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Chapter 3

Premiers Actes de Rébellion

Investie du rôle de Rose, elle refuse de laisser sa tante s'emparer de l'héritage. Face aux harcèlements, elle riposte avec force, surprenant sa tante et Jeanne par sa transformation. La faiblesse a laissé place à une détermination farouche.

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Le soleil filtrait à travers les rideaux, projetant des raies dorées sur le parquet ancien de la maison. Rose, ou plutôt celle qui avait pris sa place, sentait le poids de la réalité de ce nouveau monde peser sur ses épaules. Le roman, ce cadeau de bienvenue de Madame Yando, n'était plus une simple histoire ; c'était devenu sa propre vie. La colère qui l'avait propulsée ici grondait encore en elle, alimentée par l'injustice criante des événements décrits dans les pages. L'héroïne originale, une jeune fille portant son nom, avait enduré tant de souffrances, tant de maltraitances, pour finir par une fin tragique. Rose refusait cette issue. Elle avait juré de changer le cours de cette histoire, de faire payer les bourreaux et de rendre justice à celle dont elle portait désormais le nom et le destin.

Elle se leva, le corps encore endolori par le choc de son transfert, mais l'esprit vif et déterminé. La première épreuve se présenta rapidement. La veille encore, elle avait entendu les bruits de pas lourds de sa tante et les rires stridents de Jeanne, leurs voix résonnant comme des augures de malheur. Elles convoitaient la maison, ce refuge bâti de mains d'ouvrières par la mère de Rose. Mais Rose, armée de sa connaissance du futur et d'une force qu'elle ne se connaissait pas, ne se laisserait pas faire.

Elle descendit au salon, où sa tante l'attendait, un sourire carnassier aux lèvres. Jeanne, sa cousine aux yeux pleins de venin, se tenait à ses côtés, le regard teinté d'une jalousie bien connue.

« Te voilà enfin, petite chose, » commença la tante, sa voix traînante comme une corde usée. « Nous avons besoin de te parler de certaines choses. Des choses importantes. »

Rose les regarda, le cœur battant la chamade, non pas de peur, mais d'une fureur froide qui montait en elle. Elle se souvint des mots de l'héroïne originale, de sa faiblesse, de sa résignation. Jamais plus.

« Je suis là, tante, » répondit Rose, sa voix étonnamment ferme. « Et je suis prête à écouter. Mais sachez que je ne suis plus la même. »

La tante la dévisagea, un pli de perplexité se formant entre ses sourcils. Jeanne ricana. « Tu te prends pour qui, Rose ? Pour une héroïne de roman ? Tu es toujours aussi pathétique. »

Au mot « pathétique », quelque chose se brisa en Rose. Elle fit un pas en avant, sa posture se redressant, ses poings se serrant. « Pathétique ? C'est vous qui êtes pathétiques, vous qui vivez dans la haine et la cupidité. »

Elle s'avança vers sa tante, son regard fixé sur celui de la vieille femme. Sans un mot, elle leva son pied et le posa fermement sur le pied de sa tante. Un cri de douleur étranglé échappa à la femme, qui chancela.

« Aïe ! Espèce d'idiote ! » hurla-t-elle, tentant de se dégager.

Mais Rose ne s'arrêta pas là. Jeanne, voyant sa mère en difficulté, s'élança vers Rose, les mains tendues, prête à la frapper. D'un mouvement rapide et inattendu, Rose pivota et asséna une gifle retentissante à sa cousine. Le son claqua dans le silence soudain de la pièce.

Jeanne recula, la main sur sa joue rouge, les yeux écarquillés par la stupeur. La tante, se tenant le pied douloureux, regardait sa nièce avec une incrédulité mêlée de terreur. La Rose qu'elles connaissaient, celle qui tremblait au moindre regard sévère, celle qui pleurait sous leurs coups, avait disparu. Dans ses yeux, il y avait une lueur nouvelle, une détermination farouche, une force inébranlable. Elles avaient vu un fantôme, mais ce fantôme avait décidé de se battre.

« Vous voyez, » dit Rose, sa voix résonnant d'une autorité nouvelle, « je ne suis plus la même. Et vous feriez mieux de vous en souvenir. »

Les deux femmes restèrent figées, sidérées par cette métamorphose. L'air était chargé d'une tension palpable. Rose se retourna et quitta la pièce, laissant derrière elle le choc et la consternation. Elle savait que ce n'était que le début. La résistance serait féroce, mais elle était prête.

Plus tard dans la journée, alors que le soleil commençait à décliner, Rose sentit une inquiétude monter en elle. Elle se souvenait des paroles du roman : la tante avait tenté d'empoisonner Rose. Elle devait être prudente. Elle avait imaginé un stratagème, inspiré par les technologies de son monde d'origine. Dans sa chambre, elle avait placé un petit miroir, finement ouvragé, sur une étagère, orienté de manière à capturer le moindre mouvement dans la pièce où elles prenaient leurs repas.

Le dîner fut servi par une servante silencieuse, ses yeux baissés, manifestement effrayée par l'atmosphère tendue. La tante et Jeanne s'assirent, leurs regards lancés à Rose avec une hostilité contenue. Les bols de soupe furent posés devant chacune d'elles. Rose observa attentivement. La tante, d'un geste furtif, versa une poudre fine dans son propre bol, puis dans celui de Rose. Un sourire satisfait se dessina sur ses lèvres.

Rose attendit que sa tante soit distraite par un commentaire de Jeanne sur la nouvelle coiffure de sa fille. D'un mouvement rapide, sous la table, Rose échangea les bols, plaçant celui de sa tante devant elle et le sien devant Jeanne.

« Le repas est excellent, tante, » dit Rose, un sourire innocent aux lèvres. « J'espère que vous appréciez. »

La tante la regarda, un soupçon de méfiance dans les yeux. « Bien sûr, ma chère. C'est le meilleur que j'aie jamais mangé. » Elle porta le bol à ses lèvres et commença à boire.

Peu à peu, ses traits se crispèrent. Une toux rauque secoua son corps. Ses yeux sortirent de leurs orbites, sa peau devint livide. Elle laissa tomber le bol, qui se brisa sur le sol, le liquide ambré se répandant. Elle s'affaissa sur sa chaise, le corps convulsionnant.

Jeanne, d'abord figée par la surprise, hurla : « Mère ! » Elle se précipita vers elle, la secouant. « Mère, réveille-toi ! »

Mais il était trop tard. La tante ne répondait plus. La mort avait frappé, et elle avait frappé la mauvaise personne. La poison, destiné à Rose, avait été ingéré par celle qui l'avait préparé.

Jeanne, le visage décomposé par la panique et la rage, se tourna vers Rose. « C'est toi ! C'est toi qui as empoisonné ma mère ! » Ses yeux brillaient de larmes et de haine. Elle se leva d'un bond, renversant la table dans un accès de fureur.

Rose la regarda calmement, le cœur secoué par le drame, mais aussi par une certaine satisfaction macabre. « Je n'ai rien à voir avec la mort de ta mère, Jeanne. C'est elle qui a voulu m'empoisonner. Elle a pris le mauvais bol par erreur. » Elle fit une pause, son regard se durcissant. « Mais je lui souhaite bonne chance au royaume des enfers. Qu'elle y souffre le martyre et qu'elle paie pour ses actes tordus. C'est le karma. »

Jeanne recula, horrifiée par les paroles de Rose, mais aussi par la froideur de son regard. Elle se promit une vengeance terrible. « Rose Dubois, je te le ferai payer ! Je vengerai ma mère ! »

Rose laissa Jeanne dans sa détresse, se retirant dans sa chambre. Elle s'assit sur le lit, le cœur battant encore. Elle sortit la petite figurine en bois qu'elle gardait précieusement. Elle ressemblait à un arbre généalogique, chaque branche représentant un membre de la famille. Elle avait été le seul lien de la Rose originale avec son passé.

« Je viens à peine d'arriver dans ce monde, » murmura Rose, sa voix emplie d'une nouvelle résolution. « Et la propriétaire d'origine se faisait maltraiter. À partir de maintenant, je vais changer cela. Premièrement, ma chère tante, tu m'as fait du mal. Maintenant, tu en paieras pour tout le mal et les torts que tu as causés à des innocents. » Elle marqua une pause, le regard fixé sur la figurine. « Deuxièmement, ma chère cousine, c'est ton tour. »

Le lendemain matin, Jeanne prépara ses affaires à la hâte. Son visage était marqué par la colère et le désespoir. Elle se tenait sur le seuil de la porte, le regard fixé sur Rose.

« Ce n'est pas fini, » cracha-t-elle. « Je ne veux pas rester une minute de plus dans cette maison. Mais je te le ferai payer. » Elle claqua la porte derrière elle et disparut dans la brume matinale.

Rose la regarda partir, un léger sourire aux lèvres. Elle savait que Jeanne ne s'arrêterait pas là. Elle avait lu le roman. Elle savait que Jeanne avait des dettes de jeu considérables et qu'elle était prête à tout pour les rembourser. Rose avait un plan.

Elle se rendit discrètement dans la ville, cherchant le quartier mal famé où Jeanne avait ses habitudes. Elle savait que le patron du club clandestin cherchait Jeanne partout. Il avait des raisons légitimes : elle lui devait beaucoup d'argent. Rose trouva le lieu, une bâtisse sombre et bruyante, emplie de fumée et de murmures. Elle demanda à parler au patron.

L'homme, un individu imposant au visage marqué, la reçut dans son bureau sombre. Rose, sans perdre de temps, exposa sa proposition.

« J'ai un plan pour vous aider à vous venger, » dit-elle, sa voix ferme. « Nous avons un ennemi commun. Sa mère et elle ont tué mes parents. Je veux le rendre justice. Je n'ai pas de preuves, mais vous, au moment du meurtre, vous étiez là, caché. Je veux que vous me donniez des preuves. Et d'autres preuves de ses dettes. Je veux la ruiner totalement. »

Le patron la regarda, un sourire carnassier se dessinant sur ses lèvres. « Je suis d'accord. Mais à une condition. » Il se pencha en avant, son regard intense. « Tu me la donnes en mariage. Si elle refuse, je la prendrai moi-même. »

Rose fut surprise par cette requête inattendue. « Pourquoi voulez-vous l'épouser ? Elle s'est servie de vous, et vous voulez encore d'elle ? Mais cela ne me regarde pas. Je vais lui demander. Si elle refuse, ne m'impliquez pas là-dedans. Au moins, j'aurai essayé de lui parler. »

Le patron hocha la tête, son sourire s'élargissant. « D'accord. Mais ce que je ferai d'elle, ça ne te regarde pas. »

Rose quitta le club, le cœur léger d'avoir conclu cet accord. Sur le chemin du retour, elle croisa un homme blessé, gisant au sol. Une vision familière lui traversa l'esprit. Elle se souvint du roman. Cet homme était le prince héritier, traqué par des hommes armés envoyés par son oncle meurtrier. Dans l'histoire, Jeanne avait trouvé le prince blessé, s'était fait passer pour l'héroïne qui l'avait sauvé, et avait ainsi gagné sa main.

« Non, » murmura Rose, « pas cette fois. »

Elle se précipita vers le prince, le reconnaissant désormais clairement. Elle se rappela qu'elle avait un rôle à jouer, un rôle que Jeanne avait volé. Elle s'approcha du prince, le regardant avec une compassion sincère.

« Ne bougez pas, Votre Altesse, » dit-elle doucement. « Je vais vous aider. »

Elle sortit de sa poche une petite pochette en lin, qu'elle utilisa pour essuyer le sang qui coulait du front du prince. Elle lui donna ensuite la pochette.

« Tenez, » dit-elle. « Gardez-la. Pour que vous ne m'oubliiez pas. »

Le prince, affaibli mais lucide, la regarda avec gratitude. « Merci… » murmura-t-il.

Rose s'éloigna, laissant le prince aux soins de ses serviteurs qui arrivaient. Elle savait que le cours de l'histoire venait de prendre un tournant décisif. Le destin du prince, et le sien, étaient désormais liés par ce geste de compassion. Elle avait planté la graine du doute dans l'esprit du prince, et elle savait que le temps révélerait la vérité. Les cinq années qui suivraient seraient cruciales, et Rose était prête à attendre, prête à agir, prête à se battre pour que justice soit rendue.

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