Chapter 3

La Terreur à Mariani et le Soutien Inattendu

La vie à Mariani devient précaire à cause de la terreur ambiante. La famille doit se réfugier chez des amis, les André, qui leur offrent aide et nourriture, créant un lien de solidarité dans les moments difficiles.

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La terreur s'était abattue sur Mariani, transformant les rues familières en parcours d'obstacles semés d'embûches. Les cambrioleurs, ces "zenglendos" dont le nom seul suffisait à glacer le sang, avaient fait de leur village un théâtre de désolation. Edwige, encore enfant, avait vu son innocence brisée par cette violence rampante. Ce soir-là, la lumière dans le jardin des parents avait été le présage d'une nuit infernale. L'âge de dix ans avait marqué Edwige, une décennie où la peur avait pris ses quartiers dans son cœur. Reginald, son frère aîné, onze ans, Carlo, neuf ans, Edouard, sept ans, et le petit Gontran, cinq ans, tous avaient partagé cette terreur. C'était en 1988, une année gravée à jamais dans la mémoire de la famille Girault.

La porte s'ouvrit, révélant des silhouettes menaçantes. La gifle reçue par leur mère fut le premier coup porté à leur vulnérabilité. Les "zenglendos" étaient entrés avec une seule intention : voler, agresser, tuer. La prière, ce refuge immuable, avait une fois de plus intercédé. Le coup de feu destiné à leur mère avait été dévié par un geste instinctif, un abaissement de tête qui avait sauvé sa vie. La grâce divine avait chassé les assaillants avant le lever du soleil, laissant derrière elle une famille meurtrie mais vivante.

Malgré ces épreuves, l'enfance à Mariani avait conservé des éclats de joie. L'école, un havre de paix et d'apprentissage, avait été le théâtre de ses premières années de formation. Le Collège Classique Féminin, puis l'école Au Galop pour les classes de Moyen 1 et Moyen 2, avaient marqué son parcours scolaire. L'école Adventiste de Diquini 63 avait ensuite accueilli Edwige, où elle avait redoublé la sixième. Sa mère, soucieuse de son avenir, avait finalement choisi le Collège Catherine Flon pour ses études secondaires, y parcourant de la cinquième à la seconde.

Mais la terreur avait une fois de plus frappé à leur porte. Les rumeurs circulaient, alimentant la peur : les cambrioleurs reviendraient, une liste noire désignant les prochaines victimes, le nom de leur père figurant en tête. La volonté divine, cependant, avait déjoué leurs plans macabres. La nouvelle du décès des cambrioleurs avait apporté un soulagement mêlé d'effroi. À quatorze ans, en classe de seconde, Edwige vivait dans l'ombre constante de la menace.

C'est dans ce climat d'insécurité que la famille André, une famille adventiste, avait ouvert les portes de leur foyer. Monsieur et Madame André devinrent leur refuge, leur offrant chaque soir un toit et un repas chaud. Madame André, vendeuse de friandises, avait fait preuve d'une générosité sans bornes, acceptant les paiements à crédit, témoignant d'une solidarité qui réchauffait les cœurs. Pendant deux ans, cette famille dévouée devint leur seconde maison. Ce fut chez Sœur Marie André, qui vivait avec son mari et ses nièces, Marie Andrée, Simone et Bertha Berlus, qu'ils trouvèrent un abri plus stable.

La vie à Mariani était devenue une lutte constante, une danse sur un fil tendu. Le père d'Edwige, atteint d'un début d'Alzheimer, et Gontran, son plus jeune frère, souffrant de problèmes cardiaques, ajoutaient à la fragilité de la situation. Pendant que Gontran était en vie et venait passer quelques jours chez Tante Monique, il fut victime d'une crise cardiaque. Les semaines ou mois qui suivirent furent marqués par cette tragédie, jusqu'à ce fatidique samedi 14 février 1998. Gontran, leur frère adoré, s'en était allé pour l'éternité. La douleur de cette perte était si profonde qu'elle empêchait Edwige de se concentrer en classe. La seconde au Collège Catherine Flon, déjà entachée par la peur, devint un lieu de tourment.

Tante Monique, avec sa sagesse et son amour, prit les rênes de leur éducation. Edwige fut inscrite au Collège Lucien Hibbert pour terminer ses études secondaires. La seconde, la rhétorique, la philosophie, autant de matières à surmonter. La terreur régnait toujours à Mariani, et les maladies affligeaient ses proches. Gontran était décédé, et son père luttait contre Alzheimer. La maison familiale était devenue le théâtre de la maladie et du deuil.

Chez Tante Monique, Edwige retrouva un semblant de normalité, mais le poids de la perte ne la quittait guère. Chaque jour, elle se rendait à l'école de Catherine Flon, puis au Collège Lucien Hibbert. Les visites quotidiennes chez sa mère, son père, Gontran et la servante Martha étaient des bouffées d'air frais, des moments précieux avant de retrouver le soir le foyer de Tante Monique. Sa mère, infatigable, venait les retrouver, témoignant d'un amour maternel inébranlable. Tante Monique, sœur de sa mère, était devenue une seconde mère, une figure de soutien inestimable, pourvoyant à tous leurs besoins : nourriture, vêtements, scolarité.

Le Collège Lucien Hibbert se trouvait à quelques minutes de chez elle, un trajet que le passage près du Collège Immaculée de Marie ou de Tifour rendait plus court. Les études secondaires furent une longue traversée du désert, avec des redoublements en rhétorique et philosophie. Les magouilles de l'Éducation Nationale avaient coûté cher à Edwige et à Tante Monique. Les notes prises pour d'autres élèves avaient forcé Edwige à refaire ces classes, une épreuve semée de peine, de tristesse et de colère. Mais le soutien indéfectible de sa tante et de sa mère lui donna la force de persévérer. Après deux années d'efforts acharnés, elle réussit enfin, avec d'excellentes notes, grâce à Dieu et à l'aide précieuse de sa tante et de sa mère.

Pendant qu'elle reprenait la classe de philosophie, Edwige suivait également des cours de secrétariat à l'école professionnelle de Craan. La philosophie en poche, elle passa ses examens avec succès, encore une fois grâce à sa famille. C'est à cette période que Bruce Lee fit son entrée dans sa vie. La relation, au début idyllique, prit un tournant sombre. Les mensonges, les trahisons, les multiples infidélités dévoilées par un ami sûr, Petit-Frère, brisèrent le cœur d'Edwige. La douleur fut comparable à un coup de poignard. La force de caractère, cependant, lui permit de rédiger une lettre de rupture, un adieu définitif après quatre mois d'une relation qui n'aurait jamais dû voir le jour.

La famille de Bruce Lee tenta de recoller les morceaux, mais Tante Monique, avec sa fermeté habituelle, déclara qu'Edwige était libre de ses choix. La rupture fut consommée, laissant Edwige seule pendant près de deux ans.

La vie, cependant, a cette faculté de surprendre. Deux ans plus tard, Nixon Lafond fit son apparition. Une rencontre fortuite à l'Auditorium de la Bible où il venait voir ses amis. Une amitié naquit, suivie d'une curiosité. Nixon lui parla de son fils, Othniel, un garçon de onze ans. L'idée de rencontrer cet enfant naquit dans le cœur d'Edwige. Le samedi suivant, Nixon vint avec Othniel. Ce fut un coup de foudre amical. Othniel devint son trésor, son garde du corps, son ami, son petit frère, son confident. Le lien qui les unissait, scellé en 2002, perdure encore aujourd'hui. Malgré les jalousies infondées de Nixon, Othniel et Edwige restèrent connectés, un lien indestructible forgé par l'amour et le respect mutuel.

Le départ d'Edwige pour les États-Unis fut un déchirement. Laisser Othniel, qui avait grandi et avait maintenant vingt ans, fut une épreuve. Mais le lien était trop fort pour être brisé. Les années passèrent, et leur connexion demeura, une bénédiction divine, un trésor inestimable. Edwige prêta une attention particulière à Othniel, conscient de sa douleur, de son enfance bouleversée par son père, et de l'absence de sa mère. Cet amour inconditionnel provoqua des scènes de jalousie ridicules de la part de Nixon, tentatives vaines de briser leur lien. Finalement, en octobre 2018, Nixon coupa les ponts, incapable de comprendre la profondeur de leur relation.

Arrivée aux États-Unis, Edwige épousa Wilner Wilson Byas Jr. Une union bénie par la présence de cousins bienveillants et d'une tante aimante. Cependant, la famille de Wilner, à l'exception de quelques membres, se révéla être un nid de serpents venimeux. La belle-mère d'Edwige, en particulier, une femme étrange, dont les actions laissaient planer le doute sur sa nature. Trois fausses couches marquèrent cette période, des drames dont la belle-mère semblait connaître les tenants et aboutissants. Les cauchemars d'Edwige, les rejets de la Parole de Dieu par sa belle-mère, tout concourait à alimenter la suspicion. La présence constante de la belle-mère dans leur chambre devenait un véritable tourment.

Les épreuves s'accumulaient, mais la foi d'Edwige ne faiblissait pas. L'idée de devenir famille d'accueil germa dans son esprit. Après des démarches administratives, des formations intensives, Edwige et Wilner furent prêts à accueillir un enfant. L'attente fut longue, mais la promesse divine ne tarda pas à se réaliser.

Pendant ce temps, en Haïti, sa mère s'éteignait paisiblement à l'âge de 75 ans. Le vendredi 30 mars 2018 marqua la fin d'une vie de courage et d'amour. Les funérailles, célébrées à l'Auditorium de la Bible, furent un hommage vibrant à cette femme d'exception. Edwige retourna en Haïti pour les adieux, portant en elle le poids du deuil et la force des souvenirs. Le retour aux États-Unis fut empreint de tristesse, mais aussi de la certitude que l'amour de sa mère continuerait de la guider. Le chemin de la vie, semé d'embûches et de joies, continuait de se dérouler, portant Edwige vers de nouveaux horizons, forte de ses expériences et de sa foi inébranlable.

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