Chapter 2
L'Ombre de la Jalousie
Une amie d'enfance, rongée par l'envie, observe Amira. Un plan sournois germe dans son esprit, alimenté par une jalousie profonde et non dissimulée.
L'ombre de la jalousie s'épaississait autour d'Amira, telle une brume glaciale prête à engloutir sa lumière. Tandis qu'elle flottait dans sa bulle de perfection, inconsciente des tourments qui grondaient sous la surface de son existence idyllique, une autre âme, voisine et pourtant si distante, la scrutait avec une intensité dévorante. C'était Lyra, son amie d'enfance, une ombre insidieuse qui avait toujours vécu dans la lumière éclatante d'Amira, la comparant sans cesse, se rongeant de l'intérieur. Chaque sourire d'Amira, chaque compliment reçu, chaque pétale de fleur qui s'offrait à elle, était une flèche empoisonnée qui se logeait dans le cœur de Lyra, y creusant un abîme de ressentiment.
Lyra se tenait à l'écart, dissimulée dans le dédale des ruelles sinueuses du village, son regard fixé sur la silhouette gracieuse d'Amira qui s'avançait, baignée par le soleil de l'après-midi. La jeune femme, dans sa robe d'un bleu céleste, semblait une apparition, une déesse descendue sur terre. Les villageois s'arrêtaient, leurs visages s'éclairant d'un sourire admiratif, certains lui jetant des fleurs, d'autres des murmures d'éloges. Amira, habituée à cette adoration, acceptait ces marques d'affection avec une fierté naturelle, mais sans jamais vraiment y accorder une pensée profonde. Elle ne voyait pas les yeux qui la suivaient, les regards avides, ni surtout, la flamme sombre qui brûlait dans les prunelles de Lyra.
« Regarde-la », murmura Lyra, sa voix rauque teintée d'une amertume palpable. Elle serra ses poings, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes. « Toujours la même. La plus belle, la plus aimée. Et moi ? Je ne suis qu'une ombre dans son sillage. »
Une idée, née du venin de sa jalousie, commença à prendre forme dans l'esprit de Lyra. Une idée sombre, tordue, mais qui, elle en était certaine, apporterait un jour la souffrance qu'elle estimait qu'Amira méritait. Elle avait observé Amira se préparer ce matin-là, ses rituels méticuleux devant le miroir, le geste expert de sa main appliquant son fard. C'est là, dans cette routine familière, que Lyra avait trouvé sa faille.
« Elle se croit intouchable », pensa Lyra, un sourire cruel étirant ses lèvres. « Elle pense que sa beauté la protégera de tout. Elle va apprendre que la beauté n'est qu'une façade fragile, facilement brisée. »
Le lendemain, Amira se réveilla avec une excitation fébrile. Elle avait prévu de passer la journée avec son petit ami, le beau et jeune serviteur, celui qu'elle avait toujours traité avec une certaine condescendance, mais dont elle savait qu'il était éperdument amoureux d'elle. Elle se dirigea vers sa coiffeuse, le cœur léger, et s'apprêta à se maquiller. Lyra, ayant anticipé ses gestes, avait agi la veille. Dans le pot de fard à paupières, celui qu'Amira utilisait le plus souvent, Lyra avait discrètement mélangé une poudre fine, d'une couleur indistincte, mais d'une puissance dévastatrice. Un poison subtil, conçu pour attaquer la peau, pour effacer la perfection qu'elle enviait tant.
Amira appliqua le fard avec son pinceau habituel. Une sensation légère, presque imperceptible, de picotement parcourut ses paupières. Elle l'ignora, attribuant cela à la fatigue ou à une réaction allergique mineure. Mais le picotement s'intensifia, se transformant en une brûlure sourde. Une rougeur commença à se répandre, d'abord discrète, puis de plus en plus vive. Amira cligna des yeux, inquiète. Elle se regarda dans le miroir et un cri étranglé s'échappa de ses lèvres.
Sa peau, autrefois d'une porcelaine parfaite, était maintenant constellée de taches rouges. Des plaques sèches et rugueuses commençaient à apparaître, effaçant la douceur de ses joues, la clarté de son teint. Ses lèvres, d'un rose naturel et vibrant, se fissuraient, perdant leur éclat. La panique la saisit. Elle se frotta le visage, espérant dissiper cette horreur, mais cela ne fit qu'empirer les choses. La peau se tendait, devenait irritée, des pustules commençaient à poindre. Sa beauté, son trésor le plus précieux, s'évaporait sous ses yeux, la laissant défigurée.
« Non ! Non ! », sanglotait-elle, le visage enfoui dans ses mains. Les larmes coulaient, mais elles n'apportaient aucun soulagement, seulement une sensation de brûlure accrue.
Dans un accès de désespoir, elle courut vers la demeure de son petit ami. La porte s'ouvrit sur sa silhouette effrayée, le visage ravagé par les marques de la souffrance.
« Qu'est-ce que c'est que ceci ? », s'exclama-t-il, reculant instinctivement. Son regard, auparavant empli d'admiration, était maintenant teinté de dégoût et de surprise.
« C'est… c'est mon maquillage ! Je crois que j'ai fait une réaction… aide-moi ! », balbutia Amira, les larmes brouillant sa vision.
Il la regarda, un rictus amer sur le visage. « Ta beauté s'en va, Amira. C'est ce qui arrive quand on se repose trop sur ses lauriers. » Il s'approcha d'elle, mais son geste n'était pas celui d'un amoureux inquiet, mais d'un homme qui évaluait une perte. « Je pensais que tu étais parfaite. Mais tu ne l'es plus. »
Il la repoussa doucement, puis se détourna. « Désolé, Amira. Je ne peux pas être avec quelqu'un… comme ça. » Il lui tourna le dos, la laissant seule dans le couloir, le cœur brisé et le visage en feu.
La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans le village. La belle Amira, défigurée, rejetée. Les murmures se transformèrent en chuchotements moqueurs, puis en accusations. On la traitait de monstre, d'infortunée, de punie par le destin. Les fleurs cessèrent de lui être offertes. Les sourires admiratifs se transformèrent en regards de pitié mêlée de mépris. Amira, autrefois la reine du village, était maintenant une paria, isolée dans sa propre maison, le miroir devenu son pire ennemi.
Elle se terrait, incapable de supporter les regards et les paroles. Les jours se succédaient dans une torpeur douloureuse. Le souvenir de son petit ami la hantait, la cruauté de ses mots résonnant encore dans son esprit. Elle se sentait vide, inutile, sa seule valeur ayant été arrachée.
Un après-midi, alors qu'elle était assise près de la fenêtre, le regard perdu dans le vide, une silhouette apparut à l'entrée de son jardin. C'était la jeune servante, celle qu'Amira avait toujours traitée avec froideur, lui confiant les tâches ingrates, la réprimandant pour le moindre faux pas. La servante, dont le nom était Layla, s'approcha timidement, tenant un petit panier couvert d'un linge propre.
« Amira ? », osa-t-elle, sa voix douce et hésitante.
Amira leva les yeux, surprise. Elle ne s'attendait à personne. Surtout pas à Layla.
« Que veux-tu ? », demanda Amira, sa voix éraillée par le manque d'usage et la tristesse.
Layla s'avança, le regard plein de compassion. « Je suis venue vous voir. Je… je suis désolée pour ce qui vous est arrivé. »
Amira la regarda, perplexe. Elle ne comprenait pas cette gentillesse inattendue. « Mais… pourquoi ? Tu n'as aucune raison de l'être. »
« Si, Amira », répondit Layla, s'asseyant doucement sur le banc à côté d'elle, sans être invitée. Elle posa le panier sur ses genoux. « Je vous ai toujours vue. J'ai toujours su que sous cette beauté, il y avait une personne bonne. Vous avez été… distante avec moi, c'est vrai. Mais je sais que ce n'est pas votre vraie nature. »
Elle retira le linge, révélant des herbes médicinales et une pommade douce. « J'ai préparé ceci. Pour votre peau. Ma grand-mère m'a appris les secrets des plantes. Peut-être que cela pourra vous aider. »
Amira regarda la pommade, puis le visage sincère de Layla. Pour la première fois depuis sa disgrâce, une lueur d'espoir traversa son désespoir. Elle avait rejeté Layla, l'avait méprisée, et pourtant, cette jeune femme était là, offrant son aide sans rien attendre en retour. C'était un contraste saisissant avec tous les autres, y compris son propre petit ami.
Alors qu'elle s'apprêtait à prendre la pommade, Lyra apparut à l'improviste, surgissant de derrière un buisson. Son visage était déformé par un sourire triomphant, mais ses yeux trahissaient une inquiétude nouvelle en voyant Layla aux côtés d'Amira.
« Amira ! Je… je suis tellement désolée ! », s'exclama Lyra, sa voix empreinte d'une fausse détresse. Elle se jeta sur Amira, l'enlaçant maladroitement. « Je ne sais pas ce qui s'est passé ! C'est terrible ! »
Amira se raidit à son étreinte. Elle sentait le parfum familier du fard de Lyra, un parfum qui lui donnait désormais la nausée. Une pensée fulgurante traversa son esprit. Le maquillage… la poudre…
« Lyra », dit Amira, sa voix soudainement ferme, dénuée de la douceur habituelle. « Tu… tu as fait ça, n'est-ce pas ? »
Lyra recula, le sourire figé sur son visage. « Quoi ? De quoi parles-tu ? »
« Mon maquillage », continua Amira, sa voix montant en intensité. « La poudre que tu as mise dans mon fard. C'était toi. »
Le visage de Lyra se décomposa. La façade de l'amitié s'effondra, révélant la noirceur qui l'habitait. « Oui ! C'était moi ! », cria-t-elle, sa voix résonnant de fureur et de jalousie. « Tu mérites ça ! Tu as toujours eu tout ! La beauté, l'amour, l'admiration ! Et moi ? Je n'ai rien ! »
Elle se tourna vers Layla, la fusillant du regard. « Et toi ! Tu es une servante ! Tu ne devrais pas être là à la consoler ! »
« Je suis là parce que c'est la bonne chose à faire », répondit Layla calmement, se plaçant légèrement devant Amira.
Lyra, folle de rage, se retourna vers Amira. « Tu vas regretter ça ! Tu vas regretter d'être née ! » Elle s'enfuit en courant, disparaissant dans le village, ses cris de colère s'estompant au loin.
Amira resta là, tremblante, le visage toujours douloureux, mais son esprit clair pour la première fois depuis longtemps. Elle regarda Layla, son cœur empli d'une gratitude immense.
« Layla… je… je te remercie », murmura Amira, sa voix étranglée par l'émotion. « Tu es… tu es la seule qui soit restée. »
Layla lui sourit doucement. « La beauté est éphémère, Amira. Mais la gentillesse et la fidélité… ça, ça dure. »
Amira hocha la tête, les larmes coulant à nouveau, mais cette fois, ce n'étaient pas des larmes de désespoir, mais de prise de conscience. Sa beauté avait disparu, son petit ami l'avait abandonnée, le village la méprisait. Mais dans cette chute, elle avait trouvé quelque chose de bien plus précieux : la vérité. La vérité sur la nature humaine, sur la superficialité de l'apparence, et sur la valeur inestimable d'un cœur véritablement bon. Elle avait appris, dans la douleur, qu'elle ne devait jamais juger les autres à leur apparence ou à leur rang, et surtout, qu'il fallait écouter les avertissements de ceux qui nous aiment vraiment, même quand ils sont les plus humbles. L'ombre de la jalousie avait frappé, mais elle avait aussi, involontairement, illuminé le chemin vers une nouvelle compréhension pour Amira.