Chapter 3
Première Rencontre Magique
Liara croise une créature étrange mais pas hostile. Cet être pourrait être la clé pour comprendre ce monde ou pour trouver un chemin de retour. Liara doit surmonter sa peur pour interagir.
Liara sentit le sol se dérober sous ses pieds, mais pas de la manière désagréable dont on se retrouve à trébucher sur un tapis mal posé. Non, c'était plus comme être aspirée par un aspirateur géant, sauf que l'aspirateur était fait de paillettes et sentait la lavande. Elle ferma les yeux, s'attendant au choc, à la douleur, à la promesse d'une cheville tordue ou pire, d'une fracture ouverte. Rien. Juste une sensation de flottement, comme si elle était suspendue dans un bain tiède et mousseux. Quand elle osa rouvrir les yeux, le désespoir la serra à la gorge. Elle n'était plus dans sa chambre.
Le plafond de sa chambre, avec ses quelques toiles d'araignées artistiquement placées par le temps et son père, avait disparu. À la place, un ciel d'un violet profond, constellé d'étoiles qui scintillaient d'une lumière aussi vive que des diamants fraîchement polis. Et les étoiles, ce n'était pas tout. Il y avait des choses qui flottaient. Des choses qui ressemblaient à des bulles de savon géantes, mais qui pulsaient doucement, émettant des arcs-en-ciel éphémères. Et des créatures. Oh, les créatures !
Liara eut un hoquet, un son étranglé qui se perdit dans l'immensité de ce nouvel espace. Devant elle, à une distance qui lui semblait pourtant dangereusement proche, se tenait une créature qui défiait toute logique. Elle ressemblait à un chat, mais un chat d'une taille respectable, à peu près la taille d'un labrador. Sa fourrure n'était pas d'un noir ou d'un roux ordinaire, mais d'un bleu nuit profond, parsemé de minuscules points argentés qui ressemblaient étrangement aux étoiles du ciel. Ses yeux, immenses et d'un vert émeraude liquide, la fixaient avec une curiosité intense, dénuée de toute agressivité. Et puis, il y avait les ailes. Deux paires d'ailes délicates, semblables à celles d'une libellule, mais irisées et transparentes, qui frémissaient doucement, maintenant la créature en l'air sans effort apparent.
« Oh. Mon. Dieu. » souffla Liara, sa voix tremblant comme une feuille dans le vent. Elle recula d'un pas, ses pieds s'enfonçant dans une sorte de mousse spongieuse qui ressemblait à de la pelouse mais avec des reflets dorés. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine, un tambour fou qui résonnait dans ses oreilles. Elle cherchait désespérément le miroir, le cadre familier, le passage vers sa chambre où son chat, Pépito, dormait probablement sur son lit, ignorant le chaos qui venait de frapper la vie de sa maîtresse. Mais il n'y avait rien. Juste le chat-libellule bleu scintillant, et un paysage qui semblait tout droit sorti d'un rêve fiévreux, ou peut-être d'une hallucination causée par trop de bonbons.
La créature inclina la tête, et Liara jura avoir entendu un doux tintement, comme une petite clochette de cristal. Elle se rappela brusquement les conseils de sa mère : « Si jamais tu te perds, ma chérie, ne cours pas. Reste calme, observe, et essaie de demander de l'aide. » Facile à dire pour sa mère, qui n'avait jamais eu à affronter un félin volant aux allures lunaires.
Elle tenta un sourire, un rictus nerveux qui ne ressemblait à rien de rassurant. « Euh… bonjour ? » Sa voix était un murmure rauque. Elle se sentit complètement idiote. Parler à un animal imaginaire. C'était un nouveau stade dans sa vie déjà compliquée.
Le chat-libellule ne répondit pas par des mots, mais il fit quelque chose d'encore plus étrange. Il ouvrit sa gueule, et au lieu d'un miaulement, une petite boule de lumière, de la taille d'une bille, en jaillit. La boule de lumière flotta dans l'air devant Liara, pulsant doucement, puis se déplaça vers elle, s'arrêtant à quelques centimètres de son nez. Liara retint sa respiration, les yeux écarquillés. Elle pouvait sentir une douce chaleur émaner de la petite sphère lumineuse.
« C’est… c’est pour moi ? » demanda-t-elle, sa curiosité commençant à l'emporter sur sa peur. Elle tendit une main hésitante. La boule de lumière ne la brûla pas. Au contraire, quand ses doigts la touchèrent, une sensation de picotement agréable parcourut son bras, comme si des milliers de petites fées lui faisaient des chatouilles. La boule de lumière se dissolut dans sa paume, laissant une trace de chaleur réconfortante.
Et puis, une voix résonna dans sa tête. Ce n'était pas une voix audible, mais plutôt une pensée claire, limpide, comme si quelqu'un lui parlait directement dans le cerveau. *« Bienvenue, voyageuse. Ne crains rien. Tu es en sécurité ici. »*
Liara sursauta, le regard fixé sur le chat-libellule. Les yeux verts la regardaient, et elle était certaine que c'était lui qui lui avait "parlé". Sa mâchoire se décrocha. « Vous… vous pouvez parler ? Enfin, dans ma tête ? »
La créature poussa un doux ronronnement qui vibra dans l'air. *« Nous communiquons. Ce n'est pas la parole telle que tu la connais. C'est… une résonance. Une connexion. »*
« Une connexion ? » répéta Liara, se sentant de plus en plus perdue. « Je… je crois que je me suis trompée de chemin. Je cherchais ma salle de bain. Je crois que j'ai confondu le miroir avec… un portail ? C’est complètement dingue. » Elle se mordit la lèvre inférieure. Comment pouvait-elle expliquer à ce truc qu'elle voulait juste rentrer chez elle, retrouver sa chambre désordonnée et le bruit lancinant de la télévision du salon ?
Le chat-libellule s'approcha encore, planant juste devant elle. Sa queue, longue et fine, terminée par une petite touffe de poils argentés, balançait doucement. *« Tu n'étais pas perdue. Tu as été appelée. Ce miroir, comme tu dis, est une porte. Une porte que peu savent ouvrir. »*
« Appelée ? Par qui ? Par quoi ? » Liara se sentait comme un personnage de dessin animé, entourée d'éléments fantastiques qui la dépassaient complètement. Elle jeta un coup d'œil paniqué autour d'elle. Le paysage était d'une beauté étrange et envoûtante. Des arbres aux feuilles d'un bleu électrique s'élevaient vers le ciel, et de petites lumières dansantes, semblables à des lucioles, virevoltaient entre les branches. Des rivières d'un liquide argenté coulaient paisiblement, leurs eaux scintillant sous la lumière des étoiles.
*« Par ce monde, »* répondit la pensée dans sa tête. *« Et peut-être par toi-même, plus que tu ne le penses. »*
« Par moi-même ? » Liara renifla. « Je suis maladroite, je rate mes gâteaux, et j'ai peur des araignées. Je ne pense pas avoir grand-chose de ‘magique’ en moi. » Elle se rappela la lueur étrange dans le miroir. Elle avait essayé de l'essuyer, comme si c'était une tâche. Et maintenant, elle était ici.
*« La peur est une illusion, »* dit la créature, et Liara eut l'impression qu'elle souriait. *« Et la maladresse… la maladresse peut parfois mener à des découvertes inattendues. Le potentiel est là, Liara. Il dort, mais il est là. »*
Liara écarquilla les yeux. « Vous connaissez mon nom ? »
*« Les échos de ton monde murmurent ton nom. Et ton cœur résonne avec une mélodie que nous connaissons bien. »* Le chat-libellule fit un bond gracieux et atterrit sur la mousse dorée, à quelques pas d'elle. Il s'assit, sa queue s'enroulant autour de ses pattes. *« Je m'appelle Faelan. Et je suis un Gardien des Passages. »*
« Un Gardien des Passages ? » Liara s'approcha prudemment. Faelan était magnifique, malgré sa nature étrange. Il dégageait une aura de calme et de sagesse. « Vous savez comment je peux rentrer chez moi ? C'est… c'est la chose la plus importante pour moi en ce moment. Mes parents vont s'inquiéter. Ma sœur Alya va sûrement me remplacer par un nouveau jouet si je disparais trop longtemps. »
Faelan la regarda avec ses grands yeux verts. *« Le retour n'est pas toujours aussi simple qu'une traversée. Les portes s'ouvrent pour une raison. Et parfois, il faut comprendre cette raison avant de pouvoir refermer la porte derrière soi. »*
« Comprendre la raison ? Mais quelle raison ? J'étais juste devant mon miroir, je me préparais pour aller à l'école, et pouf ! Je me retrouve ici. Il n'y a pas de raison, juste un gros accident. » Liara sentit une pointe d'agacement se mêler à sa peur.
*« Les accidents sont rares dans le grand tissage des mondes, »* dit Faelan doucement. *« Tout est lié. L'étincelle que tu as vue, le passage que tu as franchi… ce n'est pas le fruit du hasard. Ce monde a besoin de toi, Liara. Ou plutôt, tu as besoin de ce monde. »*
« J'ai besoin de ce monde ? » Liara éclata de rire, un rire nerveux et un peu hystérique. « S'il vous plaît, Faelan, je suis une fille ordinaire. Je veux juste mon lit douillet, ma série préférée, et peut-être un peu moins de devoirs. Ce monde a l'air… merveilleux, mais il est aussi terrifiant. Et je ne suis pas prête pour ça. »
Faelan se leva et s'étira, ses ailes irisées scintillant. *« La préparation est une chose. La destinée en est une autre. Tu es ici maintenant. Et tu ne peux pas simplement rebrousser chemin sans comprendre pourquoi tu as été amenée ici. Ce monde est plein de merveilles, mais aussi de dangers. Et toi, Liara, tu portes en toi une étincelle qui pourrait être la clé. »*
« Une étincelle ? Vous parlez de la lueur dans le miroir ? »
*« Oui. Cette lueur est un signe. Un signe de ton affinité avec la magie. Une magie qui dort, mais qui ne demande qu'à s'éveiller. »*
Liara le regarda, le souffle coupé. La magie ? Elle ? Elle qui avait du mal à faire fonctionner le micro-ondes sans le faire disjoncter ? C'était une blague. Une très, très mauvaise blague.
« Je… je ne comprends pas. Je ne suis pas magique. Je suis juste… moi. »
Faelan s'avança vers elle, ses yeux verts brillants d'une lumière douce. Il se frotta doucement contre sa jambe, et Liara sentit une chaleur nouvelle, plus intense que celle de la boule de lumière, l'envahir. C'était une sensation de paix, de connexion profonde.
*« Le simple fait que tu doutes de cela est la preuve la plus évidente, »* dit sa voix dans sa tête. *« Les plus grands magiciens sont souvent ceux qui ne croient pas y être destinés. Le chemin sera difficile, Liara. La peur sera ta compagne. Mais tu n'es pas seule. »*
Il fit un pas en arrière et laissa échapper un doux gazouillis, qui semblait être un appel. Aussitôt, d'autres créatures commencèrent à apparaître, émergeant des arbres bleus et des rivières argentées. Des êtres petits et ailés, semblables à des papillons, mais avec des visages humains miniatures. Des créatures qui ressemblaient à des renards, mais avec des écailles scintillantes sur le dos. Et d'autres encore, dont Liara ne pouvait même pas décrire la forme. Ils s'approchèrent doucement, leurs yeux remplis d'une curiosité bienveillante.
Liara sentit sa peur s'atténuer, remplacée par une sorte de fascination mêlée d'appréhension. Elle était entourée. Entourée d'êtres étranges, dans un monde encore plus étrange. Faelan était là, à ses côtés, un point d'ancrage dans ce chaos visuel. Il était la clé, la créature qui lui avait parlé, qui lui avait dit qu'elle était appelée, qu'elle portait une étincelle.
Elle regarda à nouveau Faelan, ses yeux verts remplis d'une lueur qui semblait comprendre toute sa panique et sa confusion. « Alors… qu'est-ce que je suis censée faire maintenant ? » demanda-t-elle, sa voix un peu plus assurée cette fois. Elle ne savait pas si elle était courageuse, mais elle savait qu'elle ne pouvait pas rester là à paniquer éternellement.
Faelan laissa échapper un doux ronronnement. *« Tu vas apprendre, Liara. Tu vas comprendre. Et peut-être, juste peut-être, tu trouveras ce que tu cherches. Ou peut-être que tu trouveras quelque chose que tu n'espérais même pas. Le voyage commence. »*
Il se retourna et commença à marcher, ou plutôt à flotter, dans la direction d'une forêt d'arbres bleus scintillants. Les autres créatures le suivirent, formant une procession étrange et colorée. Liara hésita un instant, puis, rassemblant le peu de courage qu'elle possédait, elle fit un pas pour le suivre. Sa chambre, ses parents, Alya… tout cela semblait déjà si loin. Mais la promesse d'une étincelle, d'une magie cachée, commençait à résonner en elle, aussi faiblement soit-elle. Elle était Liara, et elle venait de franchir une porte. La seule chose qu'elle pouvait faire maintenant, c'était avancer.