui la tourmentaient, des bribes d'informations sur des rapports étranges, des protocoles d'urgence secrets, des choses qui, dans le brouhaha de cette fête, semblaient appartenir à un autre univers.

Mais la musique monta d'un cran, un rythme effréné qui emporta toutes les pensées un peu trop sérieuses. Mateo saisit la main d'Elena, l'entraînant sur la piste de danse improvisée. Javier les suivit, un peu gauche mais toujours protecteur, et Sofia, avec un sourire, se joignit à eux, un équilibre parfait entre l'effervescence de Mateo, la force de Javier et la grâce d'Elena.

Les heures filèrent, rythmées par les rires, les confidences murmurées à l'oreille, les danses endiablées. Ils se sentaient invincibles, jeunes, éternels. Mexico s'étendait à leurs pieds, une mer de lumières et de promesses. L'insouciance était leur armure, l'amitié leur bouclier.

Puis, le premier cri.

Il n'était pas un cri de joie, ni de surprise. C'était un son déchirant, animal, qui transperça la musique comme un couteau. Un hurlement de terreur pure.

La musique s'interrompit brusquement, comme si un géant avait arraché les fils de la fête. Un silence tendu s'installa, lourd, oppressant. Les conversations s'éteignirent, les têtes se tournèrent vers la source du bruit.

Au coin de la rue, à la lueur vacillante d'un lampadaire, une silhouette titubait. Elle semblait désorientée, ses mouvements saccadés, erratiques. Puis une autre apparut. Et une autre.

Quelque chose n'allait pas. Quelque chose n'allait pas du tout.

« C'est quoi ce délire ? » marmonna Javier, se plaçant instinctivement devant Elena.

Mateo sentit une boule d'angoisse se former dans son estomac. Il avait vu des films, lu des histoires, mais jamais… jamais il n'aurait imaginé que cela puisse arriver ici, dans leur ville, dans leur fête.

Une des silhouettes titubantes trébucha et tomba à terre. Elle ne se releva pas tout de suite. Puis, lentement, elle se redressa, mais différemment. Ses mouvements étaient plus rigides, ses membres semblaient s'agiter de manière incontrôlable. Et lorsqu'elle ouvrit la bouche, ce n'était plus un cri de douleur, mais un grognement rauque, guttural, qui glaça le sang.

« Oh mon Dieu… » souffla Elena, sa main serrant le bras de Javier.

Sofia déglutit difficilement, son regard vif balayant la scène avec une intensité nouvelle. « Ce n'est pas… ce n'est pas normal. Les mouvements, la posture… » Elle cherchait une explication rationnelle, une maladie étrange, une réaction chimique, n'importe quoi. Mais l'horreur brute qui se dégageait de ces formes mouvantes défiait toute logique.

Un homme qui avait été témoin de la scène tenta de s'approcher, d'aider la personne tombée. La silhouette titubante se jeta sur lui. Il y eut un cri, rapidement étouffé. Un bruit de déchirement.

La panique éclata. Les rires se muèrent en hurlements de terreur. La foule, une seconde auparavant unie par la fête, se dispersa dans toutes les directions, un chaos de corps se bousculant, cherchant désespérément une issue.

« On doit bouger ! » cria Mateo, sa voix dominée par le tumulte grandissant. Il attrapa la main de Sofia, qui était restée figée, le regard fixé sur l'horreur qui se déroulait.

« Mais qu'est-ce que… qu'est-ce qui se passe ? » demanda Elena, sa voix tremblante.

Javier la serra contre lui. « Je ne sais pas, mais on ne reste pas là pour le découvrir. Mateo, où on va ? »

Mateo regarda autour de lui. La fête, l'insouciance, tout cela avait disparu en un clin d'œil, remplacé par une vision cauchemardesque. Les silhouettes titubantes étaient maintenant plus nombreuses, leurs grognements se mêlant aux cris des fuyards. Elles ne ressemblaient plus à des êtres humains. Elles étaient des prédateurs, animés par une faim insatiable.

« Ma maison ! » lança Mateo. « C'est plus sûr là-bas ! On peut se barricader ! »

« C'est trop loin, » répondit Sofia, sa voix retrouvant une pointe de sa clarté habituelle, malgré la peur qui la traversait. « Et la rue est déjà… » Elle ne termina pas sa phrase, mais la vue de la scène parlait d'elle-même.

Un des assaillants, visiblement une ancienne voisine, tituba vers leur groupe, la bouche ouverte, laissant échapper un filet de bave écarlate. Ses yeux étaient vides, dénués de toute intelligence, remplacés par une lueur sauvage et sanguinaire.

Javier se plaça devant Elena et Mateo, adoptant une posture défensive. « Restez derrière moi. »

Mateo sentit son cœur battre la chamade. L'adrénaline commençait à le submerger, mais avec elle venait une clarté étrange. Ce n'était plus une fête. C'était une urgence. Une survie. Et son rôle, son instinct, c'était de protéger les siens.

« Il y a un bar fermé là, » dit Sofia, pointant du doigt un établissement dont les volets étaient baissés. « On pourrait peut-être s'y réfugier. C'est solide. »

« Bonne idée, La Sabia ! » cria Mateo, son énergie retrouvant une nouvelle direction. « Javier, ouvre la voie ! Elena, reste avec moi ! »

Javier hocha la tête, son regard déterminé. Il se lança vers le bar, ses épaules larges défonçant un obstacle sur son chemin. Mateo attrapa la main d'Elena, ses doigts s'entremêlant aux siens. Elle tremblait, mais sa prise était ferme.

Alors qu'ils couraient, un son nouveau s'ajouta au chaos. Un hurlement prolongé, venant d'un peu plus loin, un son de sirène qui semblait s'éteindre dans un grincement sinistre. Puis, un autre. Et encore un.

L'air lui-même semblait se remplir d'une menace diffuse. La ville qu'ils aimaient, la ville vibrante et colorée, se transformait sous leurs yeux en un cauchemar éveillé. La fête était terminée. Le vrai chaos commençait. Et les Chicos Criosos, pris au dépourvu, venaient de faire leur entrée dans un monde qui n'avait plus rien d'insouciant. La nuit s'annonçait longue, et l'aube, incertaine. L'étincelle de Mateo, la raison de Sofia, la force de Javier, et la sensibilité d'Elena venaient d'être mises à l'épreuve ultime. L'apocalypse avait frappé à leur porte, et elle portait le visage de la mort animée.

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