Chapter 2
Une Nuit de Tonnerre
Alors qu'elle explore les écrits, un bruit étrange la pousse dehors. Elle trouve un homme blessé, trempé et fiévreux, au bord de la forêt. Il semble avoir été attaqué.
Le papier vieilli crissait sous mes doigts alors que je tournais une autre page du journal de mes parents. Chaque mot était une fenêtre ouverte sur un monde que je ne connaissais pas, un monde où les ombres dansaient et où les secrets se cachaient à la lisière de la réalité. Leurs écritures, autrefois familières et rassurantes, prenaient maintenant une teinte inquiétante, empreintes d'une urgence que je n'avais jamais perçue auparavant. J'étais absorbée par ces récits fragmentés, ces allusions à des « pactes », des « nuits de pleine lune » et des « gardiens », quand un bruit sourd et guttural brisa le silence de la nuit.
Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Ce n'était pas le chant d'un hibou, ni le craquement d'une branche sous le poids du vent. C'était un son différent, un son de détresse, venant de la lisière de la forêt qui bordait notre propriété. Une impulsion irrépressible me poussa à quitter le confort de ma chambre, à ignorer les avertissements tacites que ces pages semblaient murmurer. La pluie tambourinait sur les vitres, accentuant le sentiment d'isolement et d'appréhension.
Je me glissai dehors, le tissu fin de ma robe de chambre n'offrant qu'une protection dérisoire contre la morsure du vent et les gouttes froides qui s'infiltraient partout. La nuit était d'un noir d'encre, seulement troublée par les éclairs qui zébraient le ciel d'une lumière spectrale, illuminant brièvement les arbres tordus et les broussailles humides. Le bruit se répéta, plus faible cette fois, un râle étouffé. Je me dirigeai vers l'origine du son, mes sens en alerte, chaque fibre de mon être tendue comme une corde de violon.
C'est alors que je l'ai vu. Un homme, affalé contre le tronc d'un vieux chêne, trempé jusqu'aux os, sa chemise déchirée révélant des blessures sombres et profondes. Il était grand, sa silhouette se découpant dans l'obscurité, mais il semblait brisé, vulnérable. Une fièvre intense émanait de lui, palpable même à distance. Ses cheveux sombres, collés à son front par la pluie et la sueur, cachaient en partie son visage, mais je pouvais distinguer les traits marqués par la douleur. Il avait été attaqué, c'était évident. La violence de ses blessures ne laissait aucun doute.
Une partie de moi hurlait de fuir, de retourner à la sécurité de ma maison, de refermer le journal et d'oublier ce que j'avais vu. L'instinct de survie, hérité de générations d'ancêtres prudents, me poussait à la prudence. Mais une autre partie, plus profonde, plus obstinée, celle qui avait été éveillée par les mots de mes parents, me retenait. Une compassion mêlée d'une curiosité insatiable. Qui était cet homme ? Et pourquoi gisait-il là, à la merci des éléments et d'une menace invisible ?
Je m'approchai lentement, mes pas amortis par la boue. L'homme remua, un grognement rauque s'échappant de ses lèvres. Ses yeux, lorsqu'ils s'ouvrirent enfin, étaient d'une couleur difficile à discerner dans la pénombre, mais ils brillaient d'une intensité sauvage, presque animale. Une lueur de panique vacilla en eux lorsqu'il me vit, une lueur que je compris rapidement. Il n'était pas seulement blessé, il avait peur.
« Ne… ne vous approchez pas, » murmura-t-il d'une voix rocailleuse, à peine audible par-dessus le grondement du tonnerre.
Sa voix portait une étrange mélodie, grave et profonde, qui résonnait en moi d'une manière inattendue. Malgré la peur qui me glaçait le sang, je ne pouvais me résoudre à le laisser là. Je me souvenais des récits de mes parents, des gardiens, des protecteurs. Était-ce là une de ces rencontres qu'ils avaient si souvent évoquées avec une prudence voilée ?
« Je ne vais pas vous faire de mal, » répondis-je, ma propre voix tremblant légèrement. « Vous êtes blessé. Je dois vous aider. »
Je m'agenouillai à ses côtés, ignorant la boue qui s'infiltrait dans ma robe. L'odeur de sang et de terre mouillée émanait de lui, âcre et métallique. Je posai une main hésitante sur son front. Il était brûlant. Une fièvre dévorante le consumait.
« Qui… qui êtes-vous ? » demanda-t-il, ses yeux fixés sur moi avec une intensité qui me déstabilisait.
« Je m'appelle Mia. Mia Dubois, » répondis-je, me sentant étrangement exposée sous son regard. « Et vous ? »
Il hésita, ses lèvres se serrant. « André. »
André. Le nom résonna dans la nuit, comme une clé ouvrant une nouvelle porte.
« Vous avez été attaqué, André ? »
Un spasme secoua son corps. Il détourna le regard, fixant la forêt sombre comme s'il y cherchait un danger invisible. « Oui. »
Le mot était simple, mais il portait le poids d'un long récit de terreur. Je devais le sortir de là, le mettre à l'abri. La maison était la seule option.
« Venez, » dis-je en me levant. « Je vais vous aider. Je vous emmène à la maison. »
Il essaya de se relever, mais un cri de douleur lui échappa et il retomba lourdement. Il était trop faible pour marcher. L'idée de le traîner me traversa l'esprit, mais elle était irréalisable. Je devais trouver une solution. Le garage. Il y avait une vieille carriole dans le garage, juste assez solide pour le transporter.
« Attendez ici, » lui dis-je. « Je reviens tout de suite. Ne bougez pas. »
Je ne lui laissai pas le temps de protester. Je courus vers le garage, mon cœur battant la chamade, l'adrénaline chassant le froid et la peur. La pluie ruisselait sur mon visage, mais je ne la sentais plus. J'étais concentrée sur ma tâche, sur cet homme blessé qui avait surgi de la nuit comme une apparition. J'attelai la carriole à la vieille tondeuse à gazon, un objet incongru dans ce contexte, mais le seul moyen de locomotion que je pouvais imaginer.
Je retournai auprès d'André, le trouvai toujours là, affaissé contre l'arbre, son regard toujours aussi intense. Je m'efforçai de le soulever, de le faire asseoir dans la carriole. Chaque mouvement était une torture pour lui, mais il serrait les dents, refusant de se plaindre davantage. Ses muscles étaient tendus sous sa peau, d'une force brute qui contrastait avec sa vulnérabilité actuelle.
Je poussai la carriole, le chemin jusqu'à la maison semblant interminable. Les branches basses me fouettaient le visage, la boue collait à mes bottes, mais je n'arrêtai pas. Enfin, j'atteignis le perron arrière. J'ouvris la porte avec peine, le bruit de la porte grinçante résonnant dans la nuit silencieuse. Je tirai la carriole jusqu'à la cuisine, là où la lumière était la plus vive.
André jeta un regard autour de lui, ses yeux s'écarquillant légèrement en découvrant la pièce familière, les meubles anciens, les photos de mes parents sur la cheminée. Il semblait dérouté, comme s'il ne s'attendait pas à un tel refuge.
« Je vais vous soigner, » dis-je, ma voix retrouvant un peu de son assurance. « J'ai une trousse de secours. Et des bandages. »
Je me mis au travail, mes mains guidées par une urgence professionnelle. Je nettoyai ses plaies avec une solution antiseptique, le faisant grimacer de douleur. Ses blessures étaient profondes, comme si des griffes de bête les avaient infligées. Je ne pouvais m'empêcher de penser aux mots du journal, aux « bêtes », aux « loups ». Était-ce possible ?
Alors que je travaillais sur une coupure particulièrement profonde sur son bras, ses doigts se refermèrent sur mon poignet. Sa prise était forte, surprenante pour un homme dans son état. Je levai les yeux vers lui.
« Pourquoi faites-vous cela ? » demanda-t-il, sa voix plus claire maintenant, mais empreinte d'une profonde lassitude. « Vous ne me connaissez pas. Je suis… je suis dangereux. »
Son regard était direct, presque suppliant. Il voulait que je le voie, que je comprenne le danger qu'il représentait.
« Je ne pense pas que vous soyez dangereux, André, » répondis-je doucement, essayant de défaire délicatement sa prise. « Je pense que vous avez été blessé. Et que vous avez besoin d'aide. »
Il me regarda longuement, comme s'il cherchait la vérité dans mes yeux. Un silence s'installa entre nous, seulement brisé par le bruit de la pluie qui continuait de tomber. Finalement, il relâcha mon poignet.
« Vous êtes… différente, Mia, » murmura-t-il, sa voix chargée d'une émotion que je ne pouvais identifier.
Je terminai de bander ses plaies, puis je lui apportai une couverture et un bol de soupe chaude. Il mangea lentement, le regard perdu dans le vide. La fièvre semblait le ronger, ses paupières se faisaient lourdes.
« Vous devriez vous reposer, » lui dis-je. « J'ai une chambre d'amis. Elle n'est pas très confortable, mais… »
Il hocha la tête, trop fatigué pour parler. Je l'aidai à se lever et le guidai jusqu'à la chambre. Il s'effondra sur le lit, la respiration courte. Je m'assurai qu'il était bien installé, puis je m'assis sur une chaise près de la fenêtre, observant la silhouette sombre dans le lit. La nuit était encore longue. Et je savais, avec une certitude grandissante, que ma vie venait de prendre un tournant inattendu, un tournant qui me mènerait bien au-delà des pages jaunies de ce journal. Le monde de mes parents était en train de se dévoiler, et avec lui, un homme blessé aux yeux sauvages, qui semblait porter le poids de bien plus que ses propres souffrances. La peur était toujours là, tapie dans les coins sombres de mon esprit, mais elle était maintenant mêlée à une détermination nouvelle, une volonté de comprendre, de protéger, de ne pas laisser cet homme perdu dans la nuit s'enfoncer davantage dans les ténèbres. La nuit de tonnerre avait apporté avec elle un mystère, et je savais que je ne pourrais pas le laisser s'évanouir avec les premières lueurs de l'aube.