Chapter 3
Chapitre 3
Éléonore et James trouvent refuge dans le chalet de James en montagne. Pendant leur séjour, James commence à entraîner Éléonore aussi bien physiquement que mentalement avec de simples exercices, tandis qu'elle découvre des fragments de son passé et de sa dangereuse organisation. Leur complicité grandit avec le temps qui passe.
Mais la menace extérieure, ceux que James me cache encore, les force à bouger à nouveau, laissant Éléonore sur le bord d'un nouveau saut dans l'inconnu."
"La route serpentait à travers des forêts de pins de plus en plus denses, et les montagnes se dressaient comme des géants endormis sous un ciel gris perle. Éléonore ne savait pas depuis combien de temps ils roulaient. Les heures s'étaient fondues dans le paysage, et chaque virage semblait l'éloigner un peu plus de la femme qu'elle avait été, celle qu'elle a toujours essayer d'être, être face a un ennemi invisible qui retient son souffle avant de frapper. James conduisait en silence, les mains posées sur le volant avec une assurance calme. De temps en temps, il regardait Éléonore, et son visage s'adoucissait, comme s'il voulait dissiper les ombres qui planaient autour d'elle. Lorsqu'elle frissonna, il monta le chauffage et tendit le bras pour lui toucher la main.
« Nous ne sommes plus très loin », murmura-t-il. « Là où je t'emmène, personne ne nous trouvera. Pas tout de suite. » Elle hocha la tête, serrant plus fort son pull. Elle n'avait plus d'appartement, plus de travail, plus de vie ordinaire. Mais au creux de sa poitrine, une étrange chaleur pulsait. La peur n'avait pas disparu, mais elle était moins forte que ce désir d'avancer, d'apprendre, de comprendre cet homme et le monde qu'il portait sur ses épaules.
La route se termina brusquement. James gara la voiture devant un vieux chalet en bois, niché au creux d'une vallée. Ses murs étaient couverts de lierre, ses fenêtres éclairées d'une lumière dorée. Un léger filet de fumée s'échappait de la cheminée, comme si quelqu'un les attendait.
« C'est chez moi », dit James en coupant le moteur.
« Enfin, l'un de mes refuges. Peu de gens connaissent son existence.»
Il sortit, ouvrit la porte du chalet, puis revint prendre sa main pour l'aider à descendre. L'air était vif, chargé d'odeurs de résine et de terre humide. Éléonore inspira profondément. Une sensation de liberté, presque enivrante, l'envahit.
À l'intérieur, le chalet était simple mais chaleureux. Des poutres apparentes, une grande cheminée où crépitaient déjà des bûches, des fauteuils en cuir usé, et une table en bois massif couverte de livres et de cartes. Une odeur de thé et de bois brûlé emplissait la pièce. Éléonore s'approcha du feu, tendit les mains vers les flammes, et sentit ses muscles se dénouer.
« Je vais préparer quelque chose à manger », dit James en retirant sa veste. « Tu dois être épuisée. »
Elle ne répondit pas, trop occupée à observer les murs. Il y avait des photographies encadrées : des paysages de montagnes, des ruines antiques, des visages aux sourires lumineux. Sur une étagère, elle remarqua un petit cadre avec un portrait de femme, jeune, aux cheveux bruns, le regard doux mais déterminé. Elle ressemblait un peu à James.« C'était ma mère », dit-il, surgissant derrière elle.
« Elle aimait cet endroit. Elle disait que les montagnes gardaient les secrets mieux que les hommes. »
« Elle est... » Éléonore n'osa pas finir sa phrase.
« Elle est partie quand j'avais douze ans. Une expédition, là-haut, dans les sommets. Ils ne l'ont jamais retrouvée... » Il détourna les yeux, puis s'éclaircit la gorge. « Mais elle m'a laissé une carte. C'est depuis ce jour que je cherche, que j'explore. »
Il s'approcha de la table, écarta quelques papiers, et sortit un ancien parchemin. Des lignes tracées à l'encre pâle dessinaient des vallées, des rivières, et une étrange croix marquée d'un symbole. Éléonore reconnut le même symbole que celui du livre qu'il lui avait montré.
« Elle cherchait quelque chose », continua James. « Quelque chose qui a coûté sa vie, peut-être... Je n'ai jamais su quoi, exactement. Mais je compte bien le découvrir, même si j'ai trouvé autres choses dans mes recherches. »
Il replia la carte et la rangea. Éléonore voulut poser mille questions, mais elle se contenta de le suivre du regard. Cet homme portait une douleur immense, cachée derrière son assurance. Pour la première fois, elle ne vit pas seulement son mystère, mais aussi sa vulnérabilité. Après un repas simple et chaleureux, James l'invita à s'asseoir près du feu. Il lui tendit un carnet en cuir, vierge, avec une couverture ornée d'un motif gravé.
« Je veux que tu écrives tout ce que tu ressens, tout ce que tu découvres », dit-il. « Ton chemin est aussi important que le mien. Tu es en train de te chercher, Éléonore. Ce carnet t'aidera à trouver les mots. »
Elle prit le carnet, le serra contre elle. Personne n'avait jamais pris soin de sa quête intérieure de cette manière. Son ancien compagnon aurait haussé les épaules. James, lui, semblait la voir vraiment. Le lendemain matin, il la réveilla avant l'aube. La lumière argentée filtrait à travers les volets. « Allez, dit-il avec un sourire. Il est temps de te montrer de quoi ton corps est capable. »
Ils sortirent dans un petit pré bordé de sapins. James lui apprit à respirer, à se tenir debout, les pieds ancrés dans le sol, à se concentrer sur son centre. Il l'emmena à travers des exercices de self-défense, des mouvements simples mais puissants. Éléonore trébucha plusieurs fois, riant d'elle-même, malgré que c'est des positions simple mais à chaque tentative, elle sentait quelque chose se renforcer en elle, une confiance perdue.
« Tu es plus forte que tu ne le penses », dit James, l'aidant à se relever après une chute. « Ta fragilité, c'est le masque que les autres ont voulu te faire porter. Mais en toi, il y a une force tranquille. Une détermination que tu commençais à oublier. »
Elle le regarda, les joues rougies par l'effort, les cheveux en bataille. « Comment peux-tu voir ça ? »
« Parce que je suis moi-même passé par là. Et parce que je t'ai observée. Tu as tout quitté, sans filet, pour suivre un inconnu. Ce n'est pas de la naïveté, Éléonore. C'est du courage. »
Elle baissa les yeux, émue. Une larme brilla, mais elle la refoula. Elle ne pleurerait plus sur ce qu'elle avait perdu, ni pour ce qu'elle a quitter mais sur ce qu'elle était en train de trouver.
Les jours passèrent dans une bulle hors du temps. James lui apprit à lire les cartes, à reconnaître les constellations, à faire du feu, à écouter les bruits de la forêt. Elle découvrait un monde sensible, vivant, bien loin des allées aseptisées du centre commercial. Le soir, elle écrivait dans son carnet, de longues pages où les mots jaillissaient comme une source enfin libérée.
Elle écrivit sur sa vie d'avant, sur Lucas, son ancien compagnon, sur sa solitude immense malgré la présence de quelqu'un à ses côtés. Elle comprit que ce qu'elle cherchait, elle me trouva dans cette tranquilité, enfin elle-même.
Un après-midi, alors qu'ils étaient assis sur la terrasse, une silhouette noire apparut à l'orée de la forêt. Éléonore se figea. Mais James ne bougea pas.« Ce n'est qu'un cerf », dit-il en souriant. « Tu apprends à regarder sans avoir peur. »
Pourtant, le soir même, son téléphone vibra. Il consulta le message, et son expression changea. Son visage se durcit, ses mâchoires se serrèrent.
A la nuit tomber, et les étoiles, d'abord timides, s'installèrent dans le ciel, James emmène Eléonore dans un autre endroit. La marche était rude, le sentier escarpé, mais Éléonore avançait, les jambes douloureuses mais le cœur étrangement léger. Elle sentait James juste derrière elle, veillant sur chacun de ses pas.
Après plus d'une heure d'efforts, le refuge apparut, adossé à une paroi rocheuse. Une petite bâtisse en pierre, presque invisible dans l'obscurité. James poussa la porte et alluma une lampe tempête. À l'intérieur, un poêle, quelques couchettes, et une réserve de bois.
Ils s'installèrent, le souffle court. Éléonore s'assit près du poêle, et James, debout à la fenêtre, regarda la vallée en contrebas. Il était si calme, si maître de lui-même, qu'elle se sentit protégée, malgré le danger qui rôdait.
« James », dit-elle doucement. « Qui est vraiment derrière ces hommes ? Le "patron" dont parlait Lucas ? »
Il se tourna vers elle, les traits éclairés par la flamme. « C'est un homme qui ne m'a jamais accepté, un homme qui veut tout contrôler, y compris les choses que je cherche. Il s'appelle Viktor. Il dirige un réseau de trafics anciens, des objets, des secrets. Il craint que je trouve quelque chose qu'il cherche depuis toujours. »
« Quoi ? »
« Je ne sais pas encore. Mais ma mère avait compris quelque chose. Et il a fait en sorte qu'elle ne revienne jamais. »
Le silence s'épaissit. Éléonore se leva, s'approcha de lui, et prit sa main. « tu trouvera, James. Je t'aiderai ... Ensemble... »
Il la regarda, et pour la première fois, elle vit une émotion nue dans ses yeux. Il porta sa main à ses lèvres, un baiser léger, précautionneux. « Je te protégerai, jusqu'au bout. Quoi qu'il arrive. »
En silence, je commence a comprendre que derrière son masque d'illusions c'est un homme dangereux mais blessé profondément.