Chapter 3

Premiers Indices et Ombres

Guidée par les écrits du journal, Célia commence à chercher des indices dans le manoir. Des objets déplacés et des courants d'air inexplicables sèment le doute. Sa peur de l'obscurité est mise à l'épreuve alors qu'elle s'aventure dans des recoins sombres.

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Les doigts de Célia parcoururent les pages jaunies, le papier craquant sous sa caresse comme un murmure du passé. Le journal de son arrière-grand-tante, Éloïse, était un trésor en soi, une fenêtre ouverte sur une époque révolue, et surtout, sur le mystère qui enveloppait Valombre. Les mots d'Éloïse, parfois tendres, parfois empreints d'une urgence palpable, dessinaient les contours d'une histoire oubliée, une histoire de famille, de secrets et, peut-être, de fortune.

« Il faut chercher là où le soleil ne brille jamais, mais où la lumière du passé éclaire le chemin », avait écrit Éloïse dans une de ses dernières entrées. Célia fronça les sourcils. Où le soleil ne brillait jamais ? L'obscurité, voilà bien ce qui la terrifiait le plus. Les recoins sombres du manoir, les greniers poussiéreux, les caves humides, autant d'endroits qu'elle avait instinctivement évités depuis leur arrivée. Mais les mots d'Éloïse résonnaient en elle, une invitation audacieuse à dépasser ses peurs.

Elle regarda autour d'elle dans la bibliothèque, la pièce où elle avait découvert le journal. Les hautes étagères chargées de livres anciens semblaient monter jusqu'au plafond voûté, leurs reliures sombres se fondant dans la pénombre. Un rayon de soleil timide filtrait à travers le vitrail dépoli, projetant des taches de couleur sur le parquet. C'était ici, dans ce lieu empreint de savoir, que la quête commençait.

« Maman ? Papa ? » appela-t-elle, sa voix résonnant un peu trop fort dans le silence feutré.

Madame Dubois apparut sur le seuil, un plateau de thé à la main. Son regard balaya la pièce, s'attardant sur Célia, penchée sur le journal. « Tu as trouvé quelque chose d'intéressant, ma chérie ? »

« Oui, Maman. C'est le journal de tante Éloïse. Elle parle d'un trésor… et d'énigmes. » Célia sentit une montée d'excitation mêlée d'appréhension.

Monsieur Dubois, qui suivait sa femme, afficha un sourire jovial. « Un trésor, dis-tu ? Voilà qui promet ! J'espère que c'est de l'or, pour nous aider avec les rénovations. » Il posa une main amicale sur l'épaule de Célia. « Alors, qu'est-ce qu'elle dit cette vieille tante ? Où est-ce qu'on commence à creuser ? »

Célia hésita. « Elle dit qu'il faut chercher là où le soleil ne brille jamais, mais où la lumière du passé éclaire le chemin. » Elle ne pouvait s'empêcher de penser à l'obscurité.

Madame Dubois soupira doucement. « Encore une de ses fantaisies. Éloïse a toujours eu l'imagination fertile. » Elle semblait sceptique, mais une lueur d'intérêt se dessinait dans ses yeux. Elle avait elle-même des souvenirs flous de sa grand-tante, une femme excentrique qui parlait souvent de secrets de famille.

« Mais elle mentionne des choses précises, Maman. Des symboles, des lieux… » Célia montra une page où Éloïse avait dessiné une sorte de clé ornée d'une étoile filante. « Regardez ça. Je l'ai déjà vue quelque part. » Elle se leva et se dirigea vers une vieille commode en bois sombre, près de la fenêtre. Elle ouvrit un des tiroirs et, après quelques instants de fouille, en ressortit une petite boîte à musique. Elle ressemblait étrangement à la clé dessinée.

Monsieur Dubois s'approcha, curieux. « Une boîte à musique ? Qu'est-ce qu'elle a de si spécial ? »

Célia la posa sur la table basse et tourna la petite manivelle. Une mélodie douce et mélancolique emplit la pièce, une air familier qu'elle ne parvenait pas à situer. « Je ne sais pas, mais c'est le même motif, vous voyez ? »

Madame Dubois prit la boîte dans ses mains, son regard perdu dans le vague. « Cette mélodie… je crois que ma mère me la chantait quand j'étais petite. » Elle secoua la tête, comme pour chasser un souvenir fugace. « Je ne comprends pas le rapport avec un trésor. »

« C'est une énigme, Maman. Éloïse voulait qu'on la résolve. » Célia feuilleta le journal à nouveau. « Elle parle aussi d'une ‘salle aux murmures’. Et il y a une autre phrase : 'L'écho de la vérité se trouve là où le temps s'est arrêté'. »

« La salle aux murmures… » répéta Monsieur Dubois, pensif. « Dans un manoir comme celui-ci, il y a sûrement beaucoup de pièces qui pourraient correspondre. Et pour le temps qui s'est arrêté… une horloge ? Un portrait ? »

Célia sentit son cœur battre plus fort. Elle aimait ces jeux de piste, même si l'idée d'explorer les zones sombres du manoir la faisait frissonner. « Je crois que je sais où chercher pour commencer. »

L'après-midi s'étira, et avec lui, l'ombre du manoir s'allongeait sur les pelouses. Célia, armée du journal et d'une lampe de poche, guidait ses parents vers l'aile ouest du bâtiment. Cette partie était moins fréquentée, plus austère. Les murs étaient ornés de tapisseries décolorées représentant des scènes de chasse et de forêt. Le silence y était plus épais, presque oppressant.

« C'est ici, je crois », murmura Célia, s'arrêtant devant une porte massive en chêne. Elle était fermée à clé. « La ‘salle aux murmures’… »

Monsieur Dubois sortit une vieille clé rouillée de sa poche. « L'une des clés que le notaire nous a données. Je ne savais pas à quoi elle servait. »

La serrure grinca, puis céda. La porte s'ouvrit sur une pièce plongée dans une obscurité presque totale. L'air était frais et sentait la poussière et le renfermé. Célia alluma sa lampe de poche, son faisceau tremblant légèrement. La pièce était circulaire, les murs recouverts de lambris sombres. Au centre, une immense horloge ancienne, son balancier immobile, semblait figée dans le temps.

« L'horloge ! » s'exclama Célia. « Le temps s'est arrêté ici ! »

Madame Dubois s'avança prudemment, son regard scrutant les ombres. « C'est une salle d'écoute, je pense. Regardez ces panneaux. » Elle désigna des endroits sur les murs où le lambris semblait légèrement espacé, formant de fines fentes. « Si l'on parle doucement ici, le son peut être amplifié et se propager à travers ces ouvertures. C'est pour cela qu'elle est la salle aux murmures. »

Célia s'approcha de l'horloge. Elle était ornée de sculptures complexes, de visages étranges et de motifs végétaux. Elle remarqua alors qu'une des aiguilles était cassée, pointant vers une heure précise. « Regardez, l'aiguille des heures est bloquée sur sept. »

« Sept… » répéta Monsieur Dubois. « Est-ce une indication ? »

Célia ouvrit le journal à la page où Éloïse parlait de la salle aux murmures. « Elle a écrit : ‘Le septième tic est celui qui révèle’. »

« Le septième tic… » murmura Madame Dubois. Elle se pencha vers une des fentes dans le lambris et souffla doucement. Un léger écho lui revint, comme si sa voix était amplifiée. « C'est étrange. »

Célia eut une idée. Elle se rappela avoir lu dans le journal qu'Éloïse avait une passion pour la musique et les mécanismes. « Papa, la boîte à musique. Est-ce qu'elle fonctionne encore ? »

Monsieur Dubois sortit la boîte de sa poche. « Je crois qu'elle a encore un peu de ressort. » Il tourna la manivelle. La mélodie commença à jouer, douce et un peu hésitante.

Soudain, alors que la musique résonnait dans la salle, un léger clic se fit entendre. L'un des panneaux du lambris, celui situé juste à côté de l'horloge, s'ouvrit légèrement sur le côté.

« Incroyable ! » s'écria Monsieur Dubois.

Célia se précipita vers l'ouverture. Derrière le panneau, une petite cavité était visible. Elle y glissa la main et en ressortit un objet enveloppé dans un tissu de velours noir. Elle le déplia avec précaution. C'était une petite clé en argent, ornée d'une gravure similaire à celle de la boîte à musique, mais en plus petit.

« Une autre clé ! » dit Célia, le cœur battant d'excitation. « Mais pour quoi faire ? »

Elle regarda autour d'elle, cherchant un indice. Les murs étaient nus, à part les lambris et l'horloge silencieuse. Les ombres dansaient dans les coins, semblant se mouvoir indépendamment de la lumière de la lampe. Célia sentit un frisson lui parcourir l'échine. Elle détestait cette sensation, ce sentiment d'être observée.

« Il doit y avoir une autre étape », dit Madame Dubois, son pragmatisme reprenant le dessus. « La clé doit ouvrir quelque chose. »

« Mais quoi ? » insista Monsieur Dubois, balayant la pièce du regard. « Il n'y a rien d'autre ici. »

Au moment où il prononçait ces mots, un léger courant d'air froid traversa la pièce, faisant vaciller la flamme de la lampe de poche de Célia. La porte de la salle des murmures, qui était restée entrouverte, se referma brusquement avec un claquement sec.

Célia sursauta, sa peur de l'obscurité la saisissant à la gorge. Elle se retrouva plongée dans une pénombre plus profonde, seule avec ses parents et le silence de l'horloge arrêtée. Les ombres semblaient s'épaissir, se rapprocher. Un bruit, un léger frottement, se fit entendre quelque part dans la pièce.

« Qu'est-ce que c'était ? » chuchota Célia, sa voix tremblante.

Monsieur Dubois se rapprocha d'elle, son optimisme légèrement entamé. « Sûrement le vent. Cette vieille maison est pleine de courants d'air. »

Mais Madame Dubois, le visage pâle, fixait un point dans l'ombre près de l'horloge. « Je… je crois que j'ai vu quelque chose. Une forme… »

Un silence pesant s'installa. Célia serra la clé en argent dans sa main, son cœur battant à tout rompre. Elle avait trouvé un indice, une nouvelle clé, mais elle avait aussi senti une présence, un frôlement d'ombre qui lui glaçait le sang. Le manoir de Valombre ne se contentait pas de cacher des secrets, il semblait aussi vouloir les protéger. La quête venait de prendre une tournure plus sombre, plus inquiétante. Et Célia, malgré sa peur, savait qu'elle ne pouvait plus faire marche arrière. Le mystère de Valombre l'avait happée, et elle était déterminée à aller jusqu'au bout, même si cela signifiait affronter les ténèbres qui rôdaient dans les recoins de ce vieux manoir.

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