Chapter 2
L'Art de la Manipulation Mentale (et des Notes de Physique)
La découverte s'intensifie : Mike peut influencer les pensées. Il devient roi du lycée, mais la facilité le rend imprudent. Ses pouvoirs s'emballent, créant des situations cocasses et dangereuses, le faisant douter de sa propre volonté.
Le début, c'était à peu près au même moment où j'ai découvert que je pouvais faire disparaître les épinards de mon assiette sans même toucher la fourchette. Une sorte de miracle culinaire, quoi. Mais le vrai truc, le truc qui a tout fait basculer, c'est quand j'ai compris que je pouvais entendre… eh bien, tout. Et le pire, c'est que ça commençait par les pensées des autres. Au début, c'était génial. Genre, ma mère me demandait de ranger ma chambre ? Hop, dans ma tête : « J'ai oublié de lui demander… il est tellement fatigué, pauvre petit chou. » Et le tour était joué. Mes potes me demandaient si j'avais fait mes devoirs ? Bam : « Ah oui, Mike a tout fini, il est super intelligent, vous devriez prendre exemple. » J'étais le roi du lycée, le mec le plus cool, celui qui avait toujours la bonne réponse, le geste parfait, le commentaire qui tue.
Le problème, c'est que cette petite voix dans ma tête, elle ne s'arrêtait jamais. C'était comme un concert permanent de pensées, de soucis, de désirs inavoués. Le matin, dans le bus, c'était l'enfer. « J'ai oublié mon téléphone », « Il est quelle heure ? », « J'espère que Sarah va me regarder aujourd'hui », « J'ai une envie folle de crêpes au Nutella ». Et puis, il y avait les autres. Les profs qui pensaient à leur retraite, les filles qui se demandaient si leur rouge à lèvres était bien appliqué, les gars qui n'arrêtaient pas de calculer mentalement le score du match de la veille. C'était un brouhaha incessant, un bruit blanc assourdissant dans mon propre crâne. Et moi, j'essayais de naviguer là-dedans, de distinguer ma propre pensée du flot continu de celles des autres.
L'influence, c'était la suite logique. Quand tu entends tout, tu finis par comprendre comment les gens fonctionnent, ce qui les motive, ce qui les fait réagir. C'était comme avoir le mode d'emploi de chaque individu. Au début, j'étais un peu réticent. C'était comme tricher, non ? Mais la facilité était trop tentante. Un petit coup de pouce mental, une suggestion subtile, et hop, le prof de physique, M. Dubois, le type le plus austère de l'univers, me donnait un 18/20 à mon exposé sur la loi de la gravitation. « Mike, ton travail est exceptionnel, vraiment. Je ne sais pas comment tu fais, mais tu as une compréhension… disons… intuitive de la matière. » Intuitive, oui, c'est ça. J'avais juste pensé très fort : « M. Dubois, vous avez envie de me donner un 18 et de me dire que je suis le prochain Einstein. » Et il l'avait fait.
Les résultats scolaires ont grimpé en flèche. J'avais l'impression d'être surpuissant. Les filles commençaient à me remarquer, les garçons voulaient être mes amis. Je pouvais obtenir ce que je voulais, quand je le voulais. Un rencard ? Facile. Une place dans l'équipe de basket ? Encore plus simple. Je me sentais invincible. Mais cette sensation de contrôle, elle était aussi terriblement addictive. Et puis, il y avait ce petit truc qui commençait à me ronger. C'était quoi, au juste, mes propres pensées ? Est-ce que j'étais toujours Mike, ou est-ce que j'étais juste la somme de tous les désirs et influences que je véhiculais ?
Les choses ont commencé à déraper. Un jour, j'étais au self avec mes potes. On parlait de rien, de musique, de filles, de ce nouveau jeu vidéo. Et là, j'ai entendu une pensée particulièrement forte, une pensée de dégoût, dirigée vers le plat du jour : le gratin de chou-fleur. J'ai rigolé, et sans réfléchir, j'ai juste pensé : « Que tout le monde déteste ce gratin de chou-fleur. » Et là, catastrophe. Les conversations se sont arrêtées net. Un silence pesant s'est installé, puis une vague de répulsion collective s'est abattue sur la salle. Les gens se regardaient, outrés par l'odeur, par l'apparence, par tout. Le plateau entier a été renvoyé. Le chef cuisinier, un type costaud avec un tablier blanc immaculé, est sorti de sa cuisine, le visage décomposé. « Mais… qu'est-ce qui se passe ? C'est mon meilleur gratin ! » a-t-il crié, avant de s'effondrer en larmes. Mes potes me regardaient, un peu effrayés. « Mike, t'as vu ça ? C'est bizarre, non ? »
Un autre jour, j'essayais d'éviter ma sœur qui me harcelait pour que je lui prête mon nouveau casque audio. Elle était devant ma porte, prête à défoncer le bois. Dans ma tête, j'ai pensé : « Elle veut absolument aller faire les courses avec maman. » Et bam ! Elle s'est retournée, a crié : « Maman ! Je suis prête ! On y va ? » et elle est partie comme une flèche. Ma mère m'a regardé, perplexe. « Mais elle ne voulait pas du casque ? » J'ai haussé les épaules, un sourire forcé aux lèvres. « Apparemment, elle a eu une illumination. » Mais au fond, j'étais mal à l'aise. Je ne contrôlais plus vraiment le flux. C'était comme si mes pensées prenaient vie, mais de manière incontrôlable, déformée.
Les situations devenaient de plus en plus absurdes. Un prof qui se mettait à chanter du rap en pleine leçon d'histoire, une fille qui se mettait à parler aux plantes comme si c'était ses meilleurs amis, mon chien qui se levait sur ses pattes arrière et me demandait poliment : « Maître, pourrais-je avoir un biscuit ? » Je commençais à avoir peur. Peur de moi-même. Peur de ce que je pouvais devenir. Ma maladresse initiale, celle qui me faisait trébucher dans les escaliers ou renverser mon plateau au self, elle semblait s'être transformée en une maladresse mentale, chaotique et dangereuse.
Et puis, il y a eu cette voix. Elle n'était pas comme les autres pensées. Elle était… différente. Plus profonde, plus résonnante. Elle s'est insinuée dans mon esprit un après-midi, alors que j'étais assis sur le banc du parc, essayant désespérément de faire taire le brouhaha ambiant. « Tu n'es pas le seul, Mike. » La voix était calme, presque mélodieuse, mais elle portait une puissance indéniable. J'ai sursauté. « Qui… qui est là ? » ai-je murmuré, me sentant ridicule de parler tout seul. « Je suis là. Dans ton esprit. Et je sais ce que tu ressens. Cette puissance… elle peut être un fardeau, n'est-ce pas ? »
Mon cœur battait la chamade. Je ne comprenais pas. Qui était cette voix ? Et comment savait-elle ? « Comment… comment sais-tu ? » ai-je demandé, ma voix tremblante. « Parce que je suis comme toi, Mike. Ou plutôt, j'étais comme toi. Il y a des dons, des pouvoirs, qui circulent dans ce monde. Des dons que les gens ordinaires ne peuvent pas comprendre. » La voix semblait presque… compatissante. « Et il y a un endroit. Un endroit où la magie est brute, indomptée. Où les dons comme les tiens s'épanouissent. La Magie Sauvage. »
Magie Sauvage. Le nom résonnait en moi, comme une promesse, comme un appel. « Où est cet endroit ? » ai-je demandé, une lueur d'espoir naissant dans mon cœur angoissé. « Il est caché. Difficile à trouver. Mais tu le trouveras. Quand tu seras prêt. » La voix s'est estompée, me laissant seul avec mes pensées, ou plutôt, avec le silence soudain qui avait remplacé le vacarme. Un silence qui était presque aussi déstabilisant que le bruit.
L'idée de trouver cet endroit, la Magie Sauvage, a commencé à germer dans mon esprit. C'était peut-être la solution. Un endroit où je pourrais apprendre à contrôler ces pouvoirs qui me dépassaient, où je ne serais plus une marionnette de mes propres pensées incontrôlées. Je voulais trouver la paix, comprendre ce qui m'arrivait, et surtout, redevenir moi-même.
J'ai commencé à faire des recherches discrètement. Des légendes anciennes, des contes oubliés, tout ce qui pouvait me donner un indice. J'ai passé des heures à la bibliothèque, feuilletant des livres poussiéreux, cherchant des symboles, des allusions. Mes parents pensaient que je devenais un rat de bibliothèque, ce qui n'était pas si loin de la vérité. Mais j'évitais de faire des « miracles » à la maison. J'avais peur de trop en faire, de révéler mon secret.
Un soir, alors que je fouillais dans le grenier à la recherche de vieux albums de photos, je suis tombé sur une carte. Elle était vieille, jaunie, avec des symboles étranges et une ligne tracée à travers des montagnes et des forêts. Au centre, un symbole qui ressemblait à une spirale lumineuse. C'était exactement le genre de carte que j'imaginais trouver dans un roman de fantasy. Je me suis senti parcouru d'une excitation mêlée d'appréhension. Cette carte… elle me parlait. Elle me disait : « C'est par là. »
Je n'ai pas hésité longtemps. Il fallait que je parte. Je devais trouver cet endroit. Je me suis préparé en secret, rassemblant des provisions, une boussole, une lampe torche. J'ai laissé une lettre vague à mes parents, disant que je partais en voyage avec un ami. Ils seraient inquiets, bien sûr, mais je savais que c'était la seule façon.
Le lendemain matin, avant l'aube, j'ai quitté la maison. Mes pas résonnaient sur le trottoir silencieux. L'air était frais, chargé de l'odeur de la rosée et des pins. J'ai regardé ma maison une dernière fois, puis j'ai tourné les talons et j'ai marché vers l'inconnu.
Le voyage n'a pas tardé à devenir… intéressant. La carte m'a mené dans des endroits de plus en plus reculés, des forêts denses où la lumière du soleil peinait à percer, des sentiers rocailleux qui serpentaient entre des falaises abruptes. Et puis, j'ai commencé à rencontrer des choses étranges.
La première rencontre notable, c'est avec un renard. Pas un renard ordinaire, non. Celui-ci avait une fourrure couleur de nuit, parsemée de points lumineux comme des étoiles. Il me regardait avec des yeux d'un bleu électrique hypnotique. Au début, j'ai eu peur. Mais ensuite, j'ai entendu une pensée distincte dans ma tête, une pensée qui ne venait pas de moi : « N'aie crainte, voyageur. Je suis ici pour t'observer. » J'étais stupéfait. Je pouvais communiquer avec lui ? Je lui ai demandé, mentalement : « Observer quoi ? » Et il m'a répondu : « Observer ta progression. Et peut-être… te guider. »
Plus je m'enfonçais dans la forêt, plus les créatures devenaient inhabituelles. Des oiseaux aux plumes arc-en-ciel qui chantaient des mélodies complexes, des écureuils qui ressemblaient à des petits dragons miniatures, des papillons dont les ailes projetaient des images mouvantes dans l'air. C'était comme si le monde autour de moi avait pris vie, mais d'une manière que je n'aurais jamais imaginée.
Et les objets… ah, les objets ! Un jour, j'ai trouvé une vieille hache rouillée plantée dans un tronc d'arbre. Sans vraiment y penser, j'ai imaginé la hache se planter dans le sol, comme un garde. Et elle l'a fait. Elle s'est arrachée du bois et a atterri, d'elle-même, avec un bruit sourd, pointant vers le ciel. J'ai essayé avec une pierre. J'ai pensé qu'elle devait rouler vers moi. Et la pierre a roulé. C'était comme si tout ce qui m'entourait était à ma disposition, prêt à obéir à mes moindres pensées.
Cette capacité à contrôler les objets, c'était grisant. J'ai utilisé une branche pour me frayer un chemin dans les broussailles, une pierre pour allumer un feu, une liane pour traverser une petite rivière. J'étais comme un magicien, un véritable sorcier. Mais cette puissance, elle attirait aussi l'attention.
Je le sentais. Une présence. Pas une pensée, pas une voix, mais une sorte d'aura menaçante qui me suivait à distance. C'était une sensation de froid, de calcul. Quelqu'un me traquait. Et cette personne, elle savait ce que j'étais capable de faire. Je pouvais sentir son intérêt grandir, son désir de me capturer.
Un soir, alors que je campais près d'un ruisseau, j'ai entendu un bruit. Pas un bruit d'animal, mais un bruit de pas. Des pas lourds, déterminés. J'ai rapidement pensé : « Que les arbres se rapprochent, qu'ils forment un mur. » Et les arbres ont obéi. Les branches se sont entrelacées, les troncs ont bougé, formant une barrière impénétrable entre moi et ce qui se trouvait dehors. J'ai entendu un grognement de frustration. Puis, des mots, clairs et tranchants : « Tu ne peux pas te cacher éternellement, garçon. Nous savons que tu es là. »
La voix était froide, celle d'un homme habitué à donner des ordres. Je pouvais sentir sa détermination, sa cruauté. C'était lui, le traqueur. L'organisation dont la voix mystérieuse m'avait parlé. Ils voulaient mes pouvoirs. Ils voulaient m'utiliser. Et là, dans l'obscurité de la forêt, entouré par les arbres qui me protégeaient, j'ai ressenti une peur nouvelle. Pas la peur de perdre le contrôle de mes pouvoirs, mais la peur d'être contrôlé. La peur de devenir une arme entre les mains de quelqu'un d'autre. Le choix était là, devant moi : fuir, ou me battre. Et pour la première fois, je n'étais plus sûr de vouloir gagner.