Chapter 2

Le Patient Témoin

Elara Vance, une patiente, est témoin d'un événement troublant impliquant le Dr Hown, défiant toute explication rationnelle. Intriguée et inquiète, elle commence à enquêter discrètement sur les capacités inhabituelles du médecin.

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La lumière vacilla, une de ces défaillances électriques que l'hôpital semblait avoir en partage avec les âmes fatiguées qui y résidaient. Elara Vance, allongée dans la pénombre de sa chambre, sentit une légère nausée la gagner. Ce n'était pas la fièvre qui la tourmentait, mais une sensation plus insidieuse, un frisson qui parcourait sa colonne vertébrale comme une main glacée. Le Docteur Häwnn était mort depuis des semaines, emporté par une maladie fulgurante dont personne ne parlait vraiment, un fantôme dont le souvenir pesait dans les couloirs aseptisés. Et maintenant, il y avait le Docteur Hown.

Le nouveau médecin. Le successeur. Le mystère ambulant.

Elara avait eu son premier contact avec lui la veille. Il était entré dans sa chambre telle une brise d'automne, silencieux, ses mouvements d'une fluidité presque irréelle. Sa peau semblait trop pâle, ses yeux, d'un gris profond, ne clignaient que rarement, absorbant la lumière plutôt que de la refléter. Il avait posé ses mains sur son front fiévreux, et une sensation étrange, comme un courant électrique doux mais persistant, avait traversé son corps. La fièvre s'était retirée, laissant une clarté inhabituelle dans son esprit. Trop inhabituelle.

Ce soir, cependant, c'était différent. La lumière avait faibli, et dans ce faible éclat, Elara avait vu quelque chose d'autre. Le Docteur Hown était dans le couloir, près de la chambre d'un autre patient, un vieil homme nommé Monsieur Dubois, dont la respiration était un râle ténu et constant. Hown s'était penché, le visage impassible. Puis, Elara avait vu la lumière. Pas la lumière électrique défaillante, mais une lumière émanant des mains du docteur. Une lueur bleuâtre, douce, comme celle des lucioles en été, mais plus intense, pulsant faiblement. Elle avait semblé s'accrocher au corps de Monsieur Dubois, le caressant, le réconfortant. Et pendant un instant, le râle du vieil homme s'était tu, remplacé par le murmure d'une respiration paisible.

La lumière était revenue à la normale, et le Docteur Hown s'était redressé, son visage redevenu une toile vierge. Il n'avait pas semblé remarquer qu'il avait été observé. Il avait tourné les talons et s'était éloigné, disparaissant dans la pénombre du couloir.

Elara avait cligné des yeux, réalisant que son cœur battait la chamade. C'était impossible. Une hallucination due à la fièvre ? À la fatigue ? Mais cette sensation de froid, cette présence qu'elle avait ressentie autour de lui, c'était réel. Et cette lumière…

Elle se redressa lentement, ignorant la douleur diffuse dans ses membres. Elle devait comprendre. Le Docteur Häwnn avait été un homme bon, un médecin dévoué. Son départ avait laissé un vide immense. Le Docteur Hown, lui, était une énigme. Les infirmières chuchotaient, les médecins se jetaient des regards méfiants. Il était trop parfait, trop calme, ses diagnostics trop précis, ses remèdes trop efficaces. Personne ne le connaissait vraiment. Et maintenant, Elara avait vu quelque chose qui dépassait l'entendement.

Elle glissa hors de son lit, ses pieds nus rencontrant le sol froid. Elle s'approcha de la porte de sa chambre, l'entrouvrant juste assez pour apercevoir le couloir. Il était vide, baigné dans la lumière pâle des néons. L'air était chargé d'une tension silencieuse, celle qui s'installe après un événement étrange, quand le doute commence à ronger les certitudes.

Elle pensa à sa propre maladie. Elle avait été amenée ici avec une infection fulgurante, une septicémie qui aurait dû la terrasser en quelques jours. Mais le Docteur Hown avait été là. Il avait passé des heures à son chevet, ses mains parfois étrangement chaudes, parfois d'une fraîcheur surnaturelle. Il ne lui avait pas administré de traitement conventionnel, du moins pas qu'elle ait vu. Il avait simplement… veillé. Et son corps s'était remis sur pied avec une rapidité déconcertante.

Elle se rappela les paroles du Docteur Lena Petrova, l'une des médecins les plus expérimentées de l'établissement. Petrova était sceptique, pragmatique, et visiblement mal à l'aise avec le nouveau venu. Elara l'avait entendue parler à une infirmière, sa voix basse et tendue : « Il n'est pas comme les autres. Il y a quelque chose… d'inhabituel chez lui. Et je ne parle pas seulement de son efficacité. »

Elara retourna dans sa chambre, le cœur lourd d'interrogations. Elle s'assit sur le bord de son lit, le regard perdu dans le vide. Elle était une patiente, pas une détective. Mais elle ne pouvait ignorer ce qu'elle avait vu. Cette lumière. Ces mains. Cette aura étrange qui émanait du Docteur Hown. Il n'était pas seulement un remplaçant. Il était quelque chose de plus. Quelque chose d'autre.

Les jours suivants, Elara observa le Docteur Hown avec une attention redoublée. Elle le croisait dans les couloirs, le voyait consulter les dossiers, parler d'une voix douce et mesurée avec le personnel. Il était d'une courtoisie impeccable, mais son regard ne s'attardait jamais, ses réponses étaient toujours concises, évasives. Il semblait porter un voile, une barrière invisible qui le séparait du reste du monde.

Elle apprit que Monsieur Dubois était considérablement mieux. Sa respiration était redevenue régulière, et il avait même réussi à parler à sa famille au téléphone. Personne n'expliquait ce rétablissement soudain. Le Docteur Hown, interrogé par le Docteur Petrova, avait simplement répondu que le patient avait réagi favorablement à son traitement. Le ton était neutre, mais Elara avait cru déceler une lueur d'amusement dans ses yeux gris.

Un après-midi, alors qu'elle attendait son rendez-vous avec Hown, elle entendit des bruits provenant du bureau de l'administration. La porte était légèrement entrouverte. C'était la voix de Monsieur Silas Thorne, l'administrateur de l'hôpital, une voix grave et autoritaire, et celle du Docteur Hown.

« Docteur Hown, je dois insister sur la discrétion, » disait Thorne, sa voix teintée d'impatience. « Le conseil d'administration est… sensible aux changements radicaux. Surtout après les événements récents. »

« Je comprends, Monsieur Thorne, » répondit Hown, sa voix d'un calme imperturbable. « La stabilité est primordiale. »

« La stabilité et le secret, Docteur. C'est ce que le Docteur Häwnn avait appris à maintenir. Et c'est ce que j'attends de vous. »

Elara sentit un frisson la parcourir. Le Docteur Häwnn et le secret ? Qu'est-ce que Thorne savait ? Et qu'est-ce qui était arrivé au Docteur Häwnn, au-delà de la maladie qu'on avait annoncée ?

« Je ne suis pas le Docteur Häwnn, » dit Hown, et pour la première fois, Elara perçut une nuance dans sa voix, une sorte de douceur mélancolique. « Mais je suis ici pour assurer la continuité. Et pour réparer ce qui a été brisé. »

« Brisé ? » répéta Thorne, un soupçon de méfiance dans la voix. « Parlez clairement, Docteur. »

« Les blessures du passé ne guérissent pas d'elles-mêmes, Monsieur Thorne. Elles demandent une attention particulière. »

Il y eut un silence. Puis, Hown ajouta : « Et parfois, une main qui n'appartient pas entièrement à ce monde. »

La porte du bureau se referma brusquement, coupant court à la conversation. Elara resta figée, le cœur battant à tout rompre. Une main qui n'appartient pas entièrement à ce monde ? C'était une confirmation, une allusion directe à ce qu'elle avait vu.

Le Docteur Hown n'était pas humain.

La pensée la frappa avec la force d'un coup de poing. Elle qui avait toujours été rationnelle, qui avait cherché des explications logiques à tout, se retrouvait face à une énigme qui dépassait le cadre de la médecine, voire de la réalité telle qu'elle la connaissait.

Dans les jours qui suivirent, Elara commença à fouiller discrètement. Elle interrogeait les infirmières, les autres patients, tout en faisant attention à ne pas éveiller les soupçons. Les conversations étaient évasives, remplies de murmures et de regards fuyants. Le Docteur Häwnn était un sujet sensible. Sa mort avait été rapide, inattendue. Et le Docteur Hown était arrivé juste après, comme s'il avait été… appelé.

Elle remarqua aussi que le Docteur Petrova passait plus de temps que d'habitude dans la bibliothèque de l'hôpital, consultant de vieux registres, ses sourcils froncés de concentration. Une nuit, alors qu'elle ne parvenait pas à dormir, Elara l'aperçut dans un couloir désert, une liasse de vieux papiers à la main, des notes manuscrites datant de plusieurs décennies, parlant d'événements étranges, d'accidents inexplicables, de patients disparus… des incidents qui semblaient étrangement familiers, comme des échos lointains de ce qui se passait maintenant.

Elara sentit qu'elle était au bord de quelque chose de grand, quelque chose de terrifiant. Le Docteur Hown était-il une menace ? Ou était-il là pour une raison plus profonde, une raison liée au passé sombre de cet hôpital ? Elle savait qu'elle ne pouvait pas rester passive. La curiosité, mêlée à une pointe de peur, la poussait à aller plus loin. Elle devait découvrir la vérité.

Lors de son prochain rendez-vous, elle décida de prendre un risque. Le Docteur Hown était assis en face d'elle, son regard scrutateur mais doux. Il tenait son dossier, ses mains immobiles sur le bois poli du bureau.

« Docteur Hown, » commença Elara, sa voix légèrement tremblante. « Je voulais vous remercier. Vous m'avez vraiment aidée à aller mieux. »

« C'est mon devoir, Mademoiselle Vance, » répondit-il, son ton toujours aussi neutre.

« Mais… il y a des choses que je ne comprends pas. » Elle hésita, cherchant le bon angle d'attaque. « Parfois, j'ai l'impression que vous voyez… au-delà des choses. Que vous savez des choses avant qu'elles n'arrivent. »

Ses yeux gris la fixèrent, et pour la première fois, Elara eut l'impression qu'il la voyait vraiment, qu'il sondait son âme. Un léger sourire effleura ses lèvres.

« Le monde est plein de choses que nous ne comprenons pas, Mademoiselle Vance. La maladie n'est qu'une de ces énigmes. Et parfois, la guérison demande une compréhension qui va au-delà de la science conventionnelle. »

« J'ai vu… quelque chose, la nuit dernière, » continua Elara, prenant son courage à deux mains. « Dans le couloir. Une lumière. Autour de vos mains. »

Le silence s'étira. Le Docteur Hown ne bougea pas, ne dit rien. Elara sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Avait-elle dit trop ? Avait-elle franchi une limite ?

Puis, il leva une main, la posant sur le bureau. La lumière sembla vaciller autour de ses doigts, une lueur faible mais indéniable, comme un écho de ce qu'elle avait vu.

« Certaines choses, Mademoiselle Vance, sont mieux gardées dans l'ombre, » dit-il, sa voix plus grave qu'à l'accoutumée. « Les anomalies existent. Mais elles ne sont pas toujours ce que l'on croit. »

Il se pencha légèrement en avant, son regard intense. « Vous avez une nature… curieuse. Et une capacité à percevoir ce qui est caché. C'est une force, mais aussi un fardeau. »

Elara le regardait, fascinée et effrayée. Il savait. Il savait qu'elle savait. Et il ne la rejetait pas. Au contraire, il semblait lui parler comme à une égale, comme à quelqu'un qui pouvait peut-être comprendre.

« Qu'est-ce que vous êtes, Docteur Hown ? » demanda-t-elle, sa voix à peine un murmure.

Il laissa échapper un soupir doux, presque inaudible. « Je suis une solution. Une nécessité. Pour cet hôpital. Pour ceux qui y souffrent. »

Il retira sa main, et la lumière disparut. Il reprit sa posture calme, mais quelque chose avait changé. Une brèche s'était ouverte dans son armure de mystère.

« Continuez à observer, Mademoiselle Vance, » dit-il doucement. « Mais soyez prudente. La vérité peut être aussi dangereuse que la maladie. »

Il se leva, lui offrant un léger signe de tête. « Nous nous reverrons. Quand le moment sera venu. »

Elara resta assise, le regard perdu sur le bureau où la lumière avait brillé. Elle avait obtenu une réponse, mais elle ouvrait la porte à encore plus de questions. Le Docteur Hown n'était pas qu'un homme étrange. Il était une entité, une force, dont le passage laissait des traces indélébiles. Et elle, Elara Vance, la patiente curieuse, venait d'être impliquée dans une affaire qui dépassait largement les murs de cet hôpital. Le chemin devant elle était semé d'embûches, mais elle était déterminée à aller jusqu'au bout. L'ombre du nouveau médecin avait révélé une partie de sa forme, et c'était bien plus étrange et fascinant qu'elle n'aurait jamais pu l'imaginer.

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