Chapter 2
Premières Années d'École et Épreuves Familiales
L'auteure décrit son parcours scolaire à Port-au-Prince, naviguant entre différentes écoles. Elle partage les difficultés familiales, notamment la maladie de son père et le chagrin causé par la perte de son jeune frère Gontran.
Les premiers jours de la vie d'Edwige, marqués par des complications médicales, furent vite remplacés par une atmosphère de foi et d'amour familial. Sa mère, Marie Gladys Girault, une infirmière au cœur tendre, et son père, Emmanuel Carl Girault, un artiste aux doigts agiles et à l'âme sensible, veillaient sur elle avec une dévotion sans borne. Les soucis de santé, ces petites ombres fugaces qui avaient effleuré son enfance, furent rapidement dissipés par les prières ferventes de ses parents et par la grâce divine. Les années s'écoulèrent, rythmées par les joies simples et les moments partagés au sein d'une famille unie. Reginald, Emmanuel Junior, Edouard et le tout jeune Gontran, quatre frères qui formaient le décor de ses journées, étaient ses compagnons de jeu les plus précieux. Les soirées à l'église, ces moments de communion et d'élévation spirituelle, étaient des rendez-vous incontournables. C'est lors d'une de ces sorties, alors que la nuit tombait sur Mariani, qu'une lumière étrange, émanant des jardins familiaux, attira leur attention. Un pressentiment trouble, une inquiétude sourde, les envahit, mais le besoin de repos l'emporta.
Le destin, cependant, avait d'autres plans. Au cœur de la nuit, des coups violents résonnèrent à la porte, brisant le calme paisible de leur foyer. La peur s'insinua, mêlée à la préoccupation pour les voisins que leurs parents avaient toujours secourus. Marie Gladys, avec un courage tout maternel, ouvrit la porte. Ce qu'elle découvrit glaça le sang : des "zenglendos", des cambrioleurs à la réputation sinistre, se tenaient devant elle, leurs visages dissimulés par l'obscurité. Edwige n'avait que dix ans, Reginald onze, Carlo neuf, Edouard sept et le petit Gontran, cinq ans. L'année était 1988, une année qui allait marquer à jamais la mémoire de la famille Girault.
La violence éclata sans préavis. La gifle brutale reçue par leur mère fut le prélude à une nuit d'horreur. Les assaillants, animés par une soif de destruction, s'en prirent à leur père, le frappant sans relâche. Puis, le pire arriva. Une détonation retentit, visant la tête de leur mère. Dans un acte de bravoure instinctive, Marie Gladys baissa la tête, échappant à la mort par un souffle. La Providence veilla, éloignant les cambrioleurs avant le lever du soleil, laissant derrière eux une famille meurtrie mais vivante.
Malgré cette épreuve terrifiante, la vie reprit son cours. Edwige grandit à Mariani, entourée de l'amour de sa famille. L'école devint son refuge, un lieu où elle pouvait s'évader des ombres du passé. Le Collège Classique Féminin (CCF) fut le premier chapitre de son parcours éducatif. Après la classe préparatoire, sa mère l'inscrivit à l'école Au Galop pour les deux dernières années du cycle moyen. Puis, ce fut l'école Adventiste de Diquini 63, où elle fit la sixième, deux fois. La persévérance de sa mère, qui refusait qu'elle redouble une troisième fois, l'orienta vers le Lycée Catherine Flon. De la cinquième à la seconde, elle y traça son chemin, un chemin qui fut bientôt semé d'embûches.
La terreur régnait à nouveau à Mariani. Les cambrioleurs, forts de leur méfait passé, avaient mis le nom du père d'Edwige sur leur liste noire. Une rumeur sinistre se répandit dans le quartier : une liste de personnes condamnées à mort par les "zenglendos" circulait. Le nom de leur père y figurait. La peur s'installa, mais, encore une fois, la volonté divine s'imposa. Les cambrioleurs périrent, mais l'angoisse demeura. Edwige, alors en seconde, n'avait que quatorze ans.
Face à cette menace constante, une famille adventiste, les André, leur offrit un refuge. Chaque soir, le foyer des Girault se transformait en un lieu de sécurité temporaire chez les André. Madame André, avec sa générosité naturelle, leur prodiguait chaleur et réconfort, leur offrant des friandises qu'ils payaient parfois à crédit. Pendant deux longues années, cette famille devint leur deuxième foyer. La peur avait transformé leurs nuits, les forçant à quitter leur propre demeure pour trouver la paix ailleurs.
Puis, la maladie frappa à leur porte. Gontran, le plus jeune frère, commença à souffrir de problèmes cardiaques. Le père, quant à lui, manifestait les premiers signes d'Alzheimer. La vie prenait un tournant douloureux. Edwige, alors sous la protection de sa tante Monique, continuait ses études au Lycée Catherine Flon. Gontran, malgré sa fragilité, venait souvent rendre visite à sa mère chez tante Monique. C'est lors d'un de ces séjours, un soir entre six et huit heures, que Gontran fut frappé par une crise cardiaque. Quelques semaines ou mois plus tard, le samedi 14 février 1998, son frère adoré, Gontran, s'envolait pour l'éternité.
Le chagrin submergea Edwige. Les pensées de son petit frère, parti trop tôt, envahissaient sa jeune esprit, rendant toute concentration impossible. Le poids de sa douleur la rendait incapable de réussir en classe. Face à cette situation, sa mère et sa tante Monique prirent une décision sage : lui permettre de redoubler son année à Catherine Flon. Ensuite, tante Monique l'inscrivit au Collège Lucien Hibbert pour qu'elle termine ses études secondaires. Là, elle dut refaire la seconde, la rhétorique et la philosophie.
La vie semblait vouloir la tester sans cesse. Après ses études secondaires, sa mère envoya Carlo chez tante Monique et Edouard chez tante Maye, pour les éloigner des émotions trop vives. Edwige, elle aussi, fut envoyée chez tante Monique, un déchirement pour le petit Gontran qui pleura son départ. Chaque jour, Edwige se rendait au Lycée Catherine Flon pour finir l'année scolaire avant de commencer au Collège Lucien Hibbert. Après l'école, elle retrouvait sa mère, son père, Gontran et la servante Martha, avant de rejoindre tante Monique pour la nuit. Sa mère, infatigable, venait les voir chaque jour, témoignant de l'amour indéfectible qui la liait à ses enfants. Tante Monique, une sœur aimante pour Marie Gladys, était une seconde mère pour les enfants, leur prodiguant soutien financier, affectif et matériel.
Le père d'Edwige succomba à la maladie le 7 août 2003, laissant derrière lui une famille en deuil. Les funérailles furent célébrées le 14 août 2003 à l'Auditorium de la Bible. L'épreuve ne s'arrêta pas là. Un soir, alors que Reginald dormait sur le toit de l'atelier de leur père, il tomba, brisant sa jambe droite. L'instinct maternel de Marie Gladys, réveillé par ses cris, la poussa à agir. Elle courut vers lui, le cœur empli d'une angoisse maternelle. Ce fut un moment de détresse intense, mais la force de cette mère, forgée par l'adversité, ne faiblit jamais. Elle se levait chaque matin pour s'occuper de son mari malade et de Gontran, puis courait à l'hôpital pour veiller sur Reginald, avant de venir les retrouver chez leur tante.
Tante Monique, quant à elle, fut un pilier inébranlable. Son soutien financier, son amour inconditionnel, son temps, son énergie, sa sagesse, son humour et son sens du partage furent des bénédictions inestimables. Elle pourvoyait à tous leurs besoins : nourriture, vêtements, scolarité, tout.
Edwige reprit ses études au Collège Lucien Hibbert. Les années passèrent, ponctuées par des redoublements en rhétorique et en philosophie, dus, selon elle, à des "magouilles" de l'Éducation Nationale. Malgré la peine, la tristesse et la colère, elle persévéra, soutenue par l'encouragement constant de sa mère et de sa tante Monique. Finalement, après deux années supplémentaires, elle réussit avec brio, grâce à Dieu et à leur aide précieuse. Durant sa dernière année de philosophie, elle suivait également des cours de secrétariat à l'école professionnelle de Craan.
C'est à cette période que Bruce Lee fit son entrée dans sa vie. Une relation naquit, empreinte de tendresse et d'affection, appréciée par toute la famille, y compris sa mère et tante Monique. Les rendez-vous secrets, les conversations intimes, tout semblait parfait. Mais une ombre vint bientôt ternir ce tableau idyllique. Un dimanche, lors d'une invitation à l'église, Bruce Lee affirma qu'il venait pour les sœurs Volmar, Elwine et Carmelle, et non pour Edwige. Le cœur d'Edwige se serra. Les doutes s'insinuèrent, pour bientôt laisser place à une amère vérité. Il fréquentait Valodia, sa meilleure amie, et neuf autres filles simultanément.
Petit-Frère, un ami de la famille, lui révéla l'ampleur de la tromperie. Bruce Lee entretenait des relations secrètes avec les sœurs Volmar, cachant à chacune l'existence de l'autre. La douleur fut immense, comparable à un coup de poignard. Edwige, blessée mais déterminée, rédigea une lettre de rupture. En la lui remettant, elle savait qu'elle mettait fin à une relation qui l'avait tant fait souffrir. Bruce Lee, surpris et furieux, réalisa que son jeu était terminé. Après quatre mois de relation tumultueuse, Edwige mit un point final à cette histoire.
La famille de Bruce Lee tenta d'intervenir, mais tante Monique, avec sa sagesse habituelle, refusa de s'immiscer, affirmant qu'Edwige était la seule maîtresse de ses décisions. Edwige, soutenue par sa mère et sa tante, ne regretta jamais ce choix. Elle passa ensuite un an et demi, voire deux ans, loin de toute relation amoureuse.
Deux ans plus tard, le destin lui présenta Mr. Nixon Lafond. Une rencontre fortuite à l'Auditorium de la Bible, où il venait retrouver ses amis. Une amitié naquit, et bientôt, Nixon lui parla de son fils, Othniel. Edwige fut immédiatement charmée par l'idée d'un garçon de onze ans. Le samedi suivant, Nixon le présenta. Ce fut un coup de foudre amical. Othniel, avec sa douceur et sa gentillesse, conquit son cœur. Il devint son "garde du corps", son ami, son petit frère, son confident. Leur lien, forgé en 2002, est resté intact jusqu'à aujourd'hui, une relation précieuse et durable. Nixon, rongé par une jalousie injustifiée, tenta de séparer Othniel d'Edwige, mais leur lien était trop fort.
En 2018, Edwige quitta Haïti pour les États-Unis, le cœur lourd de quitter Othniel, sans savoir quand elle le reverrait. Au pays de l'oncle Sam, elle épousa Wilner Wilson Byas Jr. Une union qui fut cependant assombrie par l'attitude toxique de la famille de son mari. Sa belle-mère, en particulier, se révéla être une femme manipulatrice et malveillante, une "lougarou" selon certaines rumeurs familiales. Les fausses couches répétées d'Edwige ne firent qu'accentuer ses soupçons. La première nuit où sa belle-mère dormit chez eux, Edwige fit un cauchemar terrifiant, une vision troublante qui renforça sa méfiance. La réaction de sa belle-mère, lorsqu'elle demanda d'éteindre la Bible audio, fut la preuve ultime : le rejet de la parole divine confirma ses craintes.
Marie Bayas, une parente venue aider, fut témoin de ces mauvais traitements. Elle fut même mise à la porte par la belle-mère d'Edwige pour avoir pris son parti. Soutenue par son amie Mme Ralph, Edwige se lança dans le processus pour devenir famille d'accueil. Après des mois d'entretiens, de cours et de démarches administratives, elle et Wilner furent enfin prêts à accueillir un enfant.
Le 30 mars 2018, sa mère, Marie Gladys, s'éteignit à l'âge de 75 ans. Les funérailles furent célébrées à l'Auditorium de la Bible. Edwige retourna en Haïti pour les derniers adieux, le cœur brisé mais la foi inébranlable. Elle revint aux États-Unis, emportant avec elle les souvenirs précieux de sa mère, de sa famille et de son pays, prête à affronter les défis à venir, le cœur rempli d'amour et d'espoir.