Chapter 1

Un Nouveau Départ Sanglant

La famille Dubois, vampires discrets, arrive dans la paisible ville d'Oakhaven. Sophie et Mike luttent pour masquer leur soif, tandis que Mia et Zoé se préparent à intégrer le lycée local, un défi de taille pour leur survie.

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Le soleil d'Oakhaven filtrait à travers les rideaux épais de la maison, une lumière timide qui semblait presque s'excuser d'exister dans ce quartier résidentiel endormi. Pour les Dubois, chaque rayon était une insulte, un rappel de la vie qu'ils avaient tenté de fuir, une vie où le soleil n'était qu'un lointain souvenir, une gêne à supporter plutôt qu'une source de chaleur et de vie. Ils étaient des créatures de la nuit, des ombres furtives dans un monde baigné de lumière.

Sophie sentit l'odeur familière du café, un arôme réconfortant qui ne parvenait pourtant pas à apaiser le grondement sourd qui vibrait au plus profond d'elle. Elle le tenait à distance, une lutte constante, une discipline de fer forgée au fil des siècles. Mike était déjà à la table de la cuisine, son regard perdu dans le vide, une tasse fumante posée devant lui, intacte. Il avait cette façon de se tenir, droit, imperturbable, comme un roc, mais Sophie savait que sous cette surface lisse se cachait une tempête.

« Tu as bien dormi ? » demanda-t-elle, sa voix douce malgré la tension qui lui nouait la gorge.

Mike leva les yeux, son regard d'un bleu profond traversant celui de Sophie sans vraiment le voir. « Comme d'habitude. Et toi ? »

« Le sommeil est une bénédiction que nous devons chérir, n'est-ce pas ? » Sa réponse était un murmure à peine audible, un clin d'œil à leur nature.

Les filles, Mia et Zoé, descendirent peu après, leurs pas légers sur le parquet. Mia, l'aînée, avait hérité de la grâce silencieuse de sa mère, ses mouvements fluides, presque félins. Zoé, en revanche, était un tourbillon d'énergie contenue, ses yeux pétillants d'une curiosité impatiente. Elles étaient belles, d'une beauté surnaturelle qui aurait pu attirer l'attention dans n'importe quelle rue, mais ici, à Oakhaven, elles devaient se fondre dans la masse.

« Bonjour, Maman. Bonjour, Papa, » dit Zoé, s'affalant sur une chaise avec un soupir théâtral. « Je suis tellement excitée pour le lycée ! J'espère que je vais me faire plein d'amis. »

Mia lui lança un regard réprobateur. « Zoé, sois raisonnable. On doit être discrètes. »

« Discrètes, oui, mais pas invisibles, Mia, » répliqua Sophie, s'asseyant face à ses filles. « Ta sœur a raison. Il faut essayer de vivre une vie normale. » Elle sentit une légère morsure à l'intérieur, un désir fugace qui la fit grimacer. Les odeurs de la ville, les odeurs de vie, étaient si fortes, si alléchantes.

Mike posa sa main sur celle de Sophie, un contact bref, un message silencieux de soutien. « Nous serons là. Nous vous soutiendrons. »

Le trajet jusqu'au lycée fut une épreuve de patience. Les rues d'Oakhaven étaient bordées de maisons impeccables, de jardins fleuris, de voitures garées dans les allées. Des enfants jouaient sur les pelouses, leurs rires cristallins résonnant dans l'air frais du matin. Chaque passant, chaque visage familier, était une tentation. Sophie se concentra sur la route, ses mains serrées sur le volant, tandis que Mike, à ses côtés, affichait une impassibilité de façade qui cachait mal l'effort qu'il déployait pour ne pas laisser transparaître sa faim.

Le lycée d'Oakhaven était une bâtisse impressionnante, faite de briques rouges et de grandes fenêtres qui reflétaient le ciel bleu. Des adolescents bruyants se pressaient dans les couloirs, leurs conversations animées remplissant l'espace. Mia et Zoé se tenaient un peu à l'écart, leurs sacs à dos serrés contre elles, leurs regards scrutant la foule avec une mélange d'appréhension et d'excitation.

« On se retrouve à la cafétéria pour le déjeuner, » dit Sophie, sa voix résolue malgré l'angoisse qui la tenaillait. Elle jeta un dernier regard à ses filles, un regard chargé de tout l'amour et de toutes les peurs qui l'habitaient.

La directrice Moreau les attendait dans son bureau, une pièce sobre et élégante, ornée de quelques tableaux abstraits et d'une bibliothèque bien fournie. Son sourire était chaleureux, mais son regard, d'un gris perçant, semblait lire en elles.

« Bienvenue à Oakhaven, Mesdemoiselles Dubois, » dit-elle, sa voix mélodieuse. « Je suis ravie de vous accueillir dans notre établissement. J'espère que vous vous y plairez. »

Mia répondit poliment, tandis que Zoé, trop nerveuse pour articuler correctement, se contenta d'un hochement de tête.

« J'ai déjà parlé à vos parents, » continua la directrice, son regard se posant un instant sur Sophie qui avait fait le déplacement. « Vous serez dans la même classe pour commencer. N'hésitez pas si vous avez le moindre souci. »

Les premières heures de cours furent un flot d'informations nouvelles, de visages inconnus, de règles à assimiler. Mia se sentait étrangement à l'aise, son intelligence vive lui permettant de saisir rapidement les attentes. Elle observait ses camarades, leurs interactions, leurs expressions, essayant de décrypter les codes sociaux de ce nouveau monde. Zoé, elle, luttait pour contenir son impatience, ses sens surstimulés par la cacophonie ambiante. L'odeur des jeunes corps, la chaleur de leur sang qui circulait sous leur peau, tout cela était une torture.

Lors de la pause déjeuner, les deux sœurs trouvèrent une table isolée dans la cafétéria bondée. Le bruit, les odeurs, tout était amplifié ici. Zoé se mordait la lèvre inférieure, ses poings serrés sous la table.

« Je n'en peux plus, Mia, » murmura-t-elle. « C'est trop. »

Mia lui attrapa la main. « Tiens bon, Zoé. On est ensemble. » Elle sentit une vibration étrange parcourir le bras de sa sœur, une tension palpable.

Soudain, un groupe de garçons passa près de leur table, l'un d'eux bousculant accidentellement Zoé. Le plateau de nourriture de celle-ci vacilla, et un jus de pomme rouge vif se répandit sur le chemisier blanc d'une jeune fille qui se tenait juste à côté.

« Oh non ! » s'exclama la fille, les yeux écarquillés.

La réaction de Zoé fut immédiate. Dans un mouvement d'une rapidité fulgurante, elle attrapa le bras de la jeune fille pour la stabiliser. Mais dans la précipitation, ses griffes, invisibles à l'œil nu pour la plupart des humains, s'étaient légèrement développées. La jeune fille sentit une douleur vive, une morsure superficielle, et poussa un cri de surprise.

« Aïe ! Qu'est-ce que tu as fait ? »

Zoé se figea, le visage livide. Elle avait dépassé les bornes. Mia se précipita, essayant de maîtriser la situation.

« Désolée, elle est un peu maladroite, » dit Mia, sa voix tremblant légèrement. « Ça va aller ? Laisse-moi voir. »

Elle regarda la petite blessure, une mince ligne rouge sur la peau de la jeune fille. Le sang, doré sous la lumière artificielle, attira son regard, et une pulsion fugace traversa son esprit. Elle la réprima aussitôt, se concentrant sur la réparation.

Le garçon qui avait bousculé Zoé s'approcha, l'air penaud. « Je suis vraiment désolé, Zoé. C'est de ma faute. » Il regarda la jeune fille, puis Zoé, son regard s'attardant sur les yeux de cette dernière, qui brillaient d'une lueur inhabituelle, une lueur de terreur et de quelque chose d'autre, d'indompté.

Il se pencha pour ramasser le plateau tombé, et son regard croisa celui de Zoé. Un instant, le temps sembla suspendu. Il vit quelque chose dans ses yeux, une profondeur, une intensité qui le déconcerta. Il ne comprenait pas, mais une étrange fascination s'empara de lui.

« Ça va aller, » dit-il à la jeune fille, sa voix plus douce maintenant. « C'est juste une petite éraflure. »

Il se tourna à nouveau vers Zoé, un sourire timide sur les lèvres. « Ce n'est pas grave. On a tous des journées comme ça. »

Zoé le regarda, stupéfaite. Il n'avait pas paniqué. Il n'avait pas crié. Il semblait... comprendre.

La directrice Moreau apparut à ce moment-là, alertée par le tumulte. Son regard balaya la scène, s'arrêtant un instant sur les yeux de Zoé, puis sur la légère blessure sur le bras de la jeune fille. Un léger froncement de sourcils traversa son visage, mais elle conserva son calme.

« Tout va bien ici ? » demanda-t-elle, sa voix douce mais ferme.

Mia hocha la tête. « Oui, Directrice. Juste un petit accident. »

La directrice Moreau jeta un regard appuyé à Zoé, un regard qui en disait long. « Assurez-vous que la jeune fille soit propre, » dit-elle à Mia. Puis, s'adressant à Zoé, d'une voix presque inaudible, elle ajouta, « La prochaine fois, sois plus prudente, ma chère. »

Le reste de la journée fut un brouillard pour Zoé. Elle se sentait traquée, sa plus grande peur s'étant réalisée. Elle avait failli être découverte. Le regard du garçon, cependant, continuait de la hanter. Il avait vu quelque chose, mais il n'avait pas eu peur.

En fin de journée, Sophie et Mike récupérèrent leurs filles. L'atmosphère dans la voiture était tendue. Zoé raconta l'incident, sa voix petite, remplie de remords.

« Je suis désolée, Maman, Papa. J'ai… j'ai failli tout gâcher. »

Sophie se pencha en arrière, le visage pâle. « Ce n'est pas grave, ma chérie. L'important est que personne n'ait été blessé. » Mais elle savait que c'était faux. Une blessure superficielle, oui, mais une blessure à la confiance, une fissure dans leur façade.

Mike serra le volant, ses jointures blanchissant. « Nous devons être plus vigilants. »

Mia ajouta, sa voix grave : « Il y avait un garçon. Il a vu quelque chose dans les yeux de Zoé. Mais il n'a pas eu peur. Il a même été… gentil. »

Sophie et Mike échangèrent un regard. Une lueur d'espoir mêlée d'une inquiétude nouvelle. L'incident avait failli les révéler, mais il avait aussi créé un lien inattendu.

De retour à la maison, le silence s'installa, lourd de questions et d'incertitudes. Devraient-ils fuir ? Recommencer leur errance ? La pensée même leur donnait le vertige. Ils avaient cherché un refuge, un endroit où leurs filles pourraient grandir en paix.

« Non, » dit Mike, sa voix résonnant dans la pièce. « Nous ne partirons pas. » Il regarda Sophie, son regard plein de détermination. « Nous avons choisi de venir ici. Nous resterons. »

Sophie acquiesça lentement, une résolution nouvelle se dessinant sur son visage. « Je suis d'accord. Mais nous devrons être plus prudents que jamais. Et nous aurons besoin de tous les alliés possibles. »

Elle pensa à la directrice Moreau, à son regard énigmatique, à son aide discrète. Et elle pensa au garçon qui avait vu Zoé, et qui n'avait pas fui. Peut-être qu'Oakhaven ne serait pas seulement un piège, mais aussi une opportunité. Une opportunité de trouver un équilibre, un équilibre précaire, mais un équilibre tout de même.

Le soleil se couchait sur Oakhaven, peignant le ciel de teintes orangées et violettes. Dans la maison des Dubois, une nouvelle nuit commençait, une nuit où le secret était plus lourd, la vigilance plus accrue, et l'avenir, plus incertain que jamais. Une ombre planait sur leur nouveau départ, une ombre qui annonçait des défis encore plus grands.

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