Chapter 1

Naissance et Souvenirs d'Enfance

La narratrice raconte sa naissance à Port-au-Prince en 1978, ses premières complications de santé et la prière de ses parents. Elle évoque son enfance à Mariani avec ses frères, marquée par des événements forts comme le cambriolage de sa maison.

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Le mardi 30 mai 1978, à 8h30 du matin, à l'hôpital Mathieu de Port-au-Prince, une nouvelle vie a illuminé le monde. Edwige Girault, fruit de l'amour de Marie Gladys Girault, infirmière et secrétaire dans une agence de voyage, et d'Emmanuel Carl Girault, artiste passionné, voyait le jour. Ses parents, trésors inestimables et premiers confidents, résidaient à Mariani, un quartier qui allait bientôt devenir le théâtre de ses plus précieux souvenirs. Mais la joie des premiers instants fut teintée d'inquiétude. Edwige, encore bébé, traversait des complications de santé, souffrant d'allergies médicamenteuses dont le nom restait mystérieux.

Un jour, sa chère maman, l'œil vif et le cœur plein d'amour, remarqua du sang dans les langes de sa petite. L'innocence de l'âge ne laissait aucune place à une explication naturelle. Une inquiétude profonde s'empara du foyer. Ses parents, hommes et femmes de prière, décidèrent de joindre leurs forces à celles de Dieu. Après plusieurs consultations médicales restées sans réponse, c'est dans la foi qu'ils trouvèrent la voie. Dieu, dans sa grande miséricorde, révéla à sa mère la cause de ces pertes de sang. Les médicaments furent aussitôt arrêtés, et le soulagement vint lorsque les saignements cessèrent. La mère, avec la détermination forgée par l'amour, retourna chez le médecin pour expliquer sa décision, affirmant que sa fille était allergique à ces traitements.

La vie à Mariani s'organisait autour de la foi et de la famille. Edwige grandissait aux côtés de ses quatre frères : Reginald, Emmanuel Carl Junior, Edouard, et le plus jeune, Gontran, parti trop tôt le 14 février 1998. Les soirées étaient souvent rythmées par les réunions familiales à l'église, des croisades, des semaines de prières qui renforçaient les liens qui les unissaient. C'est au sortir d'une de ces veillées, vers 20h, en passant près des jardins familiaux, que la lumière étrange attira leur attention. Un faisceau lumineux perçait la nuit, un signe discret qui, malgré leur prudence, ne pouvait effacer l'impression laissée.

Au cœur de la nuit, des coups frappèrent à la porte. L'inquiétude monta. Étaient-ce des voisins venus chercher de l'aide, comme leurs parents en avaient l'habitude ? La mère s'avança pour ouvrir, sans se douter de l'horreur qui l'attendait. Des "zenglendos", ces criminels qui semaient la terreur, firent irruption dans leur foyer. Edwige n'avait que 10 ans, Reginald 11, Carlo 9, Edouard 7 et Gontran 5. C'était en 1988. La porte s'ouvrit sur la violence. La mère reçut une gifle cinglante, un prélude brutal à l'agression. Les cambrioleurs, animés par une intention homicide, s'en prirent à son père, le frappant violemment à la tête. Ils tentèrent d'ôter la vie à sa mère, un coup de feu visant sa tête. Mais Dieu, dans sa bienveillance, permit à sa mère de baisser la tête au dernier moment, déjouant le tir fatal. L'aube ne s'était pas encore levée que, miraculeusement, les cambrioleurs furent mis en fuite, laissant derrière eux une famille traumatisée mais vivante. La grâce divine avait veillé sur eux.

Malgré cette nuit d'horreur, l'enfance à Mariani resta empreinte de bonheur. Les journées d'Edwige étaient partagées entre l'école et la vie de famille. Elle fréquenta le Collège Classique Féminin (CCF), puis l'école Au Galop pour ses dernières années de primaire. Son parcours scolaire continua à l'école Adventiste de Diquini 63, où elle refit la sixième. Sa mère, soucieuse de son avenir, l'inscrivit ensuite au Collège Catherine Flon pour ses études secondaires. De la cinquième à la seconde, Edwige progressait, mais la terreur régnait toujours à Mariani, et les événements de cette nuit tragique restaient gravés dans sa mémoire.

Les années passèrent, le collège Catherine Flon devint son lieu d'apprentissage. Mais les menaces persistaient. Un jour, au retour de l'école, la nouvelle glaçante se répandit dans le quartier : les cambrioleurs prévoyaient de revenir, et le nom de son père figurait sur leur liste de victimes. La volonté de Dieu, cependant, en avait décidé autrement. La mère reçut une information cruciale : une liste de personnes ciblées par les cambrioleurs avait été retrouvée, et le nom de son père y figurait. Par la grâce divine, ces criminels furent éliminés avant de pouvoir agir.

À l'âge de 14 ans, alors qu'Edwige était en seconde, la peur s'invita de nouveau dans leur quotidien. Une famille adventiste, les André, ouvrit ses portes et son cœur. Chaque soir, la famille Girault devait quitter sa demeure pour trouver refuge chez eux. Madame André, d'une générosité exemplaire, leur offrait le dîner, tenant une petite échoppe de confiseries, leur permettant parfois d'acheter à crédit, réglant leurs dettes plus tard. Ils vécurent ainsi chez cette famille bienveillante pendant deux ans, une période de transition empreinte de gratitude et de solidarité. Sœur Marie André, comme on l'appelait affectueusement, devint une figure protectrice, partageant son foyer avec son mari et ses nièces, Marie Andrée, Simone et Bertha Berlus.

Pendant ce temps, Edwige poursuivait ses études, déménageant chez sa tante Monique pour la sécurité de tous. Les difficultés s'accumulaient ; le terrorisme régnait à Mariani, et le petit Gontran et leur père tombaient malades. Gontran luttait contre des problèmes cardiaques, tandis que leur père sombrait dans les premiers stades de la maladie d'Alzheimer. Chez sa tante Monique, Edwige continuait d'aller au collège Catherine Flon. Gontran, malgré sa fragilité, venait parfois rendre visite à sa mère et à sa tante.

Le 14 février 1998, un samedi noir, Gontran, son frère adoré, s'éteignit. Une crise cardiaque emporta son jeune frère, quelques semaines ou mois après une première alerte chez tante Monique. Le chagrin submergea Edwige, rendant la concentration en classe impossible. Les pensées de son petit frère, parti trop tôt, l'envahissaient constamment. Sa mère et sa tante, voyant son désarroi, lui permirent de refaire son année à Catherine Flon. Par la suite, tante Monique l'inscrivit au Collège Lucien Hibbert pour qu'elle puisse terminer ses études secondaires. Là, Edwige refit la seconde, la rhétorique et la philosophie.

La vie continuait, jalonnée de défis. Carlo et Edouard furent placés chez d'autres tantes, Maye et Monique, pour alléger le fardeau familial. Edwige, quant à elle, fut envoyée chez tante Monique, une décision prise pour la protéger des émotions nouvelles. Le départ d'Edwige attrista profondément le jeune Gontran, qui pleura son absence. Chaque jour, Edwige se rendait au collège Catherine Flon pour finir l'année scolaire avant de rejoindre le Collège Lucien Hibbert. Après les cours, elle rentrait chez sa mère, retrouvait son père, Gontran et Martha, la servante, avant de repartir chez tante Monique pour la nuit. Sa mère, infatigable, venait les voir chaque jour, témoignant de son amour indéfectible. Tante Monique, sœur de cœur de sa mère, devint une seconde mère pour les enfants, les soutenant financièrement, affectivement, leur consacrant son temps, son énergie, son cœur généreux, sa sagesse et son humour. Elle pourvoyait à tous leurs besoins : nourriture, vêtements, scolarité.

Le père d'Edwige tomba gravement malade et ne se remit jamais complètement. Sa mère se dévoua à ses soins jusqu'à son décès le 7 août 2003, ses funérailles ayant lieu le 14 août à l'Auditorium de la Bible. La vie continuait de frapper. Reginald, le frère aîné, tomba du toit de l'atelier de leur père en pleine nuit. Sa mère, alertée par ses cris, sut immédiatement qu'il était en danger. Au petit matin, Reginald fut transporté à l'hôpital, sa jambe droite fracturée. La mère d'Edwige, une femme d'une force remarquable, endura d'innombrables épreuves avec un courage exemplaire. Chaque jour, elle se levait tôt pour s'occuper de son mari malade et de Gontran, puis se rendait à l'hôpital pour veiller sur Reginald. Ensuite, elle parcourait la route pour venir les voir chez leur tante. Ce fut une période éprouvante, mais son amour pour ses enfants lui insufflait une force renouvelée.

Au collège Lucien Hibbert, situé à quelques minutes de chez elle, Edwige poursuivit ses études. Malgré ses efforts, elle dut repasser la rhétorique et la philosophie deux fois. Les magouilles du système éducatif avaient conduit à la perte de ses notes, la forçant à revivre ces années avec une profonde tristesse et une colère sourde. Tante Monique, avec une patience infinie, paya ses frais de scolarité à deux reprises, l'encourageant à persévérer. Finalement, après ces deux années supplémentaires, Edwige réussit brillamment ces deux matières, grâce à Dieu et au soutien inébranlable de sa tante et de sa mère.

Pendant qu'elle refaisait la classe de philosophie, Edwige suivit également des cours de secrétariat à l'école professionnelle de Craan, située non loin de chez elle. Les examens de philosophie réussis, elle se tourna vers une nouvelle étape de sa vie. C'est à cette période que Bruce Lee fit son entrée dans sa vie. Leur relation naissante fut accueillie avec joie par sa mère, sa tante Monique, ses frères et l'ensemble de sa famille et de ses amis. Bruce Lee venait la chercher à Craan, et leur relation semblait idyllique.

Cependant, des doutes commencèrent à poindre. Ses invitations à la dévotion du dimanche matin étaient souvent déclinées. Un jour, il finit par se présenter, mais ses mots la laissèrent de marbre : "Je ne suis pas venu pour toi, je suis venu pour Elwine Volmar et Carmelle Volmar." La déception fut immense. Peu après, elle découvrit l'étendue de sa trahison : Bruce Lee entretenait des relations avec sa meilleure amie, Valodia, et neuf autres filles.

Petit-Frère, un ami de la famille et de ses frères, lui révéla la vérité. Bruce Lee courtisait les sœurs Volmar en secret, sans qu'elles ne sachent qu'elles partageaient le même petit ami. Un jour, alors qu'elle était chez tante Monique, Petit-Frère lui demanda quelle était sa relation avec Bruce Lee. En apprenant qu'il était son petit ami, il lui révéla la tromperie. Le choc fut terrible, comme un poignard planté en plein cœur.

Après mûre réflexion, Edwige rédigea une lettre de rupture. Elle la remit à Bruce Lee, lui demandant de la lire chez lui. La lettre eut un impact dévastateur. Il était furieux, attristé, persuadé qu'elle était naïve et ne

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