Chapter 3

Le Mystère du Costume Scintillant

Pour son prochain grand rôle, Anna a besoin d'un costume de princesse intergalactique. Elle décide de le fabriquer elle-même avec des rideaux, des paillettes et du papier aluminium. Un chef-d'œuvre... ou un désastre ?

8 min read

Chapitre 3 : Le Mystère du Costume Scintillant

Anna, sept ans, était une tornade d'idées, une petite tornade qui tournait sans cesse autour de sa propre étoile imaginaire. Son dernier projet, qui avait pris racine dans le sol fertile de son esprit débordant, était de se transformer en une princesse intergalactique. Pas n'importe quelle princesse, non. Une princesse qui non seulement régnait sur des galaxies lointaines, mais qui, en plus, brillait de mille feux, capable d'éblouir les spectateurs jusqu'au dernier rang. Pour cela, il lui fallait le costume parfait. Et quand Anna voulait quelque chose, elle ne s'embarrassait pas de futilités comme les magasins ou les couturières. Non, Anna était une artiste, une créatrice, une inventrice de mode cosmique. Son atelier ? La chambre de ses parents, transformée en un champ de bataille créatif dès qu'ils avaient le dos tourné.

Le matin même, après un rapide petit-déjeuner avalé à la vitesse de l'éclair (une performance en soi, car Anna avait tendance à préférer la contemplation de ses futurs exploits aux plaisirs terrestres de la nourriture), elle avait repéré LA matière première. Les rideaux de la salle à manger. Des rideaux d'un pourpre profond, un peu passés, certes, mais qui, dans l'imagination d'Anna, étaient déjà des étoffes célestes, des voiles de nébuleuse prêts à être remodelés. Elle les avait observés avec l'œil d'un architecte devant une cathédrale, discernant déjà les lignes, les formes, le potentiel scintillant.

« Maman, je peux emprunter ces rideaux ? » avait-elle demandé, son regard pétillant d'une innocence calculée qui désarmait toujours Mme Smiley.

« Emprunter ? Pour faire quoi, ma chérie ? » avait répondu sa mère, un léger sourire aux lèvres, habituée aux requêtes extravagantes de sa fille.

« Pour mon costume de princesse ! Une princesse très, très importante, qui vient d'une autre galaxie ! Elle doit briller, tu comprends ? Comme les étoiles. »

Mme Smiley avait soupiré doucement, mais avait fini par céder. « D'accord, mais tu me promets de faire très attention. Et de me les rendre propres. » Elle avait ajouté, un peu plus bas, comme pour elle-même, « Ce qui, avec toi, est déjà un petit miracle. »

Anna avait bondi de joie, serrant son mother’s neck dans un étreinte qui sentait le dentifrice et l'ambition démesurée. « Oh oui, Maman, promis ! Tu vas voir, ce sera le plus beau costume du monde ! »

Le "plus beau costume du monde" était en train de prendre forme sur le sol de la chambre d'Anna, un joyeux chaos de fils tirés, de tissus froissés et d'une lueur inquiétante de colle. Les rideaux, une fois décrochés, avaient révélé leur vraie nature : un peu rêches, un peu poussiéreux, mais surtout, d'une couleur si profonde qu'elle rappelait effectivement le ciel nocturne. Anna avait découpé des morceaux avec une énergie débordante, ignorant les bords irréguliers et les trous qu'elle laissait derrière elle. C'était l'art, après tout. L'art n'était pas censé être parfait, n'est-ce pas ?

Pour le côté scintillant, elle avait sorti l'arsenal secret : une boîte de paillettes multicolores, un tube de colle à paillettes qui ressemblait étrangement à une petite créature gluante, et, cerise sur le gâteau cosmique, une bobine de papier aluminium. Le papier aluminium, dans son esprit, était l'équivalent des écailles d'un dragon stellaire, ou peut-être des ailes d'une comète. Elle avait froissé des feuilles, les avait collées sur le tissu pourpre avec une application digne d'une horloge suisse, créant des effets de lumière éblouissants. Les paillettes, elles, avaient été saupoudrées généreusement, recouvrant chaque centimètre carré d'une poussière d'étoiles artificielle.

Le résultat était… spectaculaire. Et pas forcément dans le bon sens du terme. Le tissu pourpre, maintenant parsemé de taches de colle séchée, semblait avoir été attaqué par une armée de lucioles ivres. Les morceaux de papier aluminium, froissés de manière aléatoire, captaient la lumière de façon erratique, créant des éclats aveuglants suivis de zones d'ombre mystérieuses. Les paillettes, elles, formaient des amas, des rivières, des montagnes, créant un effet de texture presque tridimensionnel, mais aussi un peu… collant. Chaque mouvement d'Anna dégageait une pluie fine de paillettes qui s'accrochaient à tout : ses cheveux, le tapis, le museau du chat qui avait eu le malheur de passer par là.

« C'est… c'est magnifique ! » s'exclama Anna, se redressant fièrement au milieu de son œuvre. Elle tournait sur elle-même, le costume bruissant et crépitant à chaque mouvement. Les rideaux, maintenant déchiquetés et recouverts d'une couche de bling-bling, formaient une sorte de robe informe, hérissée de pointes de papier aluminium et d'une poussière de paillettes qui semblait s'échapper dans toutes les directions. Elle avait attaché une vieille ceinture argentée autour de sa taille, et une couronne en carton recouverte de papier aluminium coiffait ses cheveux, d'où s'échappaient quelques mèches rebelles cachées sous la brillance.

Le chat, effrayé par le spectacle et la pluie de paillettes, avait pris la fuite, laissant derrière lui une trace de poils argentés mêlés aux étoiles artificielles.

À ce moment-là, la porte de la chambre s'ouvrit doucement et M. Smiley apparut, un livre à la main. Il s'arrêta net dans l'embrasure, ses yeux s'écarquillant légèrement en découvrant le tableau. Sa fille, transformée en une sorte de boule à facettes géante, trônait au milieu d'une explosion de paillettes et de papier froissé.

« Eh bien, Anna », dit-il, un sourire contenu dans la voix. « On dirait que tu as déjà trouvé ton costume de star. »

Anna rayonnait. « N'est-ce pas génial, Papa ? C'est une princesse intergalactique ! Elle vient d'une planète où tout brille ! Regarde ! » Elle fit une pirouette, et une nouvelle volée de paillettes s'éparpilla dans la pièce.

M. Smiley s'approcha avec précaution, essayant de ne pas marcher sur les débris scintillants. Il regarda le costume de plus près. « C'est… très original, ma puce. Elle est… très brillante. Et bruyante. »

« C'est normal, Papa ! C'est le bruit des étoiles qui scintillent ! » expliqua Anna avec une logique implacable.

Il hocha la tête, impressionné par la conviction de sa fille. « Bien sûr. Et cette partie là, en aluminium, c'est pour… ? »

« C'est pour ses ailes de comète ! Quand elle vole entre les planètes ! »

« Ah, ses ailes de comète. Bien sûr. » Il faillit ajouter "qui ressemblent un peu à du papier d'emballage froissé", mais se retint. Il savait que l'imagination d'Anna était un territoire fragile, qu'il ne fallait pas trop brusquer. « C'est un costume très… audacieux, Anna. Tu es sûre que tu veux y aller comme ça ? »

Anna eut un mouvement de recul, sa lueur d'enthousiasme vacillant légèrement. Audacieux ? Elle avait pensé à "magnifique" et "inoubliable". « Pourquoi ? Il n'est pas assez… brillant ? »

« Oh si, si ! Il est plus que brillant, il est… éblouissant. Presque trop. » Il hésita, cherchant ses mots. « Parfois, pour être une star, il faut aussi que les gens puissent te voir, et t'entendre, sans être aveuglés par trop de… scintillements. »

Anna fronça les sourcils. Elle n'avait jamais pensé à ça. Son rêve, c'était de briller, de faire sensation. Elle n'avait pas envisagé que "briller" puisse être un problème.

« Mais… » commença-t-elle, la voix un peu plus basse.

« Mais », reprit M. Smiley, s'agenouillant pour être à sa hauteur, « ton imagination est incroyable, Anna. Ce costume, c'est toi. Et c'est ça qui est le plus beau. On peut peut-être juste… ajuster un peu le niveau de brillance ? Juste pour que le public puisse admirer aussi ta magnifique performance. »

Anna regarda son costume, puis son père. Elle vit sa sincérité, son amour, et une pointe d'amusement dans ses yeux. Elle savait qu'il ne voulait pas la décourager, juste l'aider. Elle soupira, un petit soupir de princesse intergalactique un peu déçue.

« D'accord, Papa. On va essayer de… modérer l'éclat. Mais juste un peu. Parce que je suis une star, quand même. »

M. Smiley sourit. « Bien sûr, ma chérie. Tu es une star. Et les étoiles, ça brille. »

Alors, sous l'œil expert (et légèrement incrédule) de son père, Anna commença une nouvelle phase de création : la phase de "dés-scintillement". Elle enleva quelques morceaux de papier aluminium, tenta de lisser les accumulations de paillettes, et essaya de ramener un semblant d'ordre dans le chaos cosmique. Le costume perdit un peu de son éclat aveuglant, mais il gagna en… quelque chose d'autre. Une sorte de charme un peu délabré, un peu fait maison, qui, étrangement, rendait Anna encore plus attachante. Elle n'était pas une princesse intergalactique parfaite, elle était Anna, avec son imagination débordante et ses créations uniques. Et ça, c'était déjà pas mal. Le mystère du costume scintillant était loin d'être résolu, mais une nouvelle étape vers la scène était franchie, un pas prudent, un pas pailleté, un pas plein d'amour paternel.

✦ ✦ ✦