Chapter 2

Les Frères et Sœurs Ignorés

Léa, Théo et Chloé tentent d'approcher Gaston. Ils lui offrent des sourires et des mots doux, mais il les repousse. Leur amour inconditionnel contraste avec son attitude froide.

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Le bruit de mes bottes sur le gravier était le seul son qui rompait le silence de mon retour. Chaque pas me rapprochait de cette maison que j'avais fuie, de ces visages que j'avais appris à ignorer. La guerre m'avait appris à être seul, à ne compter que sur moi. Et maintenant, je devais affronter la seule chose que je détestais le plus : ma famille.

Dès que la porte s'est ouverte, je les ai vus. Léa, Théo, Chloé. Ils se tenaient là, immobiles, comme s'ils attendaient un miracle. Léa, ma sœur aînée, celle qui avait toujours tout géré avec une main de fer dans un gant de velours, avait les yeux pleins d'une interrogation muette. Théo, le petit dernier, celui dont l'énergie semblait inépuisable, me regardait avec une admiration que je ne méritais pas. Et Chloé, la plus sensible, celle qui avait toujours senti les choses avant qu'elles n'arrivent, semblait presque effrayée.

« Gaston ! » Sa voix, celle de Léa, était douce, presque un murmure. Elle s'avança, ses mains légèrement tendues, comme si elle craignait de me faire peur. « Tu es… tu es enfin rentré. »

Je n'ai pas répondu. J'ai juste posé mon sac au sol, le bruit sourd résonnant dans le hall. J'ai évité leurs regards, concentrant mon attention sur une tache sur le mur, un souvenir de je ne sais quelle dispute enfantine.

« On a préparé ton repas préféré », a poursuivi Léa, sa voix trahissant une pointe d'espoir. « Et ta chambre… on l’a refaite, juste comme tu l’aimais. »

J'ai haussé les épaules. « Je ne suis pas sûr d'avoir envie de manger. Et ma chambre… je m’en fiche. »

Théo s'est précipité en avant, ses yeux pétillant. « Mais Gaston, c'est ta nouvelle armure ! On l'a trouvée dans le grenier ! Elle est super cool ! » Il tenait une vieille armure de chevalier en carton, démodée et poussiéreuse.

J'ai ricané. « Une armure en carton ? Tu te moques de moi, Théo ? Je reviens de la guerre, pas d'un bal costumé. »

Chloé s'est approchée timidement, sa petite main effleurant mon bras. « On est contents que tu sois là, Gaston. On t’a manqué ? »

J'ai retiré mon bras brusquement. « Non. Et vous ne m’avez pas manqué non plus. J’étais mieux seul. »

Le silence est retombé, lourd, palpable. J'ai vu la tristesse dans leurs yeux, une tristesse que j’avais moi-même provoquée. Mais je ne pouvais pas faire autrement. La guerre m’avait changé. Elle m’avait donné des cicatrices, pas seulement sur mon corps, mais aussi dans mon âme. Je ne pouvais plus être le petit frère qu'ils avaient connu. J’étais un soldat, un homme endurci, un étranger.

Léa a soupriré, un son qui semblait porter le poids du monde. « Gaston, on sait que c’est dur. Mais nous sommes ta famille. On est là pour toi. »

« La famille », ai-je répété, un goût amer dans la bouche. « La famille, c'est ce qui vous retient. C'est ce qui vous rend faible. »

« Ce n’est pas vrai », a dit Théo, sa voix soudainement ferme. « C’est ce qui vous rend fort. »

J’ai secoué la tête, résolu à ne pas céder. « Vous ne comprenez rien. Vous n’avez jamais vu ce que j’ai vu. Vous n’avez jamais ressenti ce que j’ai ressenti. »

Je me suis dirigé vers ma chambre, ou plutôt, celle qui était censée être la mienne. Je l'ai trouvée impeccablement rangée, le lit fait, les draps frais. Il y avait même une petite fleur posée sur la table de chevet. Une tentative de Chloé, sans doute. J'ai arraché la fleur et l'ai jetée par la fenêtre.

« Laissez-moi tranquille », ai-je crié, ma voix résonnant dans les murs. « J’ai besoin d’être seul. »

J'ai fermé la porte à clé, me réfugiant dans la solitude que j'avais tant recherchée. Mais cette solitude était différente. Elle n'était plus une force, mais un fardeau. J'entendais leurs pas s'éloigner, et une étrange sensation de vide s'emparait de moi.

Les jours qui ont suivi ont été les plus longs de ma vie. J'ai passé mon temps enfermé dans ma chambre, à regarder par la fenêtre, à revivre les horreurs de la guerre. Mes frères et sœurs n'ont cessé de frapper à ma porte, de me laisser des messages, de déposer des plats devant ma chambre. J'ai tout ignoré. Leur amour me semblait une faiblesse, une chose que je ne pouvais pas me permettre.

Un soir, alors que le soleil se couchait dans un ciel de feu, j'ai entendu un bruit étrange. Un bourdonnement grave, comme un insecte géant. J'ai regardé par la fenêtre. Le ciel était traversé de lumières bleues et vertes, dansant de manière chaotique. Les arbres se mettaient à vibrer, leurs feuilles bruissant comme si elles étaient secouées par un vent invisible.

J'ai senti une peur glaciale me parcourir. Ce n'était pas un phénomène naturel. C'était… autre chose. Quelque chose que je n'avais jamais vu, même dans les pires batailles.

La porte de ma chambre s'est ouverte en grand. C'était Léa. Ses yeux étaient grands ouverts, fixant le ciel. « Gaston… qu’est-ce que c’est que ça ? »

Théo et Chloé sont arrivés derrière elle, leurs visages pâles. Théo tenait une vieille épée en bois, comme s'il était prêt à se battre. Chloé tremblait, serrant fort la main de Léa.

« Je ne sais pas », ai-je murmuré, ma voix rauque. « Mais je crois que ce n’est pas bon. »

Soudain, une lumière aveuglante a illuminé la pièce, suivie d'un rugissement assourdissant. La maison a tremblé, comme si elle allait s'effondrer. Des objets ont volé dans tous les sens. J'ai vu Léa se jeter sur Théo pour le protéger. Chloé s'est recroquevillée, les mains sur les oreilles.

Dans le chaos, mes pensées se sont brouillées. J'ai pensé à eux, à leur peur, à leur fragilité. Et pour la première fois depuis mon retour, j'ai ressenti quelque chose d'autre que le froid. Une impulsion. Une envie de les protéger.

« Restez ici ! » ai-je crié, ma voix portant au-dessus du vacarme. J'ai attrapé un vieux fusil de chasse qui traînait dans le coin, un vestige de mes jours de chasse avant la guerre. Je ne l'avais pas touché depuis des années, mais mes mains se sont souvenues.

J'ai ouvert la porte et me suis précipité dehors. Le jardin était dévasté. Des arbres étaient arrachés, le sol était fissuré, et au milieu de tout ça, une sorte de portail, un tourbillon de lumière et d'énergie, semblait aspirer tout ce qui se trouvait autour.

Et là, au bord du portail, une silhouette. Grande, imposante, d'une forme indistincte, comme faite de fumée et d'ombres. Elle semblait… observer.

J'ai levé mon fusil, mon cœur battant à tout rompre. J'étais un soldat. J'étais censé savoir quoi faire. Mais face à ça… j'étais perdu.

C'est alors que j'ai entendu une voix. Douce, mélodieuse, venant de derrière moi. C'était Chloé. Elle avait quitté la pièce, malgré les dangers. Elle marchait tranquillement vers le portail, ses bras ouverts.

« Non, Chloé ! Reviens ! » ai-je crié, mais elle ne m'a pas entendu.

Elle s'est arrêtée devant le tourbillon, et a tendu la main. La silhouette a semblé se retourner vers elle. Et puis, quelque chose d'incroyable s'est produit. Le portail a cessé de grandir. Les lumières se sont calmées. Le bourdonnement s'est estompé. La silhouette a semblé se dissoudre, se fondre dans l'air.

Chloé est revenue vers nous, le visage serein. « Ce n’était pas méchant », a-t-elle dit d'une voix calme. « Juste… perdu. »

Nous sommes restés là, en silence, sous le ciel redevenu normal. La peur avait laissé place à un sentiment étrange. Un mélange de soulagement et d'émerveillement.

Léa s'est approchée de Chloé, l'enlaçant. Théo a jeté son épée en bois et a couru vers moi, me serrant dans ses bras. « Tu as vu, Gaston ? Tu as vu ? »

J'ai senti ses petits bras autour de mon cou, et pour la première fois, je n'ai pas eu envie de le repousser. J'ai regardé Léa, qui me souriait, un sourire plein de fierté et d'amour. Et j'ai regardé Chloé, cette petite fille avec une force insoupçonnée.

Peut-être que la famille n'était pas une faiblesse. Peut-être que c'était… autre chose. Quelque chose que j'avais oublié. Quelque chose que j'avais besoin de redécouvrir. La guerre m'avait appris à me battre. Mais cette nuit-là, j’ai appris qu’il y avait des batailles qui ne se gagnaient pas avec des armes, mais avec l'amour. Et que parfois, il fallait savoir compter sur les autres pour survivre.

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