Chapter 2
Première Scène : La Cuisine
Anna décide de monter un spectacle pour ses parents. Elle transforme la cuisine en scène, utilisant des ustensiles comme accessoires. Le résultat ? Une avalanche de farine et une cascade de casseroles, mais des rires garantis.
Anna, sept ans, avait une idée. Une idée si brillante, si étincelante, qu’elle la fit tourner sur elle-même dans le salon, les bras écartés comme si elle allait attraper les étoiles. Il fallait qu’elle monte un spectacle. Immédiatement. Pour ses parents. Après tout, comment devenir une star mondiale si l’on ne commence pas par conquérir son propre foyer ? C’était une étape logique, évidente.
Elle avait observé ses parents le soir précédent, confortablement installés sur le canapé, devant ce rectangle lumineux qui racontait des histoires. Et Anna s’était dit : « Moi aussi, je peux raconter des histoires. Des histoires encore plus belles ! » Son cœur battait la chamade à cette pensée. Elle visualisait déjà les applaudissements, les vivats, les bouquets de fleurs lancés sur la scène.
La cuisine, pensa-t-elle soudain, serait parfaite. C’était le cœur de la maison, un endroit où l’on cuisinait, certes, mais aussi un endroit où la vie se passait. Et puis, il y avait tant d’accessoires ! Des casseroles pour faire du bruit, des cuillères pour tenir en l’air comme des baguettes magiques, des bols pour y jeter des confettis… Oui, la cuisine, c’était le théâtre idéal pour une future star.
Elle se faufila dans la cuisine, l’air conspirateur. Sa mère était occupée à lire le journal, son père était plongé dans son ordinateur. Parfait. Le moment était venu de transformer cet espace familier en une scène de renommée internationale. Elle commença par déplacer la petite table ronde du milieu pour dégager un espace central. Puis, elle se mit à rassembler ses trésors.
Une grande casserole en inox, brillante comme un miroir, deviendrait son micro d’or. Deux cuillères en bois, ses sceptres de pouvoir. Une vieille passoire trouée, un chapeau de princesse futuriste. Elle déplaça le tabouret de la cuisine pour en faire un trône improvisé. L’enthousiasme la gagnait. Chaque objet prenait une nouvelle dimension, une nouvelle signification sous son regard d’artiste.
Elle avait besoin de musique. Ses parents avaient une petite radio sur le comptoir. Elle la tourna, cherchant la station parfaite pour accompagner son numéro. Pas trop rapide, pas trop lente. Quelque chose qui fasse rêver. Elle tomba sur une mélodie douce, un peu jazzy. Elle la trouva parfaite.
Maintenant, il fallait le costume. Anna s’élança vers sa chambre et en revint quelques instants plus tard, drapée dans un grand foulard rouge vif de sa mère, qu’elle avait noué autour de son cou comme une cape de super-héroïne. Elle enfila, par-dessus sa robe, le pull trop grand de son père, qui lui tombait jusqu’aux genoux. Un peu de maquillage ? Elle ouvrit la boîte de feutres de dessin de son père et en choisit un rouge pour se dessiner des étoiles sur les joues et un bleu pour souligner ses yeux. C’était la touche finale. Elle se regarda dans le reflet de la porte du four. Elle était magnifique. Elle était prête.
Elle s’écarta de la cuisine, le cœur battant une samba effrénée. « Papa ! Maman ! Venez voir ! J’ai un spectacle pour vous ! »
Sa mère baissa son journal avec un sourire amusé. Son père leva les yeux de son écran, un léger froncement de sourcils qui se mua rapidement en un sourire attendri. Ils se levèrent et se dirigèrent vers la cuisine, intrigués.
Anna était déjà sur son "trône improvisé", la casserole en guise de micro tenue fermement dans sa main. La radio jouait sa douce mélodie. Elle prit une grande inspiration.
« Mesdames et messieurs, et surtout mes chers parents ! Bienvenue à ce spectacle exceptionnel ! » sa voix résonna dans la cuisine, un peu plus aiguë que d’habitude à cause de l’excitation. « Ce soir, vous allez assister à… la métamorphose ! »
Elle se leva avec une dignité royale, sa cape rouge flottant derrière elle. Elle commença à danser, tournant sur elle-même, les bras levés vers le plafond. Elle imitait les mouvements des danseuses qu’elle voyait à la télévision, ajoutant ses propres pirouettes et ses sauts audacieux. La passoire sur sa tête glissa un peu, mais elle la rattrapa avec une pirouette encore plus spectaculaire.
Ses parents la regardaient, un mélange de tendresse et d’amusement dans les yeux. Mme Smiley se rappela ses propres rêves d’enfant, ces moments où le monde entier se transformait en une scène imaginaire. M. Smiley, lui, appréciait la joie pure qui émanait de sa fille, même si une petite appréhension montait en lui à l’idée des dégâts potentiels.
Anna décida qu’il était temps d’introduire les accessoires. Elle saisit ses cuillères en bois et se mit à les faire tournoyer, créant des effets sonores rythmés avec la musique. Elle s’approcha du buffet, où sa mère avait préparé des biscuits pour le goûter. C’est là qu’elle eut une autre idée géniale.
« Et maintenant, mesdames et messieurs, préparez-vous pour… la pluie de confettis ! »
Elle attrapa le pot de farine qui se trouvait sur le comptoir. Elle n’avait pas de confettis, mais la farine, c’était blanc, c’était léger, ça tombait en pluie… C’était parfait ! Elle ouvrit le pot avec une détermination farouche et commença à en verser une bonne quantité dans les airs, au-dessus de sa tête.
Le problème, c’est que le pot était plein. Très plein. Et la farine, quand elle est projetée avec autant d’enthousiasme, a tendance à ne pas se disperser uniformément. Une bonne partie atterrit sur Anna, la couvrant d’une fine couche blanche, lui donnant l’air d’un petit fantôme farceur. Une autre partie s’écrasa sur le sol de la cuisine, formant un nuage blanc impressionnant.
Mais Anna, dans son élan, ne s’arrêta pas là. Elle voulut faire un grand geste pour montrer la beauté de cette "pluie de confettis". Elle agita son bras en grand, et c’est ainsi que la grande casserole en inox, encore à moitié pleine de l’eau de rinçage de la vaisselle du matin, décolla du comptoir.
Elle vola. Pas très loin, mais assez pour aller se fracasser contre les portes des placards de la cuisine avec un bruit retentissant. L’eau éclaboussa partout, y compris sur les parents d’Anna, qui sursautèrent. Les cuillères en bois tombèrent des mains d’Anna.
La musique s’arrêta brusquement. Le silence qui suivit fut assourdissant, interrompu seulement par le goutte-à-goutte de l’eau qui tombait des placards. Anna, figée au milieu de son nuage de farine, le pot encore dans la main, réalisa l’ampleur de ce qui venait de se passer. Sa cape rouge était maintenant tachetée d’eau et de farine. Son foulard de princesse futuriste, la passoire, gisait au sol.
Mme Smiley se frotta le bras, une goutte d’eau froide lui coulant le long du cou. M. Smiley regardait le sol, une fine couche blanche recouvrant les carreaux. Il s’attendait à un cri, à une dispute. Mais Anna ne pleurait pas.
Elle baissa lentement la tête, le pot de farine toujours dans sa main. Le rouge sur ses joues se fondait avec la farine, donnant l’impression qu’elle avait une drôle d’éruption cutanée. Un petit sourire timide apparut sur ses lèvres.
« Euh… c’était… un effet spécial ? » murmura-t-elle.
Ses parents échangèrent un regard. Mme Smiley ne put s’empêcher de laisser échapper un petit rire. M. Smiley, malgré le désordre, esquissa un sourire.
« Un effet spécial… très… réaliste, ma chérie, » dit Mme Smiley en s’approchant d’elle. Elle lui enleva doucement le pot de farine des mains. « Mais peut-être qu’on pourrait essayer la pluie de confettis avec des vrais confettis, la prochaine fois. Et peut-être pas avec l’eau de vaisselle. »
M. Smiley se pencha pour ramasser les cuillères en bois. « Et la casserole, dit-il en la regardant. Elle a fait un numéro d’acrobatie impressionnant. »
Anna, sentant que la catastrophe n’en était pas une, se mit à rire. Un rire franc, joyeux, qui fit écho dans la cuisine désormais un peu plus… décorée. Elle se jeta dans les bras de sa mère.
« Désolée, Maman. Désolé, Papa. Je voulais faire un truc super. »
« Tu l’as fait, ma puce, » répondit Mme Smiley en la serrant fort. « C’était super. Et… c’était très drôle. »
M. Smiley se joignit à l’étreinte. « Très drôle, en effet. Mais avant de devenir une star, il va falloir apprendre à nettoyer. »
Anna soupira. Le nettoyage n’était pas vraiment sa spécialité. Mais en regardant ses parents, le sourire aux lèvres malgré le désordre, elle sentit une chaleur différente de celle de la scène. Une chaleur faite de rires partagés et d’amour. Son spectacle n’avait pas été un succès planétaire, mais il avait réussi à faire rire ses parents. Et pour l’instant, c’était déjà un peu comme être une star. Une petite star, dans sa propre cuisine. Elle savait qu’il y aurait d’autres spectacles, d’autres idées, d’autres… accidents. Mais elle savait aussi qu’elle ne serait pas seule.