Chapter 8

Le Mur des Murmures

Le village, autrefois admiratif, se retourne contre Amira. Les regards se font accusateurs, les mots se transforment en pierres. Elle est devenue un monstre à leurs yeux.

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Le murmure devint un chuchotement, puis un grondement sourd qui soulevait la poussière des chemins et faisait frissonner les feuilles des arbres. Amira, qui avait connu les effluves suaves des roses et les compliments murmurés comme des berceuses, se retrouvait désormais enveloppée dans une brume glaciale de médisance. Les regards, autrefois pleins d'admiration, s’étaient durcis, devenant des flèches empoisonnées qui la transperçaient à chaque pas. Elle marchait dans le village comme une étrangère, une bête curieuse exposée dans une arène, et le regard des autres était le fouet qui la cinglait.

Autrefois, c’était son nom qui résonnait comme une mélodie douce, évoquant sa beauté éblouissante, le sourire éclatant qui illuminait le moindre recoin, la grâce de ses mouvements qui semblait échapper aux lois de la gravité. Les hommes s’arrêtaient net sur son passage, les femmes soupiraient d’envie, et les enfants lui tendaient des marges de fleurs sauvages, comme pour capter un peu de cette lumière qui semblait émaner d'elle. Mais aujourd'hui, le même village la regardait avec une horreur mêlée de dégoût. La poudre étrangère, cette horreur qui avait ravagé son visage, l'avait changée en une caricature grotesque, une ombre difforme de celle qu'elle était. Sa peau, autrefois d'une porcelaine immaculée, était désormais criblée de plaques rouges, de pustules douloureuses, et ses yeux, jadis deux étoiles scintillantes, semblaient s'enfoncer dans des orbites sombres et gonflées. Sa chevelure, naguère cascade d'ébène, semblait terne et sans vie, comme si la maladie avait également volé sa vitalité.

Elle entendait les mots, déformés par le vent, mais leur sens était clair comme du cristal. « Regarde-la… ahurissant… on dirait un monstre… » « Elle l’a bien cherché, avec son arrogance… » « Elle a voulu jouer les déesses, maintenant elle ressemble à une sorcière… » Chaque syllabe était un coup de marteau sur son cœur déjà brisé. Elle n’était plus Amira, la belle du village. Elle était devenue la paria, celle qu'on montrait du doigt, celle qu'on évitait dans la rue, celle dont on se moquait à voix basse, mais dont le rire résonnait dans son esprit comme une cacophonie assourdissante.

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