Chapter 1
Le Prince et la Phrase Oubliée
Le Prince Arthur, charmant mais distrait, prépare une déclaration d'amour parfaite pour la Princesse Aurore. Sa mémoire sélective lui joue des tours.
Le Prince Arthur était charmant, personne ne pouvait le nier. Ses cheveux blonds tombaient en boucles parfaites sur son front, ses yeux bleus pétillaient de malice, et son sourire avait le pouvoir de faire fondre la glace la plus tenace. Pourtant, le Prince Arthur avait un petit défaut, un défaut qui le rendait à la fois adorable et désespérant : sa mémoire était aussi capricieuse qu'un papillon au printemps. Il pouvait se souvenir du nom de chaque fleur du jardin royal, de la recette exacte du gâteau de sa grand-mère, mais les choses qu'il jugeait moins importantes, comme les dates d'anniversaire ou, pire encore, les phrases qu'il avait soigneusement préparées, s'envolaient de son esprit aussi vite que des bulles de savon.
Aujourd'hui, le destin avait décidé de mettre sa mémoire à rude épreuve. La Princesse Aurore, dont la beauté était murmurée dans tous les royaumes voisins, allait assister au bal annuel du Palais de Cristal. Arthur avait passé des jours à concocter la déclaration d'amour parfaite. Il avait même consulté son miroir enchanté, un vieil objet sage et légèrement moqueur qui avait été le confident de générations de princes.
« Miroir, mon cher miroir, dis-moi, quelle est la plus belle des phrases pour conquérir le cœur d'une princesse ? » avait-il demandé, le menton posé sur ses mains.
Le miroir avait scintillé, et une voix douce résonné : « La vérité, jeune prince. La vérité dite avec le cœur. »
Arthur avait réfléchi. La vérité, oui, mais formulée avec élégance. Il avait finalement trouvé la perle rare : « Princesse Aurore, depuis que mes yeux ont croisé votre regard, mon cœur a trouvé son port d'attache. Votre présence illumine mes journées plus que le soleil lui-même, et je ne rêve que de partager avec vous le reste de mes levers de soleil. » Il avait répété la phrase cent fois, la gravant dans son esprit avec la détermination d'un chevalier gravant son blason sur un bouclier.
Le soir du bal arriva. Le Palais de Cristal brillait de mille feux, les lustres déversaient une lumière dorée sur les invités parés de leurs plus beaux atours. Les musiciens jouaient une mélodie entraînante, et les couples tourbillonnaient sur la piste de danse. Le Prince Arthur, vêtu d'un habit d'un bleu nuit profond, se tenait près de la fontaine de saphir, le cœur battant la chamade. Il aperçut Aurore. Elle était encore plus magnifique que dans ses rêves. Sa robe d'argent scintillait à chaque mouvement, ses cheveux d'or étaient tressés de perles, et ses yeux, d'un vert profond comme une forêt enchantée, riaient doucement en conversant avec une dame d'honneur.
Arthur respira profondément. C'était le moment. Il s'avança, le sourire aux lèvres, prêt à délivrer sa phrase magistrale. Il s'arrêta devant elle, s'inclina avec grâce, et ouvrit la bouche…
« Princesse Aurore… » commença-t-il, sa voix un peu plus haute qu'à l'accoutumée. Il la regarda, et le monde sembla s'arrêter. La lumière dans ses yeux, la douceur de son sourire, le parfum subtil qui émanait d'elle… Tout cela le submergea. Sa phrase, celle qu'il avait répétée si souvent, s'évapora comme une goutte de rosée au soleil. Elle n'était plus là. Pas la moindre trace.
Un silence gêné s'installa. Arthur sentit ses joues chauffer. Il chercha désespérément dans les recoins de son esprit, mais rien ne venait. La phrase s'était envolée, laissant un vide béant. Il bafouilla : « Euh… vous… vous êtes très… très… » Il déglutit. « J'avais… j'avais une phrase. Une très belle phrase. Mais… » Il se gratta la tête, visiblement désemparé. « Je crois que je l'ai… je l'ai oubliée. »
Aurore le regarda, surprise d'abord, puis un léger sourire amusé naquit sur ses lèvres. Elle avait remarqué son manège, sa préparation, son hésitation. Elle connaissait la réputation du Prince Arthur, charmant mais terriblement étourdi.
« Oubliée ? » demanda-t-elle, sa voix douce et teintée d'une pointe de curiosité.
Arthur rougit encore plus. « Oui. Je… je voulais vous dire quelque chose de… de très important. Quelque chose de… de sincère. Mais quand je vous ai vue… tout s'est envolé. » Il baissa les yeux, mortifié. Il se sentait ridicule, incapable de prononcer le moindre mot cohérent devant la femme qui faisait battre son cœur.
Le miroir enchanté, posé sur une console non loin de là, sembla scintiller d'une lueur complice, comme s'il se remémorait toutes les fois où il avait vu le prince dans cette situation.
Aurore observait Arthur. Au lieu de se moquer ou de le trouver agaçant, elle ressentit une étrange sympathie. Il était maladroit, certes, mais il était aussi incroyablement sincère dans son embarras. Son trouble était palpable, et paradoxalement, cela le rendait plus humain, plus vrai, que n'importe quel discours bien rodé. Elle se rappela les contes qu'elle aimait, ceux où la maladresse cachait un cœur d'or.
Elle s'avança légèrement vers lui, son regard se faisant plus doux. « Il n'est pas toujours facile de trouver les mots justes, n'est-ce pas ? Surtout quand on est… un peu distrait. » Elle laissa échapper un petit rire léger.
Arthur releva la tête, surpris par sa gentillesse. Les autres princes, il l'imaginait, auraient ri de lui ou l'auraient ignoré avec dédain. Mais Aurore… Aurore semblait comprendre.
« Oui, » murmura-t-il, reconnaissant. « Vous avez raison. Je… je suis désolé. J'ai gâché le moment. »
« Pas du tout, » dit Aurore en secouant doucement la tête. « Parfois, le plus sincère des messages n'a pas besoin de mots compliqués. Dites-moi simplement ce que vous avez ressenti. »
Arthur sentit un élan de courage. L'authenticité, c'était ce que le miroir lui avait conseillé. La vérité. Il la regarda droit dans les yeux, oubliant un instant sa timidité.
« Quand je vous ai vue, Princesse Aurore, » commença-t-il, sa voix retrouvant une certaine assurance, « j'ai été… ébloui. Vous êtes la plus belle créature que j'aie jamais rencontrée. Mais plus que votre beauté, c'est… c'est la façon dont vous souriez, la lumière dans vos yeux… Tout cela m'a touché profondément. J'aimerais mieux vous connaître, car vous me plaisez vraiment. »
Il s'arrêta, le souffle court. C'était simple. C'était vrai. C'était tout ce qu'il ressentait.
Aurore écoutait, son cœur se réchauffant à chaque mot. Sa vulnérabilité, sa sincérité brute, étaient bien plus touchantes que la phrase parfaitement construite qu'il avait oubliée. Elle voyait au-delà de sa distraction, elle voyait le jeune homme attentionné et sincère qui se tenait devant elle.
« Prince Arthur, » dit-elle doucement, un sourire radieux éclairant son visage. « Votre honnêteté est… très appréciée. Et votre désir de mieux me connaître… je le partage. » Elle lui tendit la main. « Que diriez-vous d'une promenade près de la fontaine, loin de cette foule ? Nous pourrions discuter, et peut-être que vous n'oublierez pas cette fois-ci… ce que vous avez à dire. »
Arthur prit sa main, sentant une douce chaleur le parcourir. La distraction s'était estompée, remplacée par une joie immense. Il avait perdu sa phrase, mais il avait trouvé quelque chose de bien plus précieux : une ouverture, une chance. Et il savait, au fond de lui, que cette fois, il ferait tout pour s'en souvenir. La première page de leur histoire venait de se tourner, écrite non pas avec des mots parfaits, mais avec la tendre maladresse d'un cœur sincère.