Chapter 4

La Promesse d'Ailleurs

Fares me parle doucement. Il me propose de me quitter Gaza, de m'emmener en France. Un pays lointain, où il n'y a pas de guerre. L'idée me semble irréelle, un rêve impossible.

9 min read

La poussière collait à mes lèvres, une fine pellicule âcre qui ne me quittait jamais. Chaque jour était une nouvelle bataille contre le vent qui charriait les débris et contre la faim qui me tordait les entrailles. J'avais appris à lire les regards, à deviner la pitié ou l'indifférence avant même qu'un geste ne la confirme. Les mains tendues, les yeux baissés, c'était mon quotidien. Les miettes que j'arrivais à glaner, les pièces rouillées que je dénichais dans les gravats étaient mon seul trésor. Je les comptais et recomptais, espérant qu'un jour le compte serait suffisant pour acheter un peu de pain, une douceur qui me rappellerait ce que signifiait vraiment être rassasiée. Mais le monde avait peu à offrir à une enfant comme moi, une ombre parmi les ruines.

C'est dans ce décor familier, ce ballet morne de la survie, que je l'ai vu. Il se tenait un peu à l'écart, près d'une échoppe où les marchands débattaient âprement du prix des quelques légumes encore disponibles. Il n'avait pas le regard las, ni le visage marqué par la résignation que je croisais si souvent. Ses yeux, d'un bleu profond comme le ciel avant l'orage, me fixaient avec une intensité qui me déstabilisa. Ce n'était pas la curiosité habituelle, ni la pitié distante. C'était autre chose, quelque chose qui ressemblait à de la reconnaissance, ou peut-être à une profonde tristesse.

J'étais habituée à être ignorée, à être une silhouette floue dans le paysage désolé de Gaza. Mais cet homme, Fares, comme je finirai par apprendre son nom, me voyait. Vraiment. Il s'est approché de moi, lentement, sans précipitation, comme pour ne pas m'effrayer. Il portait des vêtements simples, mais propres, et dégageait une aura de calme qui contrastait avec le chaos ambiant. Mes mains tremblaient légèrement en me crispant sur le morceau de tissu usé qui me servait de robe. J'avais appris à me méfier des gestes soudains, des promesses murmurées à la va-vite.

Keep reading "La Promesse d'Ailleurs"

The full chapter is in the AIBookCraft app — free to read, with your spot saved.

Free on iOS & Android · No signup to read