Chapter 3
La Maladresse Comme Langage
Arthur tente de retrouver ses mots, balbutiant des phrases décousues. Sa maladresse sincère intrigue Aurore, qui voit au-delà de sa confusion.
Le cœur du Prince Arthur battait la chamade, un tambour fou résonnant dans sa poitrine comme s'il avait couru un marathon. Il venait de croiser la Princesse Aurore dans les jardins du palais, ses cheveux comme un fil d'or tissé par le soleil, ses yeux deux saphirs dans un visage de porcelaine. La phrase qu'il avait répétée cent fois, celle qui devait sceller leur destin, s'était envolée comme un papillon effrayé à la vue de sa beauté éblouissante.
Il s'était figé, le souffle coupé, la bouche entrouverte dans un silence gêné. Aurore s'était arrêtée, un sourire timide aux lèvres, attendant. Mais Arthur, le Prince Charmant à la mémoire courte, ne trouvait plus ses mots. Sa phrase, si parfaite, si éloquente, s'était volatilisée, ne laissant qu'un vide béant dans son esprit.
« Euh… » commença-t-il, la voix rauque. « Vous… vous êtes… euh… » Il se gratta la tête, le front plissé par l'effort. Sa phrase ! Où était-elle passée ? Il la cherchait partout, dans les recoins de sa mémoire, mais rien. Juste le doux parfum des roses qui l'entourait, et le regard curieux d'Aurore.
Il la vit lever un sourcil, son sourire s'élargissant légèrement. C'était pire que tout. Il avait l'air d'un imbécile. Le Prince Charmant, le modèle de tous les princes, incapable de prononcer une phrase simple.
« Je… je voulais vous dire… » reprit-il, essayant de retrouver un fil conducteur. « Que… que vos yeux… ils sont comme… » Il s'interrompit. Non, ce n'était pas ça. La phrase était plus belle, plus profonde. Il avait mis tant de soin à la choisir.
Il sentit alors une légère panique monter en lui. Le miroir enchanté, accroché à sa ceinture, se mit à vibrer doucement. Il savait qu'il était témoin de sa détresse, de son oubli cuisant. Le miroir, lui, n'oubliait jamais. Il avait vu Arthur répéter sa déclaration des dizaines de fois, la peau des doigts polie à force de caresser le verre, le regard perdu dans le reflet de son propre désir.
« Vous savez », continua Arthur, se sentant de plus en plus ridicule, « parfois, on se prépare tellement à dire quelque chose, qu'on… on finit par l'oublier. C'est un peu comme quand on cherche ses clés, et qu'elles sont juste là, devant nous. » Il esquissa un sourire forcé, espérant qu'elle trouverait cela amusant, ou du moins compréhensible.
Aurore pencha la tête sur le côté, son regard pétillant d'une curiosité nouvelle. Il n'était pas comme les autres. Les princes qu'elle connaissait étaient souvent si sûrs d'eux, si parfaits dans leurs discours. Arthur, lui, semblait… transparent. Et malgré sa confusion, il y avait quelque chose de touchant dans sa maladresse.
« J'ai… j'ai une phrase, en fait », avoua Arthur, sa voix plus douce, presque un murmure. « Une phrase que j'ai préparée pour vous. Mais… elle s'est envolée. Comme un rêve au réveil. » Il la regarda dans les yeux, et pour la première fois, il oublia complètement qu'il devait réciter une phrase. Il la regardait, simplement. Et il la trouvait magnifique.
Il vit alors une lueur dans les yeux d'Aurore. Elle ne se moquait pas. Elle était… intriguée. Et c'était justement ce qu'il voulait. Pas impressionner, mais toucher.
« Je crois que… » commença-t-il, et cette fois, les mots venaient de lui, sans artifice. « Je crois que vous avez une place vraiment spéciale pour moi. » Il s'arrêta, le cœur battant toujours aussi fort, mais d'une autre façon. Une façon plus douce, plus sincère. « Votre présence… elle change mes journées. Et j'aimerais… j'aimerais qu'on prenne le temps de se découvrir encore plus. Juste tous les deux. »
Il laissa sa phrase flotter dans l'air, fragile et honnête. Il n'avait pas la mémoire d'un éléphant pour les phrases apprises, mais il avait celle de son cœur pour ce qu'il ressentait. Et en cet instant, il ressentait une attirance profonde pour cette jeune femme qui le regardait avec tant d'ouverture.
Aurore le dévisagea un long moment. Il n'y avait pas de pompe dans ses mots, pas de calcul. Il y avait une vulnérabilité désarmante, une sincérité qui transperçait le voile de sa confusion. Elle aimait les gens vrais, ceux qui n'avaient pas peur de montrer leurs failles. Et Arthur, avec sa mémoire si sélective, sa maladresse charmante, venait de lui prouver qu'il était l'un d'eux.
Un sourire, cette fois authentique et lumineux, éclaira son visage. « J'aime beaucoup ce que vous dites, Prince Arthur », répondit-elle, sa voix douce comme un murmure de soie. « Et j'aime encore plus la façon dont vous le dites. »
Elle fit un pas vers lui, son regard ne quittant pas le sien. « Je crois que j'aimerais aussi beaucoup mieux vous connaître. »
Arthur sentit son cœur faire un bond de joie. La phrase oubliée n'avait finalement pas été un désastre. Au contraire. Elle lui avait permis de trouver les mots justes, ceux qui venaient de son âme. Le miroir enchanté, discret, reflétait la lueur naissante dans les yeux de deux jeunes gens, témoins silencieux d'un conte qui commençait à s'écrire, non pas avec des phrases parfaites, mais avec la plus belle des langues : celle du cœur.