Chapter 1

La Lueur dans le Miroir

Liara, une adolescente ordinaire, découvre une étrange lueur dans son miroir. Curieuse et un peu maladroite, elle la touche et traverse le miroir, tombant dans un monde fantastique rempli de créatures incroyables.

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Liara, seize ans, avait toujours considéré le monde comme une sorte de grande blague cosmique dont elle n'avait pas reçu le mémo. Elle vivait dans une maison aux murs couleur crème qui sentaient le polish et le regret, avec une mère qui avait une fâcheuse tendance à perdre ses lunettes sur son front, un père qui parlait à sa tondeuse comme à un vieil ami, et une sœur cadette, Alya, dont le talent principal était de la faire enrager en moins de cinq secondes chrono. Une vie parfaitement normale, quoi. Ou du moins, aussi normale que peut l'être une existence ponctuée par les tentatives désespérées de sa mère pour retrouver ses clés et les monologues de son père sur les avantages de la fertilisation au compost.

Ce matin-là, cependant, la routine habituelle fut légèrement bousculée par un incident d'une étrangeté… disons, miroitante. Liara, affalée devant le miroir de sa chambre, tentait de dompter une mèche rebelle qui semblait avoir une volonté propre, un peu comme sa sœur quand il s'agissait de ranger sa chambre. La pièce était baignée d'une lumière douce, celle du petit matin qui hésite encore à s'affirmer. C'est alors qu'elle le vit. Une lueur. Pas la lumière du soleil, non. Une sorte de… scintillement. Un halo irisé, comme si quelqu'un avait renversé une bouteille de liquide de fée sur la surface argentée.

« Mais qu’est-ce que c’est que ça ? » murmura-t-elle, sa voix un peu rauque de sommeil. Elle cligna des yeux, se demandant si elle n'avait pas encore les yeux collés. La lueur persistait. Elle ressemblait à des paillettes liquides, dansant doucement sur le verre, formant des arabesques éphémères avant de se dissiper pour mieux renaître ailleurs. C'était… joli. Et surtout, c'était bizarre. Son miroir, ce vieil objet hérité de sa grand-tante Adélaïde, qui sentait le naphtaline et les souvenirs poussiéreux, n'avait jamais montré le moindre signe d'une vie intérieure, encore moins une vie de paillettes.

Sa curiosité, une qualité qu'elle partageait avec un chaton devant un point laser, prit le dessus sur sa prudence. Elle se pencha, le nez presque collé au verre. La lueur semblait émaner de l'intérieur même du miroir. Elle tendit un doigt hésitant. Avant qu'elle ne puisse se retenir, son index effleura la surface.

Et là, le monde bascula. Littéralement.

Au lieu de rencontrer la froide résistance habituelle du verre, son doigt traversa la lueur comme si elle était de la fumée. Une sensation étrange, une sorte de picotement électrique, parcourut son bras. Elle retira sa main d'un coup, le cœur battant la chamade. Ce n'était pas des paillettes, ce n'était pas une illusion d'optique. C'était… une ouverture.

« Non, non, non, » balbutia-t-elle, sa voix montée d'une octave. Elle regarda autour d'elle, comme si elle s'attendait à voir sa mère surgir de nulle part avec un remède contre les hallucinations. Rien. Juste sa chambre habituelle, le poster de son groupe préféré un peu défraîchi, la pile de livres qu'elle n'avait pas encore lus, et ce miroir, maintenant, qui semblait l'appeler d'une voix silencieuse.

L'idée de toucher à nouveau le miroir la terrifiait. Mais la curiosité, cette maudite curiosité, était plus forte que la peur. Elle se dit qu'elle allait juste jeter un petit coup d'œil. Juste pour voir. Un tout petit coup d'œil.

Elle se leva, se rapprocha du miroir, et, prenant une profonde inspiration, posa sa main sur la lueur. Cette fois, elle ne retira pas sa main. Elle la laissa s'enfoncer, puis son bras, puis son épaule. Une force invisible, douce mais insistante, l'attira vers l'intérieur. Elle sentit une légère pression, comme si elle passait à travers un rideau d'eau tiède, et puis…

Elle tomba.

Ce ne fut pas une chute violente, mais plutôt une descente en douceur, comme si elle était portée par un courant d'air chaud. Le sol de sa chambre disparut, remplacé par un tourbillon de couleurs vives. Des bleus électriques, des verts émeraude, des violets chatoyants. Elle entendait des sons étranges, des murmures qui ressemblaient à des rires de clochettes, des sifflements qui évoquaient le vent dans des feuilles inconnues. Elle ferma les yeux, l'estomac noué par l'appréhension.

Quand elle rouvrit les yeux, elle n'était plus dans sa chambre. Elle était… quelque part d'autre. Et ce "quelque part d'autre" était franchement spectaculaire. Elle se tenait sur un sol qui ressemblait à de la mousse lumineuse, d'un vert si profond qu'il semblait presque noir. Autour d'elle, des arbres aux troncs torsadés s'élevaient vers un ciel d'un rose pâle, parsemé de nuages qui ressemblaient à des flocons de sucre filé. Des fleurs gigantesques, aux pétales translucides, s'ouvraient et se fermaient en un lent battement, diffusant une douce lumière. Et dans l'air flottaient des créatures volantes, petites et lumineuses, comme des lucioles géantes, mais avec des ailes qui scintillaient de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.

« Oh. Mon. Dieu. » Le souffle lui manqua. C'était… c'était comme sortir d'un livre de contes de fées. Mais les livres de contes de fées, dans son monde, ça n'existait pas. Enfin, pas vraiment. Pas comme ça.

Elle se retourna, cherchant désespérément le passage par lequel elle était arrivée. Le miroir. Où était le miroir ? Il n'y avait rien. Juste la mousse lumineuse, les arbres étranges, et ces créatures volantes qui virevoltaient autour d'elle avec une curiosité manifeste.

La panique commença à monter. Une vague glacée qui menaçait de la submerger. Elle était seule. Perdue. Dans un endroit qui défiait toute logique, toute explication. Elle n'avait pas son téléphone. Pas sa mère. Pas même Alya pour la taquiner et la ramener à la réalité.

« Bon sang, Liara, qu'est-ce que tu as fait ? » se reprocha-t-elle, sa voix tremblante. Elle avait été stupide. Incroyablement stupide. Elle avait toujours été maladroite, un peu trop curieuse pour son propre bien, mais traverser un miroir pour atterrir dans un monde de… de fées et de plantes lumineuses, ça dépassait tout.

Elle fit quelques pas hésitants, la mousse sous ses pieds semblant absorber le son de ses pas. Elle regardait partout, cherchant un signe, un indice, quelque chose qui lui rappellerait son monde. La lumière était douce, mais étrangement différente de celle de sa chambre. Elle semblait venir de partout à la fois.

Soudain, un bruissement attira son attention. De derrière un arbre aux feuilles argentées, une petite créature apparut. Elle ressemblait à un renard, mais elle était recouverte de poils bleus et avait des yeux aussi grands et ronds que des billes d'onyx. Elle la regardait, la tête penchée, un petit sifflement curieux s'échappant de sa gorge.

Liara recula d'un pas, le cœur battant encore plus vite. Elle avait déjà vu des animaux étranges dans les documentaires, mais rien de tel. Cette créature semblait… intelligente. Elle la dévisageait avec une intensité déconcertante.

« Euh… bonjour ? » dit Liara, sa voix à peine audible. Elle se sentait ridicule. Parler à un renard bleu. Dans un monde magique. Elle devait vraiment faire un rêve. Un rêve très, très étrange.

Le renard bleu fit un petit bond en avant, puis s'arrêta, comme s'il attendait une réaction. Liara resta immobile, ne sachant que faire. Elle voulait rentrer chez elle. Elle voulait retrouver sa mère, même si elle allait encore perdre ses lunettes aujourd'hui. Elle voulait retrouver son père, même s'il allait lui raconter une nouvelle fois l'histoire de sa tondeuse chérie. Elle voulait même retrouver Alya, juste pour pouvoir la menacer de lui confisquer son chargeur de téléphone.

Elle jeta un regard désespéré autour d'elle. Le paysage était magnifique, certes, mais cette beauté était teintée d'une étrangeté qui la terrifiait. Elle était une étrangère ici, une intrus. Et elle ne parlait pas la langue des renards bleus. Elle ne parlait même pas la langue des arbres luminescents.

Elle se rappela la lueur. La lueur dans le miroir. Comment elle l'avait traversée. Y avait-il un moyen de revenir ? Fallait-il simplement… toucher quelque chose ? Une autre ouverture ? Mais où ? Et comment ?

Elle s'approcha doucement du renard bleu, espérant peut-être qu'il lui montrerait le chemin. L'animal ne bougea pas, le regardant avec ses grands yeux noirs. Liara tendit la main, lentement. Elle hésita. Et si cette créature n'était pas amicale ? Si elle était… dangereuse ?

Une pensée traversa son esprit, aussi vive qu'un éclair. Et si elle avait une affinité avec ce monde ? Et si cette lueur n'était pas un accident ? Sa mère avait souvent parlé de légendes familiales, de choses étranges qui se passaient dans le passé, mais Liara avait toujours mis ça sur le compte de la fantaisie de sa mère. Et son père, avec son pragmatisme à toute épreuve, avait toujours balayé ces histoires d'un revers de main.

Mais maintenant… maintenant, elle n'était plus si sûre.

Elle inspira profondément. Elle était effrayée, oui. Terrifiée, même. Mais au fond d'elle, une petite flamme de courage commençait à vaciller. Elle ne pouvait pas rester là, figée par la peur. Elle devait trouver un moyen de rentrer. Et pour cela, il fallait qu'elle comprenne. Qu'elle explore. Qu'elle agisse.

Elle regarda le renard bleu droit dans les yeux. « Il faut que je rentre chez moi, » dit-elle, comme si le renard pouvait la comprendre. « Tu sais comment ? »

Le renard inclina la tête, puis fit un petit mouvement avec sa patte vers une direction inconnue, au-delà des arbres scintillants. Liara suivit son regard. Il y avait une sorte de sentier, à peine visible, qui serpentait entre les arbres.

C'était un début. Un minuscule, minuscule début. Elle n'avait aucune idée de ce qui l'attendait, mais une chose était sûre : sa vie venait de prendre un tournant… disons, beaucoup plus intéressant que le polissage de la vieille commode de l'entrée.

Avec un dernier regard perdu vers l'endroit où elle pensait que sa chambre se trouvait, Liara prit une profonde inspiration et s'engagea sur le sentier mystérieux, le renard bleu trottinant sagement à ses côtés. Le monde de Liara venait de s'agrandir de façon spectaculaire, et elle n'avait pas la moindre idée de comment elle allait réussir à y naviguer. Mais une chose était sûre, elle n'allait pas le faire sans une bonne dose de maladresse et, peut-être, une touche de magie cachée.

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