Chapter 3
Indices Étranges
Le Dr Hown continue d'agir de manière déconcertante, laissant échapper des indices subtils sur sa véritable nature. Elara rassemble des fragments d'informations, tandis que le Dr Petrova, sceptique, examine d'anciens dossiers d'incidents étranges à l'hôpital.
Les murs de l'hôpital semblaient retenir leur souffle, un silence pesant qui s'étirait entre les battements réguliers des moniteurs. Le Docteur Hown se déplaçait dans les couloirs avec une grâce irréelle, ses pas ne produisant qu'un murmure à peine audible sur le linoléum usé. Ses mains, longues et fines, semblaient parfois capter la lumière ambiante, une lueur fugace, presque imperceptible, qui s'attardait sur la peau d'albâtre avant de disparaître. Elara Vance, alitée dans sa chambre, observait ces apparitions furtives avec une intensité croissante. Ce n'était pas seulement sa compétence, sa capacité à anticiper les besoins de ses patients avant même qu'ils ne les formulent, qui la troublait. C'était cette aura d'étrangeté qui l'enveloppait, cette impression de quelque chose d'ancien, d'incompréhensible, logé derrière ses yeux d'un bleu trop profond.
Ce matin-là, Hown était venu faire sa visite. Il n'avait pas besoin de consulter le dossier ; il semblait déjà tout savoir. "La douleur à votre épaule s'est atténuée, n'est-ce pas, Madame Vance ?" avait-il demandé, sa voix douce, mais dénuée de toute chaleur humaine. Elara avait hoché la tête, surprise. La veille, elle avait souffert le martyre, et aujourd'hui, une douce torpeur avait remplacé la brûlure vive. "Comment... comment le saviez-vous ?" avait-elle bredouillé, la curiosité l'emportant sur sa prudence. Hown avait esquissé un sourire, un mouvement si subtil que peut-être il n'avait existé que dans son imagination. "J'observe," avait-il répondu simplement, avant de quitter la chambre, la laissant avec un sentiment d'agitation mêlé d'émerveillement.
Dans le bureau des médecins, le Docteur Lena Petrova fixait un dossier poussiéreux, les pages jaunies par le temps. Les rapports étaient rédigés dans une écriture sévère, décrivant des incidents étranges qui avaient émaillé l'histoire de cet hôpital, des événements relégués aux archives, qualifiés de "coïncidences malheureuses" ou d'"erreurs de diagnostic". Mais en lisant les récits d'apparitions fugitives, de guérisons inexplicables, de disparitions étranges, Lena ne pouvait s'empêcher de faire le lien avec le nouveau venu. Hown. Son arrivée avait coïncidé avec une recrudescence de ces phénomènes troublants, une atmosphère de malaise palpable qui rappelait d'autres périodes sombres. Elle se souvenait de Häwnn, le médecin précédent, un homme aussi énigmatique qu'Hown semblait l'être, mais avec une chaleur humaine qui manquait cruellement à son successeur. La mort de Häwnn avait été brutale, soudaine. Une explication officielle avait été donnée, mais des doutes subsistaient dans l'esprit de Lena. Des doutes qui s'amplifiaient avec chaque jour qui passait sous le regard impassible du Docteur Hown.
Elle se leva, décidée à confronter M. Thorne, l'administrateur de l'hôpital. Il était le seul à avoir validé l'embauche de Hown, le seul à avoir accès aux informations les plus sensibles. Elle le trouva dans son bureau luxueux, le visage impassible derrière son bureau immaculé. "Monsieur Thorne," commença Lena, sa voix ferme, "je voudrais discuter de l'embauche du Docteur Hown. Il y a... des choses qui ne collent pas." Thorne leva les yeux de ses papiers, un fin sourire se dessinant sur ses lèvres. "Docteur Petrova, je comprends vos inquiétudes. Le Docteur Hown est un professionnel exceptionnel. Sa capacité à résoudre des cas complexes est sans précédent." "C'est justement ça," insista Lena, "il est *trop* compétent. Et son comportement est... étrange. Plus étrange encore que tout ce que nous avons connu auparavant." Thorne se pencha en avant, son regard se faisant plus intense. "L'hôpital a une longue histoire, Docteur. Des histoires étranges font partie de cette histoire. Le Docteur Hown est une solution, pas un problème. Laissez-moi m'en occuper." Le ton était définitif, ne laissant aucune place à la discussion. Lena ressortit du bureau, le sentiment d'être face à un mur d'insondable secret. Thorne savait. Il savait plus qu'il ne disait.
De son côté, Elara avait commencé sa propre enquête. Elle avait des raisons de se méfier. Ses rêves, ces visions fragmentées et troublantes qui la hantaient la nuit, semblaient de plus en plus liés à l'hôpital, aux couloirs sombres, à une présence froide et ancienne. Elle avait remarqué la façon dont Hown semblait parfois anticiper les événements, comme s'il pouvait lire le futur ou, du moins, ses probabilités. Un jour, alors qu'elle était sur le point de tomber de son lit, Hown était apparu, comme sorti de nulle part, la rattrapant avec une rapidité surnaturelle. Ses doigts s'étaient brièvement posés sur son bras, et Elara avait ressenti un froid intense, comme si une énergie étrangère avait traversé sa peau. "Faites attention, Madame Vance," avait-il murmuré, ses yeux fixant un point invisible dans le vide.
Elle avait également prêté attention aux conversations des infirmières, aux chuchotements dans les couloirs. On disait qu'Hown ne dormait jamais, qu'il passait des nuits entières dans son bureau, plongé dans des livres anciens, ou qu'il se promenait dans les ailes désertes de l'hôpital. Une infirmière, la jeune et bavarde Chloé, lui avait confié, à voix basse, qu'elle avait vu Hown dans la salle de stockage des archives, entouré de papiers froissés, comme s'il cherchait quelque chose dans le passé. "Il avait l'air... perdu," avait-elle murmuré, "comme s'il ne reconnaissait pas l'endroit."
Elara commença à rassembler ces bribes d'informations, les juxtaposant comme les pièces d'un puzzle complexe. La compétence surnaturelle de Hown, les incidents étranges de l'hôpital, les doutes de Lena, le mutisme de Thorne, ses propres rêves et cette sensation de froid glacial. Tout semblait converger vers une vérité cachée, une anomalie qui se déroulait sous leurs yeux. Elle se rappela une conversation qu'elle avait surprise entre Hown et un ancien patient, un homme qui avait été admis pour une maladie incurable et qui, après quelques jours sous les soins de Hown, avait été déclaré guéri, sans explication médicale. "Vous avez une force intérieure remarquable," lui avait dit Hown, sa voix à peine audible, "une résilience qui dépasse les limites connues." Elara se demanda si cette "résilience" s'appliquait aussi à elle.
Un soir, alors qu'elle ne parvenait pas à trouver le sommeil, Elara entendit un bruit inhabituel venant du couloir. C'était un froissement de tissu, un déplacement lent et régulier. Poussée par une curiosité irrésistible, elle se leva de son lit, ouvrit doucement la porte de sa chambre et se glissa dans l'obscurité. Le couloir était baigné d'une lumière lunaire diffuse, projetant de longues ombres inquiétantes. Au bout du couloir, près de l'entrée des urgences, elle aperçut une silhouette immobile. C'était Hown. Il se tenait là, le dos tourné, immobile comme une statue. Sa tête était légèrement penchée, comme s'il écoutait quelque chose que personne d'autre ne pouvait entendre. Alors qu'Elara le regardait, elle vit, avec un frisson glacé, une fine brume bleutée émaner de lui, s'élevant doucement dans l'air nocturne avant de se dissiper. Et puis, il se retourna brusquement, ses yeux d'un bleu intense croisant les siens dans l'obscurité. Il n'y eut aucune surprise sur son visage, seulement une reconnaissance calme, presque attendue.
"Vous ne devriez pas être debout, Madame Vance," dit-il, sa voix résonnant étrangement dans le silence. Elara sentit son cœur battre la chamade. Elle aurait dû avoir peur, fuir, retourner dans sa chambre. Mais une force étrange la retenait sur place, une fascination mêlée d'une curiosité insatiable. "Que faites-vous ici, Docteur ?" demanda-t-elle, sa voix tremblante. Hown s'approcha lentement, sa silhouette se détachant nettement sur le fond sombre. "J'écoute," répondit-il. "J'écoute les échos du passé. Et ceux du futur." Il s'arrêta à quelques pas d'elle. "Cet hôpital... il a une mémoire. Une mémoire qui se réveille." Il leva une main, et pour la première fois, Elara vit clairement la faible lueur émanant de ses doigts, une lumière froide, semblable à celle de la lune. "Certaines choses ne meurent jamais vraiment, Madame Vance. Elles se transforment. Elles attendent."
Elara sentit un frisson parcourir son échine. "Vous... vous n'êtes pas comme les autres, n'est-ce pas ?" murmura-t-elle, la question qui la hantait depuis des semaines enfin sortie de sa bouche. Hown la regarda, et dans ses yeux, Elara crut apercevoir une tristesse infinie, une connaissance ancestrale. "Non, Madame Vance," dit-il doucement. "Je ne suis pas humain. Pas au sens où vous l'entendez." Il fit un pas de plus, et la brume bleutée sembla s'épaissir autour de lui. "Je suis une... réparation. Une tentative de réalignement. Ce lieu a été déséquilibré. Et je suis ici pour le remettre en ordre." Il tendit une main vers elle, non pas pour la toucher, mais comme pour lui montrer quelque chose. "Le Docteur Häwnn était une partie de cet équilibre. Sa disparition a créé une brèche. J'essaie de la refermer."
Elara recula instinctivement, le poids de ses paroles la submergeant. "Une réparation ? Mais... comment ? Et pourquoi cet hôpital ?" Hown laissa échapper un soupir qui semblait venir des profondeurs du temps. "Les raisons sont complexes. Les motivations... anciennes. Cet endroit est un carrefour, Madame Vance. Un endroit où les frontières entre les mondes sont minces. C'est pourquoi il attire... et pourquoi il peut dévorer." Il laissa tomber sa main, la lueur s'évanouissant. "Vous avez une forte résonance avec cet endroit, Madame Vance. C'est pourquoi vous percevez certaines choses. Pourquoi vous ne pouvez pas être guérie par des moyens conventionnels."
Avant qu'Elara ne puisse poser d'autres questions, un bruit de pas résonna dans le couloir. Le Docteur Petrova, alertée par l'absence d'Elara, approchait, une lampe torche à la main. Hown se retourna, son visage redevenant une toile d'impassibilité. "Il est temps de retourner vous reposer, Madame Vance," dit-il, sa voix retrouvant son ton neutre. Il se détourna d'elle et s'éloigna d'un pas rapide, disparaissant dans l'ombre du couloir, laissant Elara seule, le cœur battant, face à la lumière approchant du Docteur Petrova. Le secret d'Hown était révélé, du moins en partie. Mais la question demeurait : qu'était-il réellement, et quelles étaient ses véritables intentions ? L'hôpital avait un nouveau gardien, un gardien venu d'ailleurs, et le destin de tous ses occupants était désormais entre ses mains, ou plutôt, entre ses étranges et lumineuses mains.