Chapter 2
Un Monde Étrange et Merveilleux
Paniquée, Liara réalise qu'elle est dans un univers inconnu. Les créatures qu'elle rencontre sont aussi fascinantes qu'effrayantes. Elle cherche désespérément un moyen de rentrer chez elle, le cœur battant.
Liara n'en croyait pas ses yeux. Ou plutôt, elle n'arrivait plus à les utiliser correctement, tant ils se baladaient dans tous les sens, cherchant un repère familier dans ce… ce qui n'était pas sa chambre. Le torchon, qu'elle avait encore serré dans sa main tremblante, était tombé quelque part, se confondant avec la mousse étrange qui recouvrait le sol, une mousse qui ressemblait à du velours émeraude et qui pulsait doucement, comme si elle respirait. Respirait ? Liara secoua la tête, essayant de chasser cette pensée absurde. Les choses ne respirent pas, sauf les gens, les animaux, les plantes… et apparemment, la mousse de ce cauchemar éveillé.
Elle jeta un regard par-dessus son épaule, cherchant le cadre familier de son miroir, le portail magique qui l'avait aspirée ici. Rien. Juste une forêt d'arbres aux troncs tordus, dont les feuilles brillaient d'une lumière argentée, projetant des ombres mouvantes qui dansaient comme des spectres. Et le silence. Un silence profond, presque assourdissant, uniquement troublé par le bourdonnement lointain d'insectes inconnus et le bruissement occasionnel de feuilles qui ne ressemblaient à aucune feuille qu'elle avait jamais vue.
« Maman ? Papa ? Alya ? » Sa voix était un murmure rauque, se perdant aussitôt dans l'immensité végétale. Elle avait l'impression d'être une toute petite souris dans une forêt de géants verts, et la panique, cette vieille amie familière, commençait à lui serrer la gorge. Elle se sentait ridicule. Elle avait seize ans, pas six. Elle n'était pas censée courir en hurlant à la moindre ombre. Mais là… il n'y avait pas d'ombres, juste une lumière diffuse et étrange qui ne semblait pas avoir de source.
Elle fit un pas prudent, puis un autre. La mousse sous ses pieds était étonnamment chaude, et elle lui donnait l'impression de marcher sur des nuages. Les arbres s'épaississaient autour d'elle, leurs branches s'entremêlant pour former une canopée dense, filtrant la lumière argentée en faisceaux irisés. Des fleurs aux couleurs chatoyantes, qu'elle n'aurait jamais pu imaginer, poussaient au pied des troncs, leurs pétales délicats semblant vibrer au rythme de la mousse sous ses pieds.
Soudain, un mouvement attira son regard. Une créature minuscule, pas plus grande que son pouce, voletait entre les fleurs. Elle avait des ailes de libellule transparentes, mais son corps était couvert de poussière d'or scintillante, et elle émettait un petit tintement mélodieux à chaque battement d'ailes. Liara retint son souffle. C'était… magnifique. Et terrifiant à la fois. C'était une fée ? Ou quelque chose d'encore plus étrange ?
Elle s'approcha doucement, fascinée. La créature s'arrêta un instant, ses petites antennes frémissant, puis s'envola en un éclair doré, laissant derrière elle une traînée de paillettes. Liara poussa un soupir. Elle avait failli oublier sa peur. Presque.
Elle devait trouver un moyen de rentrer. Il devait y avoir une sortie, une autre porte, un autre miroir… quelque chose. Elle commença à marcher plus vite, essayant de garder une direction, n'importe laquelle. Les arbres commençaient à se ressembler, et la forêt semblait s'étirer à l'infini.
Alors qu'elle s'enfonçait plus profondément, un bruit inhabituel la fit sursauter. Un grognement. Grave. Profond. Liara se figea, son cœur battant la chamade contre ses côtes. Elle se retourna lentement, scrutant les ombres entre les arbres.
Et elle le vit.
Ce n'était pas un animal qu'elle connaissait. C'était… gros. Très gros. Avec une fourrure épaisse et sombre, comme celle d'un ours, mais avec une tête qui ressemblait étrangement à celle d'un sanglier, sauf qu'elle était ornée de deux énormes défenses recourbées vers le ciel. Ses yeux, petits et brillants, la fixaient avec une curiosité qui n'avait rien de menaçant. La créature remua ses narines, reniflant l'air, puis fit un pas vers elle.
Liara sentit ses jambes devenir molles. Elle voulait crier, mais aucun son ne sortait de sa gorge. Elle s'attendait à ce que la bête lui saute dessus, à ce qu'elle la déchire en mille morceaux. Mais la créature s'arrêta à quelques mètres d'elle, la regarda encore un instant, puis, avec une lenteur déconcertante, se mit à gratter le sol avec une de ses grosses pattes avant, comme si elle essayait de creuser.
Après quelques instants, elle se releva, et Liara vit qu'elle avait déterré quelque chose. Un objet. Une sorte de pierre plate, d'un bleu profond, qui semblait émettre une légère lueur. La créature la poussa avec son museau vers Liara.
Liara cligna des yeux. La bête lui offrait un caillou ? Elle hésita. Est-ce que c'était un piège ? Une tentative de la distraire avant de… ? Mais le regard de la créature était étrangement doux, presque suppliant.
Prenant son courage à deux mains, Liara s'approcha prudemment et ramassa la pierre. Elle était lisse et tiède au toucher. Et elle brillait. Pas de manière éclatante, mais d'une lumière douce, comme si elle contenait une étoile captive.
« Merci ? » murmura Liara, ne sachant pas trop à qui elle s'adressait.
La créature émit un petit grognement satisfais. Elle fit un pas en arrière, puis se retourna et s'enfonça dans la forêt, disparaissant aussi silencieusement qu'elle était apparue. Liara resta là, seule, la pierre bleue dans sa main. C'était… bizarre. Étrange. Mais pas effrayant. Pour l'instant.
Elle regarda la pierre, puis la direction dans laquelle la créature avait disparu. Peut-être que les habitants de ce monde n'étaient pas tous des monstres terrifiants. Peut-être qu'elle pouvait leur parler. Peut-être qu'ils pouvaient l'aider. L'idée la remplit d'une petite lueur d'espoir, aussi fragile que la poussière d'or laissée par la créature volante.
Elle se remit en marche, serrant la pierre bleue dans sa paume. Elle devait continuer à chercher. Elle ne pouvait pas rester ici pour toujours. Elle pensait à sa chambre, à son lit douillet, à l'odeur du pain grillé le matin, au rire de sa sœur, à la voix de sa mère qui lui disait de faire attention. Elle voulait rentrer chez elle.
Alors qu'elle avançait, le paysage commença à changer. Les arbres devenaient plus espacés, et elle aperçut, à travers les troncs, une lumière plus vive. Elle se hâta, le cœur battant d'un mélange d'excitation et d'appréhension.
Elle déboucha dans une clairière. Et là, elle resta bouche bée.
Ce n'était plus une forêt. C'était un village. Mais un village comme elle n'en avait jamais vu. Les maisons étaient construites dans des arbres gigantesques, avec des ponts de corde reliant les différentes habitations. Des lumières douces, issues de lanternes faites de coquillages lumineux, éclairaient les allées. Et les habitants… ils étaient là.
Des petites créatures aux oreilles pointues, vêtues de tuniques faites de feuilles tissées, se promenaient, riant et discutant dans une langue qu'elle ne comprenait pas. Des êtres plus grands, à la peau verte et aux yeux immenses, travaillaient dans des jardins suspendus, cultivant des fruits lumineux. Et au centre de la clairière, une fontaine d'eau scintillante déversait un flot d'eau qui semblait chanter.
Liara se sentait comme une étrangère, une intrue. Sa robe simple, ses baskets usées, tout la démarquait de ces êtres étranges et merveilleux. Elle se sentait maladroite, gauche, hors de place. Elle avait envie de se cacher, de retourner dans l'anonymat de la forêt.
Soudain, une de ces petites créatures aux oreilles pointues, une jeune fille qui semblait avoir son âge, la remarqua. Elle s'arrêta, ses grands yeux curieux se posant sur Liara. Elle s'approcha, posant une main sur sa poitrine, dans un geste de salutation.
Liara ne savait pas quoi faire. Elle la regarda, figée, la pierre bleue toujours serrée dans sa main.
« Bonjour ? » dit timidement Liara, sa voix tremblante.
La jeune fille inclina la tête, un sourire éclaire son visage. Elle pointa du doigt Liara, puis elle-même, et dit quelque chose dans sa langue inconnue. Liara comprit qu'elle disait son nom.
« Liara », répondit Liara, pointant son propre index vers sa poitrine.
La jeune fille répéta le nom, avec un accent charmant, puis pointa vers le village. Elle semblait l'inviter à entrer.
Liara hésita. Entrer dans ce village ? Rencontrer ces gens ? Elle avait tellement peur. Mais elle n'avait nulle part où aller. Et peut-être, juste peut-être, quelqu'un ici pourrait l'aider à rentrer chez elle.
Elle jeta un dernier regard derrière elle, vers la forêt sombre qui l'avait amenée ici. Puis, prenant une profonde inspiration, elle hocha la tête vers la jeune fille.
« D'accord », dit Liara, sa voix un peu plus ferme cette fois. « Je veux bien. »
La jeune fille lui sourit, un sourire éclatant qui illumina son visage. Elle prit la main de Liara, et la guida doucement vers le village. Liara la suivit, la pierre bleue toujours dans sa main, le cœur battant la chamade, entrant dans ce monde étrange et merveilleux, sans savoir ce qui l'attendait. Le chemin du retour semblait encore incroyablement loin, mais pour la première fois depuis qu'elle avait traversé le miroir, une petite étincelle d'aventure, bien que mêlée à une bonne dose de terreur, commençait à poindre en elle. Elle était peut-être effrayée, mais elle était aussi, étrangement, un peu curieuse. Et dans ce nouveau monde, la curiosité pouvait être une arme aussi dangereuse que la peur.