Chapter 2
Un Regard Qui Déconcerte
En croisant Aurore, Arthur est submergé par sa beauté. Sa phrase préparée s'envole, le laissant penaud et confus devant la princesse.
Le Prince Arthur, le cœur battant la chamade dans sa poitrine comme un oiseau effrayé, s'avançait dans le grand salon. Il avait passé la matinée entière à répéter sa phrase, celle qui devait capturer l'essence même de ses sentiments pour la Princesse Aurore. Le Miroir Enchanté, accroché au mur, lui avait renvoyé un reflet parfait : un jeune homme beau, assuré, prêt à conquérir le cœur de la plus belle des princesses. Mais le Miroir, dans sa sagesse millénaire, avait aussi vu la lueur d'inquiétude dans les yeux du prince, le léger tremblement de ses mains.
Et puis, il l'a vue. Aurore. Elle se tenait près de la fenêtre, baignée par les rayons dorés du soleil, une vision d'une grâce inimitable. Ses cheveux, semblables à des fils d'or filé, encadraient un visage d'une douceur angélique, et ses yeux, d'un bleu profond comme un lac de montagne, semblaient contenir toute la sagesse du monde. Arthur s'arrêta net. Le monde autour de lui s'estompa, ne laissant que cette vision éblouissante. La phrase, si soigneusement répétée, si parfaitement ciselée, s'envola de son esprit comme une bulle de savon éclate.
Il s'approcha, un sourire maladroit aux lèvres, le visage légèrement rougi. Aurore leva les yeux, un léger étonnement dans le regard. Elle avait entendu parler de ce prince, de son charme indéniable, mais aussi de sa tendance à… disons, à perdre le fil.
« Bonjour, Princesse Aurore, » commença Arthur, sa voix un peu plus aiguë que d'habitude. Il chercha désespérément dans les recoins de sa mémoire la suite. Rien. Le vide. Un léger frisson parcourut son échine. Il se sentait soudain aussi nu qu'un ver de terre sous la pluie.
Aurore inclina la tête, un léger sourire aux lèvres. « Bonjour, Prince Arthur. Vous semblez… un peu distrait aujourd'hui. »
« Distrait ? Moi ? Non, pas du tout ! » s'exclama Arthur, un peu trop fort. Il se reprit aussitôt, essayant de retrouver un semblant de dignité. « C'est juste que… que vous êtes très belle, aujourd'hui. Plus belle que… que le soleil. » Il se maudit intérieurement. Le soleil ? Vraiment ? C'était à peine mieux que rien.
Il sentit le regard d'Aurore se faire plus scrutateur, une pointe d'amusement dans ses yeux bleus. Elle ne semblait ni agacée, ni offensée, juste… curieuse. C'était une bonne chose, pensa Arthur. Une très bonne chose.
« Le soleil, dites-vous ? » répéta Aurore, sa voix empreinte d'une douceur taquine. « C'est un compliment fort… lumineux. »
Arthur baissa les yeux, ses joues s'empourprant davantage. Il pouvait sentir le regard du Miroir Enchanté sur lui, et il était presque certain d'entendre un léger murmure moqueur. « Je… j'avais préparé quelque chose de… de plus élaboré, » avoua-t-il enfin, sa voix redevenant un murmure presque inaudible. « Une phrase… une phrase qui aurait dû expliquer… tout. Mais elle a disparu. Volé. Comme par magie. »
Il leva les yeux vers Aurore, une sincérité désarmante dans son regard. Il ne cherchait plus à impressionner, seulement à se faire comprendre. « Je suis désolé, Princesse. Je suis un peu… un peu comme ça. J'oublie les choses importantes si elles ne sont pas gravées dans mon cœur. Et parfois, même là, elles peuvent s'effacer. »
Il s'attendait à de la moquerie, à de l'indifférence. Mais Aurore ne fit rien de tout cela. Elle s'approcha de lui, un pas léger, et s'arrêta à une distance respectueuse. Son regard était doux, compréhensif.
« Les choses importantes, dites-vous ? » murmura-t-elle. « Et qu'est-ce qui est important pour vous, Prince Arthur ? »
Arthur la regarda, le cœur battant toujours la chamade, mais d'une manière différente maintenant. Plus douce, plus profonde. Il ne pensait plus à la phrase, aux compliments qu'il avait préparés. Il pensait à elle, à la façon dont elle le regardait, à la façon dont elle semblait comprendre sa maladresse.
« Ce qui est important pour moi, Princesse Aurore, » dit-il, sa voix retrouvant une certaine assurance, une assurance nouvelle, née de la vulnérabilité, « c'est… c'est de vous connaître. Vraiment. J'ai l'impression que vous êtes… différente. Que vous avez une lumière qui m'attire. Et même si je ne sais pas formuler cela avec des mots parfaits, ce que je ressens, c'est que j'aimerais beaucoup mieux vous connaître. Car vous me plaisez, vraiment. »
Il s'attendait à tout, sauf à ce qui se produisit ensuite. Aurore sourit. Un vrai sourire, lumineux, qui fit danser des étincelles dans ses yeux bleus. Elle tendit une main délicate et effleura sa joue.
« Prince Arthur, » dit-elle, sa voix douce comme un murmure de vent dans les arbres, « j'apprécie votre honnêteté. Plus que toutes les phrases préparées du monde. »
Elle le regarda droit dans les yeux, et Arthur sentit son cœur se remplir d'une chaleur nouvelle, d'une promesse. Il ne s'agissait plus de conquérir, mais de construire.
« Et oui, » continua Aurore, « j'aimerais aussi beaucoup mieux vous connaître. »
Le Miroir Enchanté, pour une fois, ne dit rien, se contentant de refléter deux jeunes gens, un peu perdus, un peu maladroits, mais dont les regards s'étaient enfin trouvés. Le chemin serait peut-être long, semé d'oublis et de confusions, mais il venait de commencer, et c'était déjà une merveilleuse histoire.